Quand "l’enquête" de StreetPress révèle surtout ses biais

10:035/03/2026, Perşembe
MAJ: 5/03/2026, Perşembe
Fatih Karakaya

StreetPress , média qui se revendique clairement de gauche, a récemment publié ce qu’il présente comme une "enquête" consacrée à Nouvelle Aube. L’article se voulait accablant. Pourtant, la réaction du public raconte une toute autre histoire. Sous la publication du média, une large majorité des commentaires ont dénoncé une démarche davantage militante que journalistique. Certains internautes ont même annoncé leur désabonnement. Dans le même temps, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ainsi, le 29 janvier,

StreetPress
, média qui se revendique clairement de gauche, a récemment publié ce qu’il présente comme une
"enquête"
consacrée à Nouvelle Aube. L’article se voulait accablant. Pourtant, la réaction du public raconte une toute autre histoire. Sous la publication du média, une large majorité des commentaires ont dénoncé une démarche davantage militante que journalistique.
Certains internautes ont même annoncé leur désabonnement.
Dans le même temps, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ainsi, le 29 janvier,
franchissait le seuil des 200 000 abonnés sur Facebook. À peine un mois plus tard, la page en comptait
244 000
au 05 mars. Sur
, plus de
1 000 nouveaux abonnés se sont ajoutés
sur la même période. D’ailleurs, cette progression est d’autant plus notable que cette plateforme applique depuis près d’un an une forme de restriction de visibilité à l’égard de Nouvelle Aube. Autrement dit, l’article censé fragiliser le média n’a manifestement pas eu l’effet escompté.
En revanche, après le rachat par Oracle de
, le compte sur cette plateforme a bien commencé à stagner.
Capture d'écran de la page Facebook Nouvelle Aube
Capture d'écran de la page Instagram de Nouvelle Aube
La rédaction de Nouvelle Aube
répondra en détail aux différentes allégations visant le média. Pour ma part, je souhaite simplement répondre aux accusations personnelles me concernant.


Pour Street Press avoir une opinion politique est un délit


StreetPress me reproche mon soutien politique à Recep Tayyip Erdoğan. Oui, j’ai des convictions politiques et je ne les ai jamais cachées.
Et alors ?
Dans une démocratie, soutenir un dirigeant ou un projet politique n’est ni un délit ni une faute morale. Dans les médias français, certains journalistes ou éditorialistes soutiennent Marine Le Pen ou Jordan Bardella, d’autres Emmanuel Macron, Raphaël Glucksmann ou Jean-Luc Mélenchon.
Le pluralisme politique implique justement que des opinions différentes puissent exister et s’exprimer.
Il est d’ailleurs intéressant de constater que certains discours politiques à l’étranger sont analysés avec une grande indulgence par ces mêmes médias.
Le parti principal de la gauche turque, le CHP,
par exemple, a noué des alliances électorales avec des
formations nationalistes radicales
comme le İyi Parti ou le Zafer Partisi.
Lors de l’élection présidentielle de 2023
, certains responsables de cette coalition ont tenu des propos particulièrement durs à l’égard des
, promettant notamment de les renvoyer de force dans leur pays. Ces discours ont contribué à alimenter un climat de tension qui a parfois conduit à des violences contre des migrants.
C'est aussi cette gauche, avec leurs alliés de l'extrême droite qui s'oppose au processus de "Türkiye sans terrorisme" qui consiste à des pourparlers avec le PKK.
Ces réalités politiques en Türkiye mériteraient elles aussi des analyses approfondies.
Pourtant, elles sont rarement explorées avec la même intensité que certaines accusations dirigées contre d’autres acteurs. Cette différence de traitement interroge sur la manière dont certains récits médiatiques sont construits et sur les angles qui sont choisis.
L’article évoque également mon engagement politique passé au sein du PEJ, comme si le fait d’avoir été candidat constituait un reproche.
Là encore, mon parcours est public. Pour rappel, j’ai commencé mon engagement au Parti socialiste et en 2004, lors du vote de la loi interdisant le voile à l’école, j’ai choisi de quitter ce parti que je qualifie d’islamophobe. J’ai ensuite rejoint les Verts. Comme beaucoup de militants, j’ai fait l’expérience des rivalités internes et des limites de la démocratie partisane. Rien dans ce parcours n’a d’exceptionnel dans une société démocratique où l’engagement politique fait partie de la vie publique. Il faudra savoir
"séparatiste" ou "entriste" ?
StreetPress me reproche également d’avoir dénoncé les politiques sécuritaires menées par Gérald Darmanin puis Bruno Retailleau.
Ce que l’article ne précise pas, c’est que ces critiques ne datent pas d’hier. J’ai dénoncé ces dérives bien avant eux, sous
Nicolas Sarkozy,
puis sous
François Hollande
ou encore
Manuel Valls.
Autrement dit, cette position ne vise pas un camp particulier mais relève d’une conviction constante sur l’équilibre nécessaire entre sécurité et libertés publiques.
Ce que je trouve curieux, c’est que Street Press qui passe son temps à critiquer justement ces politiques, me reprochent de faire la même chose.
En outre, un autre passage de l’article contient une accusation particulièrement grave
: il prétend que je relayerais des contenus liés à Alain Soral. Cette affirmation est totalement fausse. Je n’ai jamais partagé Soral, je n’ai jamais défendu ses thèses et je n’ai jamais réalisé d’entretien avec lui au cours de ma carrière journalistique. Une accusation de cette nature devrait s’appuyer sur des exemples précis.
Or aucun élément concret n’est avancé. Utiliser Soral pour discréditer "l’adversaire" est procédé courant mais peu efficace.
En revanche, ce que j’ai effectivement dénoncé à plusieurs reprises, c’est le deux poids deux mesures de certains défenseurs
autoproclamés de la liberté d’expression.
Ceux qui expliquent que cette liberté est absolue et sans limite, mais qui introduisent soudainement des exceptions lorsqu’il s’agit de la liberté des musulmans.

Influence des lobbies dans le débat public


L’article évoque également mes critiques concernant l’influence des lobbies dans la vie politique française.
Pourtant, l’existence de groupes d’influence est une réalité reconnue dans toutes les démocraties.
Le dîner annuel du CRIF constitue par exemple un rendez-vous politique majeur auquel participent régulièrement de nombreux responsables publics notamment des ministres.
Ne pas participer à ce diner devient presque un délit à réprimander.
De plus, des organisations comme
organisent également des déplacements de parlementaires en Israël.
C’est faux ?
Dans le même temps, certaines positions politiques concernant la Türkiye sont parfois influencées par des logiques électorales liées à certains groupes d’électeurs.
Valérie Boyer
par exemple, par quel mécanisme politique se déchaine sur la Türkiye ?
Alors désolé mais décrire ces mécanismes relève de l’analyse politique et du débat public, pas du complotisme.

Le colonialisme médiatique


Au-delà de mon cas personnel, cette polémique révèle un phénomène plus large que l’on pourrait qualifier de colonialisme médiatique.

En effet, certains médias s’arrogent le pouvoir de définir les frontières du débat public. Ainsi, ils décident quelles opinions sont acceptables, quelles voix sont fréquentables et quelles personnes doivent être disqualifiées.

Dans ce système, ils distribuent les rôles : le camp du bien, le camp du mal, les voix légitimes et celles qu’il faudrait marginaliser.
Le mécanisme est souvent le même. Une accusation est formulée, parfois sans preuve solide. Elle est ensuite répétée, reprise, commentée par d’autres médias.
Progressivement, cette affirmation devient une référence. Elle est citée comme une source, alors même que son point de départ était fragile ou erroné.

Une fois installée, cette narration devient extrêmement difficile à corriger. L’information initiale, même fausse, continue de circuler et d’être reproduite.


Qui décide de la légitimité médiatique ?


Une question mérite alors d’être posée : comment expliquer que certains médias bénéficient d’une forte légitimité médiatique malgré des biais idéologiques évidents, parfois même opposés entre eux ?

StreetPress revendique une ligne éditoriale engagée à gauche. Conspiracy Watch, de son côté, affirme lutter contre les théories complotistes.
Pourtant, leurs positions sur certaines questions géopolitiques apparaissent souvent très marquées.
Et le journaliste peut "en toute légitimité" travailler pour les deux médias sans que cela ne suscite indignation?
Par exemple, Conspiracy Watch consacre régulièrement des articles à attaquer
Francesca Albanese
, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens. En revanche, on y trouve beaucoup moins d’analyses consacrées aux déclarations de responsables israéliens appelant ouvertement à la destruction de Gaza ou à l’expulsion des Palestiniens.
Alors, cette asymétrie éditoriale interroge.
De plus, elle pose une question plus large sur le fonctionnement du paysage médiatique français et sur la manière dont certaines voix sont rapidement disqualifiées tandis que d’autres bénéficient d’une présomption permanente de crédibilité.

Une bataille de l’information


Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce milieu médiatique m’attaque. Conspiracy Watch m’avait déjà attribué la création du site Medyaturk Info
parce qu’elle s’était référée, justement à une autre source qui était fausse.
En réalité, j’avais simplement participé à la rédaction de centaines articles sur cette plateforme bénévole mais je n’en ai jamais été le fondateur.
Même ce type d’initiative associative semble avoir suscité une attention disproportionnée alors forcément, un média structuré qui affirme ses positions avec clarté et indépendance dérange encore davantage.
En effet, le contexte est celui d’une bataille mondiale autour de l’information, notamment sur la guerre à Gaza.
Les réseaux sociaux ont profondément modifié la circulation des images et des témoignages. Ainsi, des réalités qui auraient autrefois été invisibles apparaissent désormais aux yeux du public.
Dans ce contexte, les médias qui ne reprennent pas la narration dominante deviennent rapidement des cibles.

Défendre le pluralisme de l’information


StreetPress présente son article comme une enquête. Mais à la lecture de ce texte, il apparaît surtout comme une prise de position idéologique contre un média qui ne partage pas ses orientations.

Le pluralisme médiatique ne consiste pas à répéter la même vision du monde. Il suppose au contraire l’existence de voix différentes, parfois critiques, parfois dérangeantes.

Nouvelle Aube continuera son travail : informer, donner la parole à des points de vue rarement représentés et défendre une information indépendante.

Car dans une démocratie, ce n’est pas la conformité des opinions qui garantit la liberté d’expression, mais la possibilité pour des voix divergentes d’exister.
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