L'effondrement de l'Amoc, une menace incertaine mais dévastatrice

La rédaction avec
12:3027/02/2025, jeudi
AFP
L'effondrement de l'Amoc, un système océanique crucial pour le climat, pourrait avoir des conséquences dévastatrices, mais son occurrence reste incertaine selon la communauté scientifique.
Crédit Photo : Richard Sidey / AFP / Archive
L'effondrement de l'Amoc, un système océanique crucial pour le climat, pourrait avoir des conséquences dévastatrices, mais son occurrence reste incertaine selon la communauté scientifique.

Le refroidissement de l'Europe du Nord, les sécheresses au Sahel, et des tempêtes plus violentes: l'effondrement de l'Amoc, un système complexe de courants dans l'Atlantique régulant le climat, pourrait avoir des conséquences catastrophiques. Cependant, ce scénario, bien qu'inquiétant, ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique.

"Des effets dévastateurs et irréversibles"
,
"une issue catastrophique"
,
"des événements météorologiques extrêmes"
... En octobre, 44 scientifiques ont tiré la sonnette d'alarme concernant un possible effondrement de l'Amoc -acronyme pour
"Circulation méridienne de retournement de l'Atlantique"
-dans une lettre ouverte adressée aux dirigeants du Conseil nordique.

Crédit Photo : AFP /
Sabrina BLANCHARD

Les experts du climat du GIEC affirment que le risque de voir l'Amoc
"passer un point de bascule"
dans
"les prochaines décennies"
a été
"sous-estimé"
.
"Les études récentes m'ont donné l'impression que ce risque est beaucoup plus important que ce que l'on pensait il y a seulement cinq ans"
, a déclaré Stefan Rahmstorf, océanographe à l'Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact du climat (PIK).

Bien que l'on n'atteigne pas un scénario de nouvelle glaciation, comme dans le film Le jour d'après (2004), un effondrement de l'Amoc entraînerait des conséquences dévastatrices: baisse des températures en Europe du Nord, sécheresses au Sahel et en Asie du Sud, élévation du niveau de la mer en Amérique du Nord, réduction de l'absorption du CO2 par l'océan, etc.


Une circulation vitale mais fragile


Souvent confondue avec le Gulf Stream, qui en fait partie, l'Amoc joue un rôle essentiel dans la régulation du climat. Composée de courants transportant de l'eau chaude en surface vers le Nord et de l'eau froide en profondeur vers le Sud, sa puissance -18 millions de m3 par seconde- est équivalente à environ 18 fois le débit total de toutes les rivières du monde.


Un de ses points cruciaux se situe au large du Groenland, où l'eau chaude et salée en provenance du Sud refroidit et devient plus dense, plongeant entre 1 500 et 3 000 mètres avant de repartir vers le Sud. Ce processus permet de pomper du carbone et de la chaleur au fond de l'océan.

Jean-Baptiste Sallée, océanographe au CNRS, explique:
"Avec l'Antarctique, l'Amoc est l'un des deux seuls endroits sur Terre permettant de connecter la surface et les profondeurs océaniques. Cette circulation verticale est cruciale pour la régulation du climat".

La chaleur transportée par l'Amoc depuis les tropiques contribue également à modérer le climat en Europe du Nord.


Un système chaotique et difficile à suivre


Qualifié de
"tapis roulant océanique"
, l'Amoc est un système bien plus chaotique et dispersif, avec des variations d'intensité importantes, comme le souligne Damien Desbruyères, océanographe à l'Ifremer. Son suivi en continu n'a débuté qu'en 2004 grâce au réseau de mouillages RAPID, complété par des capteurs dans l'Atlantique subpolaire et des flotteurs Argo. Pascale Lherminier, océanographe à l'Ifremer, indique:

Avec ces mesures directes, pour l'instant, rien ne prouve un déclin de l'Amoc.

Pour évaluer son évolution à long terme, les scientifiques se sont tournés vers des indicateurs indirects, tels que les températures de surface, la salinité ou l'analyse des sédiments. Plusieurs études pointent un déclin de l'Amoc sur le long terme, mais ce constat reste controversé.


L'influence du changement climatique


D'ici à la fin du siècle, l'Amoc pourrait perdre en intensité à cause du réchauffement climatique, qui réchauffe les eaux de surface et rend l'océan plus stratifié, rendant le mélange plus difficile.


La fonte de la calotte glaciaire du Groenland pourrait également ralentir la plongée des eaux de surface vers les profondeurs, en introduisant de grandes quantités d'eau douce dans l'Atlantique Nord.


Un risque incertain mais croissant


La vitesse et l'intensité de ce déclin restent des questions ouvertes, comme le souligne Jean-Baptiste Sallée. Le dernier rapport du GIEC, en 2021, jugeait
"très peu probable"
un effondrement de l'Amoc au XXIe siècle, tout en estimant qu'un
"affaiblissement substantiel"
était un scénario physiquement plausible.

Cependant, l'alerte est croissante. Didier Swingedouw, directeur de recherche au CNRS, estime que le prochain rapport du GIEC mettra en avant
"un risque de plus en plus probant"
de l'effondrement de l'Amoc après 2100,
"si nous ne réduisons pas nos émissions de CO2".
Anne-Marie Tréguier, directrice de recherches au CNRS, avertit:

L'incertitude est quasi totale pour l'après 2100, tout dépendra de nos émissions d'ici là.

Enfin, Fabien Roquet, professeur d'océanographie à l'Université de Göteborg, souligne:


Le vrai sujet, c'est le réchauffement climatique. Et c'est maintenant qu'il faut agir.

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