
À New York, le maire est musulman. Assumé. Il a étè élu dans un pays pourtant à la pointe de la croisade mondiale islamophobe .
À Chalon-sur-Saône, une élue est empêchée de siéger parce qu’elle porte un hijab.
Le monde a changé. Certains refusent de le voir et déploient toute la force autoritaire de la vieille Vème République pour maintenir un néo-colonialisme stérile.
Comme un barde d’Astérix, le maire de Chalon sur Saöne entonne inlassablement le même refrain : celui d’un ordre ancien qu’il s’agit de préserver.
Réélu pour un troisième mandat consécutif, Gilles Platret s’est installé en notable indétrônable — mais déjà dépassé.
Sa municipalité s’est progressivement imposée comme un laboratoire de l’islamophobie dans sa déclinaison locale.
Ce décalage entre le notable et la nouvelle génération ne relève pas d’un simple malentendu.
Il dit quelque chose de plus profond sur ce qui se passe à Chalon et ailleurs.
Le terme de révolution n’est pas exagéré. Elle a, en réalité, déjà commencé.
Aujourd’hui, dans toute la France, des femmes et des hommes se présentent à des élections sans cacher leur appartenance à la religion musulmane. Certains sont élus.
Ce qui relevait hier du scandale est devenu une réalité politique.
Chalon-sur-Saône en est une illustration.
La candidature de Damien Saley pour l’Union populaire, marque une rupture. Présenter cette liste, dans ce contexte, revenait à s’exposer.
Elle rend visible ce que beaucoup préfèrent encore ne pas voir : la présence musulmane comme composante ordinaire de la vie locale. Elle s’incarne notamment à travers des femmes engagées dans la vie associative et collective.
Parmi elles, certaines figures du collectif Libawat, engagé contre les discriminations visant les femmes musulmanes. Morgane Guéchi, qui figurait sur la liste en position non éligible, a pris part activement à la campagne.
Une liste socialiste s’y est opposée, révélant combien une partie de la gauche peine encore à admettre des évolutions qui remettent en cause le paternalisme colonial sur lequel elle a longtemps fonctionné.
Malgré cela, la liste a dépassé les 10 % des suffrages et fait élire deux de ses membres au conseil municipal.
La rupture ne se situe pas dans la décision du maire de faire barrage à une élue du peuple désignée par les urnes , mais dans la démarche de ces habitantes et habitants qui, en position minoritaire, ont décidé d’ouvrir un nouvel espace politique.
Ces territoires que l’on imagine homogènes sont traversés par des transformations profondes. Ils rassemblent des habitants de toutes origines et de toutes confessions, dont certains font le choix de porter des valeurs communes.
Mais dans la salle, de nombreuses femmes portant le hijab étaient présentes pour lui apporter leur soutien. Parmi elles, Morgane Guéchi, qui affirme avoir été prise à parti verbalement par des soutiens du maire.
Dans le même temps, l’autre élu de la liste prenait place au conseil municipal.
Il reconnaît désormais que des musulmans et musulmanes peuvent être des alliés dans des luttes pour la justice sociale, l’égalité et la transformation écologique.
Face à cette émergence, la réaction est immédiate.
Les femmes musulmanes engagées dans cette campagne municipale ont été confrontées à des campagnes d’intimidation, de doxxing et de harcèlement. Leur engagement les expose à des dangers réels.
Dans le même temps, Gilles Platret mobilise des relais médiatiques, notamment sur les plateaux de CNews et au sein de la presse d’extrême droite.
Chalon-sur-Saône est l’une des rares villes où le Rassemblement national n’a pas présenté de liste, tant ses idées sont déjà défendues par le maire.
Mais ces dernières semaines, à l’occasion de la mort d’un jeune militant d’extrême droite, ouvertement néonazi et violent, des conseils régionaux ont affiché sa photo. À l’Assemblée nationale, une minute de silence lui a été rendue.
Elle a permis l’installation durable de l’extrême droite dans les institutions, sa visibilité dans l’espace public et la banalisation de ses projets.
À l’inverse, la visibilité musulmane est constamment présentée comme un problème.
À Chalon-sur-Saône, elle vise à la fois des individus et des collectifs.
Ces élus et élues, accusés de favoriser l’islamisme et l’entrisme des Frères musulmans, portent des projets de transformation sociale.
Une partie des électeurs — et c’est l’une des surprises de ce scrutin — a préféré cette génération politique à l’extrême droite.
En 2019, à l’Assemblée nationale, les députés ont profité d’un angle mort du droit pour faire inscrire l’interdiction des signes religieux, sans possibilité réelle de contestation.
Mais la bataille ne sera pas uniquement juridique.
Elle porte sur la possibilité, pour une partie croissante de la population, de participer à la vie démocratique sans devoir se rendre invisible.
Aux dernières élections universitaires, une organisation nommée ouvertement Étudiants musulmans de France a conquis onze sièges dans des universités, en alliance avec d’autres forces.
Au niveau professionnel, notamment dans le secteur des aides à la personne, le débat se fait de plus en plus vif : les jeunes salariées, souvent précaires, refusent de retirer leur hijab, contrairement à la génération précédente.
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