La hausse des prix du pétrole et la réaction de l’opinion publique mettent Trump sous pression

11:0020/03/2026, vendredi
Kadir Üstün

Un message publié mercredi sur les réseaux sociaux par le président Trump a une nouvelle fois révélé à quel point il est préoccupé par la hausse des prix de l’énergie. L’attaque d’Israël contre le champ gazier de Pars a entraîné une riposte de l’Iran, qui a ciblé des infrastructures gazières au Qatar. Trump, comme s’il menait des négociations diplomatiques avec l’Iran en public, a promis qu’Israël ne viserait plus les infrastructures énergétiques. Il a également assuré qu’une réponse très ferme

Un message publié mercredi sur les réseaux sociaux par le président Trump a une nouvelle fois révélé à quel point il est préoccupé par la hausse des prix de l’énergie. L’attaque d’Israël contre le champ gazier de Pars a entraîné une riposte de l’Iran, qui a ciblé des infrastructures gazières au Qatar. Trump, comme s’il menait des négociations diplomatiques avec l’Iran en public, a promis qu’Israël ne viserait plus les infrastructures énergétiques. Il a également assuré qu’une réponse très ferme serait apportée en cas de nouvelle attaque iranienne contre le Qatar.

La persistance de prix du pétrole à des niveaux historiques a suscité de vives réactions, y compris au sein de la propre base électorale de Trump. Déjà en difficulté pour trouver une issue politique à une guerre dans laquelle il s’est engagé en Iran, "encouragé" par Israël, Trump est également conscient du coût politique interne généré par la crise du détroit d’Ormuz. L’Iran, qui cherche à limiter les affrontements à des objectifs militaires et stratégiques, tente de faire pression sur Trump par le biais du coût économique. Conscient de la sensibilité de l’opinion publique américaine aux prix du pétrole, Téhéran utilise la menace de destruction des infrastructures énergétiques régionales comme levier contre Washington. Le message de Trump montre que cette stratégie porte ses fruits.

LA PRESSION PSYCHOLOGIQUE DES PRIX DE L’ESSENCE

Aux États-Unis, où la voiture individuelle constitue le principal moyen de transport, les prix de l’essence sont particulièrement visibles dans la vie quotidienne. Dans un pays qui consomme en moyenne 9 millions de barils de pétrole par jour, le nombre de véhicules par habitant atteint environ 0,87, l’un des ratios les plus élevés au monde. Les ménages possédant deux véhicules ou plus représentent 59 % de la population.

En dehors de quelques centres urbains très denses comme New York, les Américains utilisent leur voiture pour aller travailler, étudier, faire leurs courses ou participer à des activités. Ils sont donc constamment confrontés aux prix du carburant. Lors des trajets quotidiens, il est impossible d’ignorer les variations affichées en grands chiffres par les stations-service en concurrence. Contrairement à de nombreux autres biens, dont les prix sont moins visibles, ceux de l’essence ont un impact psychologique particulièrement fort.

Ce phénomène, que l’on peut qualifier de biais de saillance, conduit les citoyens à juger la situation économique et la compétence des responsables politiques à travers le prisme des prix de l’essence.

PRIX MONDIAUX, COÛTS NATIONAUX

Devenus l’un des indicateurs les plus sensibles de la politique américaine, les prix de l’essence dépendent des cours internationaux du pétrole, mais sont désormais perçus par les électeurs comme relevant de la responsabilité du président. Les fluctuations des prix du pétrole étant étroitement liées à des crises géopolitiques telles que l’invasion de l’Irak, la guerre en Ukraine ou un conflit avec l’Iran, l’opinion publique estime que ces problèmes peuvent être résolus par le président.

Comme l’embargo pétrolier des années 1970 a fragilisé Carter, l’invasion de l’Irak dans les années 2000 a mis Bush sous pression, et la guerre en Ukraine en 2022 a affaibli Biden, la guerre avec l’Iran place aujourd’hui Trump dans une position difficile.

Bien que les prix du pétrole soient déterminés sur les marchés internationaux, le coût politique de l’essence est assumé au niveau national, ce qui oblige les présidents à agir. Après que Bush a déclaré que les États-Unis étaient "accrocs au pétrole", les investissements et la révolution du gaz de schiste ont transformé le pays en puissance énergétique exportatrice. Malgré cela, l’intégration de l’économie américaine aux marchés mondiaux fait que les fluctuations des prix du pétrole continuent d’influencer fortement la politique intérieure.

Les politiques visant à réduire la dépendance au pétrole, notamment les incitations aux énergies renouvelables et l’éloignement des combustibles fossiles pour des raisons environnementales, ont entraîné à court terme une hausse des prix de l’essence. Cela a généré des coûts politiques pour les administrations Obama et Biden. De nombreux investissements réalisés dans le cadre des objectifs de l’Accord de Paris ont été critiqués en raison de leur impact sur les prix du carburant.

Trump et les Républicains se sont opposés fermement à ces initiatives, promettant de faire baisser les prix de l’essence, ce qui leur a permis de remporter des élections. En annulant de nombreux projets écologiques et en levant les obstacles à l’utilisation des énergies fossiles, l’administration Trump a également affirmé que les opérations contre le Venezuela et l’Iran contribueraient à réduire les prix du carburant. Toutefois, ces promesses ne se sont pas concrétisées, et la hausse d’environ 23 % des prix de l’essence en quelques semaines a suscité une forte réaction de l’opinion publique américaine.

UNE LUTTE GÉOPOLITIQUE

Les États-Unis ne rencontrent pas de difficultés majeures pour couvrir leur approvisionnement en pétrole, grâce notamment à leurs réserves stratégiques et à leur forte capacité de production. Cependant, le fait que les prix mondiaux déterminent les prix intérieurs, ainsi que l’influence stratégique d’acteurs comme la Chine et la Russie, empêche Washington d’affirmer qu’il est totalement autosuffisant.

La crise du détroit d’Ormuz n’affecte pas directement la capacité des États-Unis à répondre à leurs besoins énergétiques, mais elle touche directement les exportations de pays comme l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis. La poursuite du conflit complique l’approvisionnement énergétique de l’Europe, de la Chine et d’autres pays asiatiques, tout en profitant à la Russie, qui peut vendre son pétrole à des prix plus élevés.

Dans la politique américaine, les prix de l’essence ne sont pas seulement un indicateur économique : ils constituent également un baromètre puissant de la perception du leadership politique. Le fait que les fluctuations des prix du pétrole, influencées directement par la politique étrangère des États-Unis, soient imputées au président sur le plan intérieur pousse Washington à adapter ses décisions diplomatiques aux sensibilités de l’opinion publique.

Comme le montre la crise du détroit d’Ormuz, chaque tension régionale se traduit par un impact direct sur le portefeuille des Américains, produisant ainsi des conséquences politiques. Les prix du pétrole, affectés par la sécurité de l’approvisionnement énergétique et la rivalité géopolitique, dépassent donc le cadre d’une simple question géoéconomique : ils deviennent un facteur déterminant pour la survie politique du président.

On peut ainsi affirmer que la volonté de Trump d’empêcher une escalade du conflit vers des attaques contre les infrastructures énergétiques s’explique avant tout par ces préoccupations politiques internes.

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