Un habitant passe devant un bâtiment endommagé dans la ville de Toamasina, sur la côte est de Madagascar, frappée par le cyclone tropical Gezani le 12 février 2026.
Le taux de chômage des jeunes diplômés dépasse 30% à Madagascar, selon l’Institut National de la Statistique (INSTAT). Plus largement, environ 42 % des jeunes âgés de 18 à 35 ans restent sans emploi.
Chaque année, près de 100 000 jeunes arrivent sur le marché du travail, alors que seulement 34 000 offres d’emploi sont disponibles. À une échelle plus large, environ 500 000 jeunes entrent dans la vie active, dans un contexte où les opportunités restent limitées. Seuls 5 % accèdent à un emploi formel. La majorité se tourne donc vers l’informel ou vers des emplois instables.
Pour Zina Raminosona, entrepreneur malgache, la principale difficulté pour les jeunes diplômés vient du décalage entre la formation et les besoins du marché.
"Les jeunes sont formés de manière très scolaire. Ils sont bons en théorie, mais ils ont du mal à appliquer leurs connaissances dans le monde professionnel"
, explique-t-il. Il souligne également que les entreprises deviennent de plus en plus exigeantes et privilégient souvent des profils expérimentés, ce qui réduit les opportunités pour les jeunes diplômés.
Autre enjeu important : les attentes salariales des jeunes, parfois jugées trop élevées par rapport aux réalités économiques locales. Ce décalage complique davantage leur insertion dans le secteur privé.
"Par ailleurs, il existe aussi un manque de cohérence entre certaines formations universitaires et les besoins réels du marché du travail. Certaines filières forment des étudiants dans des domaines où les débouchés restent limités, tandis que d’autres secteurs en croissance peinent à trouver les compétences nécessaires"
, a-t-il ajouté.
Dans le secteur public, les défis restent nombreux, notamment la lenteur administrative et les cas de corruption. La semaine dernière, le Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO) a démantelé un réseau de faux diplômes au sein de l’Agence Portuaire Maritime et Fluviale (APMF).
Onze personnes ont été placées sous mandat de dépôt après usage de faux diplômes pour obtenir des avantages professionnels, avec un préjudice estimé à plus de 160 millions d’ariary (environ 35 000 dollars américains).
Le secteur des call centers
Face à ces obstacles, de plus en plus de jeunes diplômés se dirigent vers le secteur des call centers, considéré comme une alternative rapide pour accéder à un emploi.
À Madagascar, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) atteint 262 680 ariary (environ 58 dollars) par mois, tandis que dans les centres d’appel, les salaires tournent en moyenne autour de 600 000 ariary (133 dollars). Cette différence attire de nombreux jeunes vers ce secteur.
Dans un contexte où Madagascar, ancienne colonie française, reste un pays francophone, les entreprises de call center se développent grâce à l’externalisation de services clients par des sociétés étrangères.
Selon Farise, office manager chez GetHumancall, ce secteur souffre encore d’une image de simple emploi temporaire. Pourtant, il offre de réelles perspectives d’évolution.
"J’ai commencé en 2019 dans les centres d’appel. En 2022, j’ai rejoint GetHumancall comme conseiller client, puis j’ai évolué au poste d’office manager en 2023"
, explique-t-elle. Elle précise que l’expérience acquise sur le terrain et l’engagement personnel ouvrent la voie à différents postes comme les ressources humaines, le marketing ou la logistique.
Farise insiste sur le fait que les call centers ne représentent pas uniquement un
, mais peuvent devenir une véritable carrière pour les jeunes motivés.
De son côté, Jonathan Da Costa, fondateur de GetHumancall, explique avoir choisi la Grande île après des expériences dans plusieurs pays.
"J’ai eu un vrai coup de cœur pour la motivation des équipes ici"
, dit-il. L’entreprise recrute principalement des jeunes francophones, dont la majorité possède au moins le baccalauréat, tout en accueillant aussi des profils Bac+2, Bac+3 ou master.
Une enquête menée dans une autre entreprise du secteur montre également la diversité des profils : 15 % des employés possèdent un master, 35 % un Bac+2 ou Bac+3 et 50 % le baccalauréat. Les âges varient, avec une majorité de jeunes entre 22 et 30 ans.
À Antananarivo, les call centers s’implantent surtout dans des quartiers comme Andraharo, Ivandry, Andranomena, mais aussi Tanjombato et Andohatapenaka. Ils participent aujourd’hui à l’activité économique de la capitale et offrent des opportunités à une partie de la jeunesse diplômée en quête d’emploi.
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