
Une enquête rendue publique le 23 février 2026 par Forensic Architecture, en partenariat avec Earshot et la Société du Croissant-Rouge palestinien, affirme que les forces israéliennes auraient volontairement tué 15 travailleurs humanitaires palestiniens le 23 mars 2025 à Tel al-Sultan, près de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.
Le député français Thomas Portes (LFI) a relayé ces conclusions le 24 février sur la plateforme américaine X, qualifiant les faits de "terribles". Il évoque une attaque ayant duré près de deux heures, environ 900 impacts de balles, 15 humanitaires tués et des accusations selon lesquelles Tsahal aurait dissimulé les corps sous terre. Le lien partagé renvoie à la page de l’enquête.
Intitulé "Israeli Executions of Palestinian Aid Workers and Efforts to Conceal Evidence", le rapport indique que les tirs auraient visé un convoi composé d’ambulances du Croissant-Rouge palestinien, d’un camion de la Défense civile palestinienne et de véhicules des Nations unies. Les véhicules, clairement identifiables grâce à leurs marquages humanitaires et à leurs gyrophares allumés, auraient été pris pour cible à partir de 5 h 09, les tirs se poursuivant jusqu’à au moins 7 h 13, sans qu’un échange de feu ou une menace avérée contre les soldats ne soit établi, selon les auteurs.
Les enquêteurs recensent au moins 910 coups de feu, dont 844 enregistrés sur une vidéo de cinq minutes et demie filmée par l’une des victimes, Refaat Radwan. D’après leur analyse, au moins 93 % des tirs initiaux visaient directement les véhicules et les secouristes. L’étude audio et balistique menée par Earshot conclut que plusieurs personnes auraient été abattues à très courte distance, entre un et quatre mètres, alors qu’elles étaient encore en vie, une conclusion appuyée par des autopsies mentionnant des tirs à la tête ou au thorax de type "execution-style".
Au total, 15 personnes ont péri: huit membres du Croissant-Rouge palestinien, six de la Défense civile palestinienne et un employé de l’UNRWA. Deux survivants, Munther Abed et Asaad al-Nasasra, ce dernier ayant été détenu 37 jours par Israël, ont livré des témoignages recoupés avec d’autres éléments de preuve.
Selon l’enquête, après les faits, les forces israéliennes auraient endommagé et partiellement enfoui les véhicules à l’aide d’engins lourds, puis enterré les corps dans une fosse commune peu profonde. Quatorze dépouilles ont été exhumées le 30 mars 2025, certaines présentant des signes de ligature. Des téléphones auraient également été enterrés sur place. Des images satellites et une modélisation 3D montrent que la zone aurait ensuite été transformée en secteur militaire, avec bermes, points de contrôle et routes, avant de devenir ultérieurement un point de distribution d’aide.
L’enquête repose sur une reconstitution chronologique détaillée combinant analyses acoustiques (localisation des tirs et trajectoires balistiques), modélisation 3D, imagerie satellite, témoignages géolocalisés et rapports d’autopsie. Elle conteste les premières versions israéliennes décrivant la zone comme un champ de bataille actif ou les véhicules comme suspects, et conclut à des exécutions extrajudiciaires délibérées suivies de tentatives de dissimulation, susceptibles de constituer de graves violations du droit international humanitaire.
De son côté, une enquête interne de l’armée israélienne menée en avril 2025 a reconnu des "défaillances professionnelles" et des manquements aux procédures, entraînant des sanctions disciplinaires. Elle a toutefois exclu toute intention criminelle et maintenu que la zone présentait une menace au moment des faits.










