
Les perturbations liées à la guerre dans et autour du détroit d’Ormuz mettent en lumière la vulnérabilité des exportations énergétiques du Golfe et devraient accélérer les investissements dans des infrastructures alternatives telles que les pipelines, le stockage, les réseaux ferroviaires et les actifs énergétiques à l’étranger, estiment des experts.
Li-Chen Sim, chercheuse associée au Middle East Institute aux États-Unis, a déclaré que cette perturbation est sans précédent tant par son ampleur que par sa portée, aucune alternative pleinement opérationnelle ne pouvant remplacer les flux affectés.
Adi Imsirovic, enseignant en systèmes énergétiques à l’Université d’Oxford, a indiqué que les réserves stratégiques de pétrole pourraient absorber une partie du choc à court terme, tout en avertissant qu’un conflit prolongé serait beaucoup plus difficile à gérer.
Des alternatives existantes limitées
Li-Chen Sim a souligné que les attaques répétées contre Foujaïrah ont encore réduit les routes disponibles, bien que cet émirat constitue le point de sortie du pipeline de brut d’Abou Dhabi (ADCOP), conçu pour contourner Ormuz.
Des projets de contournement relancés
Les Émirats arabes unis pourraient accélérer leurs plans pour un second pipeline de brut d’Abou Dhabi (ADCOP2), reliant les installations offshore à Jebel Dhanna avant de rejoindre Foujaïrah.
Au-delà des pipelines, les États du Golfe pourraient accélérer des projets ferroviaires et logistiques, à l’image du réseau Etihad Rail. Le projet Hafeet Rail, par exemple, relierait le port de Sohar à Oman, situé hors du détroit d’Ormuz, au réseau des Émirats.
Pour des exportateurs contraints géographiquement comme le Qatar, les alternatives pourraient se situer à l’étranger. L’émirat pourrait ainsi accroître ses investissements dans des projets de gaz naturel liquéfié aux États-Unis ou dans des pays émergents comme le Mozambique, ainsi que dans des usines d’engrais au Maroc et en Égypte.
Un basculement durable incertain
Certains navires empruntent déjà des routes plus longues, notamment via le cap de Bonne-Espérance, tandis que la route maritime du Nord pourrait être davantage utilisée en été.
Cependant, le détroit d’Ormuz devrait rester la voie privilégiée pour les échanges entre le Golfe et l’Asie une fois la crise apaisée, en raison de sa proximité et de ses coûts plus faibles.
Des risques environnementaux accrus
Des attaques directes contre les champs pétroliers ou les pipelines pourraient faire grimper les prix et aggraver les dommages environnementaux.
Par ailleurs, le recours accru à des flottes vieillissantes et sous-assurées, déjà observé dans le commerce du pétrole russe, augmente les risques de marées noires et d’accidents maritimes.
Dans l’ensemble, cette crise confirme une réalité centrale: malgré l’existence d’alternatives, aucune ne peut remplacer pleinement le détroit d’Ormuz aux volumes actuels, et toute réduction significative de cette dépendance nécessitera des années d’investissements.











