
C’est l’une des affaires politico-judiciaires les plus longues et les plus complexes de la Ve République. Près de vingt ans après les faits présumés, et plus d’une décennie après les premières révélations de Mediapart faisant état d’une note libyenne attestant d’un financement chiffré à plus de 50 millions d’euros, la justice française n’en a pas encore fini avec le dossier dit du financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.
Début janvier 2025, Nicolas Sarkozy comparaissait pour la première fois dans cette affaire devant le tribunal correctionnel de Paris, aux côtés de douze autres prévenus, dont ses anciens ministres Claude Guéant, Brice Hortefeux et Éric Woerth.
Le procès, qui a duré trois mois, a abouti le 25 septembre 2025, à la relaxe de Nicolas Sarkozy des chefs de corruption et de financement illégal, faute de preuve directe, mais à une lourde condamnation à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, avec exécution provisoire.
Ce mandat de dépôt assorti d’une exécution provisoire l’a contraint à passer vingt jours derrière les barreaux avant d’être libéré sous contrôle judiciaire dans l’attente du procès en appel.
Procès en appel
Au cours du procès en appel qui s’est ouvert le 16 mars 2026 devant la cour d’appel de Paris, dix prévenus ont été rejugés. Lors de ses réquisitions, le parquet général a réclamé une sanction exemplaire à l’encontre de Nicolas Sarkozy en requérant sa condamnation pour l’ensemble des faits pour lesquels il est rejugé, y compris la corruption et le financement illégal de campagne dont il avait été relaxé en première instance, affirmant qu’il avait conclu un accord avec Kadhafi aux termes duquel, en échange des fonds libyens, Sarkozy et Guéant devaient œuvrer à la levée du mandat d’arrêt visant Abdallah Senoussi, beau-frère du dirigeant libyen.
C’est dans ce contexte que Vincent Brengarth, avocat de l’association Sherpa, partie civile dans ce dossier depuis 2013, tire le bilan de ces deux mois d’audience, dans un entretien à Anadolu.
Pour lui, ce second procès n’a rien d’une simple répétition du premier. Il en a changé la nature.
Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Élysée et bras droit historique de Nicolas Sarkozy, a pris la parole durant les débats par le biais d’écrits adressés à la juridiction. Une posture que Vincent Brengarth analyse comme une rupture décisive dans la stratégie collective de défense qui avait jusqu’alors prévalu.
"L’existence d’un pacte corruptif"
Cette prise de distance entre les deux hommes qui ont incarné pendant des années le tandem le plus puissant de la droite française n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans un dossier où les intérêts des uns et des autres ont progressivement divergé, au fil des mises en cause, des confrontations et des contradictions accumulées à l’audience.
L’admission que la délinquance en col blanc
Pour autant, ce dernier attend davantage de la cour d’appel que la simple confirmation du jugement de première instance. Il conteste notamment la position des juges du fond qui avaient accordé le bénéfice de l’immunité présidentielle pour les actes commis après l’élection de 2007.
Et d’en tirer la conséquence logique : admettre le contraire reviendrait à considérer qu’un ancien président ne pourrait jamais être condamné pour des faits de corruption commis dans l’exercice de ses fonctions.
Il y a dans ses mots une frustration plus profonde, qui traverse l’ensemble de l’entretien et se cristallise dans un regret final : celui de n’avoir jamais obtenu d’explications convaincantes. Ni sur les nombreuses contradictions relevées à l’audience, ni même lorsque les écrits de Guéant auraient pu en ouvrir la voie.
Le délibéré est attendu le 30 novembre.










