Crise d’Ormuz: alternatives énergétiques limitées

13:2824/03/2026, mardi
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Les tensions dans le détroit d’Ormuz révèlent la vulnérabilité des exportations du Golfe, malgré des projets d’infrastructures alternatifs.
Crédit Photo : AFP /
Les tensions dans le détroit d’Ormuz révèlent la vulnérabilité des exportations du Golfe, malgré des projets d’infrastructures alternatifs.

Les perturbations liées à la guerre dans et autour du détroit d’Ormuz mettent en lumière la vulnérabilité des exportations énergétiques du Golfe et devraient accélérer les investissements dans des infrastructures alternatives telles que les pipelines, le stockage, les réseaux ferroviaires et les actifs énergétiques à l’étranger, estiment des experts.

Selon eux, le choc actuel se distingue non seulement par le volume de pétrole brut menacé, mais aussi par l’impact sur un éventail plus large de matières premières stratégiques, notamment le gaz naturel liquéfié, le gaz de pétrole liquéfié, les produits pétrochimiques, les engrais et l’hélium, soulignant le rôle central du Golfe dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Li-Chen Sim, chercheuse associée au Middle East Institute aux États-Unis, a déclaré que cette perturbation est sans précédent tant par son ampleur que par sa portée, aucune alternative pleinement opérationnelle ne pouvant remplacer les flux affectés.


"Il n’existe aucune solution de remplacement capable de compenser ces flux en raison de leur ampleur"
, a-t-elle affirmé, ajoutant que même après des redirections via des pipelines en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, environ 17 % des flux mondiaux de pétrole restent affectés.

Adi Imsirovic, enseignant en systèmes énergétiques à l’Université d’Oxford, a indiqué que les réserves stratégiques de pétrole pourraient absorber une partie du choc à court terme, tout en avertissant qu’un conflit prolongé serait beaucoup plus difficile à gérer.


"Le problème réside dans un conflit prolongé, au-delà de quelques semaines"
, a-t-il précisé, ajoutant que les pipelines en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis contournant le détroit peuvent transporter jusqu’à 7 millions de barils par jour, tandis que l’Irak, le Koweït et Bahreïn ne disposent pas d’infrastructures suffisantes pour compenser les perturbations.

Des alternatives existantes limitées


Les experts estiment que le pipeline Est-Ouest de l’Arabie saoudite reste l’alternative la plus fiable pour les exportations pétrolières du Golfe, tandis que d’autres options sont limitées ou peu adaptées dans les conditions actuelles.

Li-Chen Sim a souligné que les attaques répétées contre Foujaïrah ont encore réduit les routes disponibles, bien que cet émirat constitue le point de sortie du pipeline de brut d’Abou Dhabi (ADCOP), conçu pour contourner Ormuz.


Cette situation renforce l’importance stratégique du pipeline saoudien et met en évidence les limites des infrastructures alternatives dans la région.

Des projets de contournement relancés


La crise devrait également renforcer les efforts des pays du Golfe pour réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz, l’un des principaux points de passage énergétiques mondiaux.

Les Émirats arabes unis pourraient accélérer leurs plans pour un second pipeline de brut d’Abou Dhabi (ADCOP2), reliant les installations offshore à Jebel Dhanna avant de rejoindre Foujaïrah.


Un tel projet permettrait de renforcer la résilience des exportations, alors qu’Abou Dhabi vise une capacité de production de 5 millions de barils par jour d’ici 2027.

Au-delà des pipelines, les États du Golfe pourraient accélérer des projets ferroviaires et logistiques, à l’image du réseau Etihad Rail. Le projet Hafeet Rail, par exemple, relierait le port de Sohar à Oman, situé hors du détroit d’Ormuz, au réseau des Émirats.


Pour des exportateurs contraints géographiquement comme le Qatar, les alternatives pourraient se situer à l’étranger. L’émirat pourrait ainsi accroître ses investissements dans des projets de gaz naturel liquéfié aux États-Unis ou dans des pays émergents comme le Mozambique, ainsi que dans des usines d’engrais au Maroc et en Égypte.


D’autres pays, comme le Koweït, pourraient renforcer leurs capacités de stockage, développer les énergies renouvelables et intensifier les échanges d’électricité transfrontaliers.

Un basculement durable incertain


Malgré les perturbations, les experts mettent en garde contre l’idée d’un réacheminement durable des flux pétroliers mondiaux hors du Golfe.

Certains navires empruntent déjà des routes plus longues, notamment via le cap de Bonne-Espérance, tandis que la route maritime du Nord pourrait être davantage utilisée en été.


Cependant, le détroit d’Ormuz devrait rester la voie privilégiée pour les échanges entre le Golfe et l’Asie une fois la crise apaisée, en raison de sa proximité et de ses coûts plus faibles.


Des risques environnementaux accrus


Les experts avertissent également que les risques environnementaux pourraient fortement augmenter si le conflit s’étend aux infrastructures de production et de transport.

Des attaques directes contre les champs pétroliers ou les pipelines pourraient faire grimper les prix et aggraver les dommages environnementaux.


Par ailleurs, le recours accru à des flottes vieillissantes et sous-assurées, déjà observé dans le commerce du pétrole russe, augmente les risques de marées noires et d’accidents maritimes.


Dans l’ensemble, cette crise confirme une réalité centrale: malgré l’existence d’alternatives, aucune ne peut remplacer pleinement le détroit d’Ormuz aux volumes actuels, et toute réduction significative de cette dépendance nécessitera des années d’investissements.


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