
Il y a deux ans, le Brésil commençait à surmonter la pandémie et son cortège de scènes d'épouvante grâce à une vaccination massive. Pourtant, les vaccins n'y ont aujourd'hui plus la cote. Des maladies jadis éradiquées se font menaçantes.
Au Brésil, pays aux 203 millions d'habitants qui a longtemps été un champion en matière de vaccination de sa population, la couverture vaccinale générale a chuté de 95% en 2015 à 68% l'an dernier, selon des chiffres officiels.
Les chiffres sont similaires pour d'autres vaccins. Résultat: des maladies regagnent du terrain. La rougeole, officiellement éliminée au Brésil en 2016, est revenue deux ans plus tard. Il y a aussi des craintes d'une résurgence de la diphthérie.
C'est très triste de voir comment 50 ans de travail peuvent être si facilement détruits en trois ans.
La crise du Covid avait pris un tour cauchemardesque au Brésil, dépassant le bilan de 700.000 morts, le pire après les Etats-Unis. A Manaus, au coeur de la forêt amazonienne, les cadavres s'empilaient dans des camions frigorifiques, les hôpitaux débordés manquaient d'oxygène.
Mais les énormes efforts de vaccination, depuis le carnaval de Rio jusqu'aux villages reculés, ont permis de stopper l'hécatombe.
Malgré un démarrage lent largement imputé à Jair Bolsonaro, début 2022 le pays avait vacciné 93% des adultes.
Puis les taux de vaccination ont chuté et pas seulement contre le coronavirus.
"Infodémie"
Parmi les facteurs qui expliquent ce recul, les experts mettent en avant la difficulté à se procurer certains vaccins habituels devenus introuvables à cause des perturbations liées à la pandémie, ou encore un système de santé très coûteux pour de nombreux Brésiliens.
Malgré la défaite de Jair Bolsonaro à la présidentielle fin 2022 face au leader de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, le mouvement anti-vax prospère toujours.
La ministre de la Santé Nisia Trindade explique que le gouvernement réfléchit à la meilleure manière de sévir contre ceux qui, parmi les médecins eux-mêmes, relaient le discours anti-vax.
L'infox criminelle sème le doute et alimente l'hésitation face au vaccin.
Dans une récente enquête, la Société brésilienne de pédiatrie (SBP) et l'institut IQC ont montré que, d'après les médecins, la crainte d'effets secondaires et la méfiance face aux vaccins expliquent largement la réticence des parents réfractaires.
Natalia Pasternak, dont le centre de réflexion travaille précisément à cela, souligne toutefois que les autorités sanitaires doivent aussi penser local.
Les gens écoutent ceux en qui ils ont confiance: le prêtre, le leader communautaire.









