Trump avance dans le brouillard…

10:453/02/2026, mardi
Abdullah Muradoğlu

Donald Trump a massé d’importantes forces militaires dans le Golfe et affirme qu’il recourra à une intervention armée si l’Iran refuse d’accepter les conditions posées par les États-Unis. La Türkiye, l’Égypte et le Qatar, de leur côté, s’emploient à empêcher la guerre en œuvrant à la mise en place d’une véritable table de négociation entre Washington et Téhéran. Israël, les néoconservateurs américains (c’est la même chose) et les républicains bellicistes de l’establishment soutiennent que l’Iran

Donald Trump a massé d’importantes forces militaires dans le Golfe et affirme qu’il recourra à une intervention armée si l’Iran refuse d’accepter les conditions posées par les États-Unis. La Türkiye, l’Égypte et le Qatar, de leur côté, s’emploient à empêcher la guerre en œuvrant à la mise en place d’une véritable table de négociation entre Washington et Téhéran.

Israël, les néoconservateurs américains (c’est la même chose) et les républicains bellicistes de l’establishment soutiennent que l’Iran traverse sa phase de plus grande faiblesse et pressent Trump de porter le coup final. Trump, lui, espère voir l’Iran hisser le drapeau blanc sans avoir à faire la guerre. Or, il est peu probable que l’Iran accepte les conditions avancées par Trump. La Türkiye, l’Égypte et le Qatar tentent donc de trouver une voie médiane menant à un accord entre les États-Unis et l’Iran, convaincus qu’une attaque contre l’Iran plongerait la région dans le chaos.

L’éventualité d’une intervention américaine contre l’Iran n’a rien à voir avec les intérêts de sécurité nationale des États-Unis. Une guerre contre l’Iran sert avant tout les intérêts d’Israël. Israël attend que ses propres guerres soient menées par des soldats américains. Un conflit avec l’Iran entrerait par ailleurs en contradiction avec la nouvelle "doctrine Monroe" revisitée par Trump.


Les illusions de la victoire facile


Trump pense qu’après le Venezuela, il pourrait aussi obtenir une victoire facile en Iran. Mais l’Iran n’est pas le Venezuela. L’histoire militaire regorge d’exemples montrant que des opérations supposées simples se transforment en guerres longues et destructrices. Les interventions américaines au Vietnam dans les années 1950, puis en Afghanistan au début des années 2000, n’en sont que deux illustrations. Dans les deux cas, les États-Unis sont restés englués pendant près de vingt ans.

Finalement, Washington a dû se retirer de ces deux pays. Après le retrait américain, les Nord-Vietnamiens ont pris le contrôle de l’ensemble du Vietnam. En Afghanistan, les Taliban sont revenus au pouvoir après le départ des troupes américaines. Dans les deux situations, les États-Unis n’ont pas atteint leurs objectifs politiques. L’intervention en Irak, encouragée par Israël et les néoconservateurs, n’a pas été différente. Là aussi, Washington n’a pas atteint les objectifs politiques qu’il avait proclamés.

Le stratège militaire prussien Carl von Clausewitz écrivait dans son ouvrage célèbre
"De la guerre"
que la guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens. Les guerres du Vietnam, d’Afghanistan et d’Irak figurent donc parmi les exemples les plus frappants de l’échec de la politique américaine. Les leçons de l’histoire ne servent toutefois de guide qu’à ceux qui acceptent de les écouter.

Le brouillard de la guerre et ses coûts politiques


On se souvient que lors de sa campagne présidentielle de 2016, Trump qualifiait les guerres sans fin des États-Unis de stupidités imputables aux néoconservateurs et aux présidents qui les avaient suivis. Il avait été élu en promettant de mettre un terme à ces guerres absurdes qui coûtaient le sang et l’argent des Américains. Durant son second mandat, Trump a certes continué à accuser les néoconservateurs, mais les contradictions entre ses paroles et ses actes persistent. Le bombardement de l’Iran pour le compte d’Israël en juin 2025 en est un exemple. En dégainant une seconde fois son épée, Trump a voulu "achever son erreur".

Les objectifs politiques qui sous-tendent la menace d’un recours à la force contre l’Iran restent flous. Trump cherche-t-il un changement de régime ou un véritable accord ? Rien n’est clair. Alors que des négociations nucléaires étaient en cours avec l’Iran, Trump a donné son feu vert à l’attaque israélienne, avant que des avions américains ne bombardent les installations nucléaires iraniennes. Ces frappes ont porté un coup sévère à la crédibilité de Trump et nourrissent la méfiance iranienne face à ses revirements spectaculaires.

Même une intervention limitée mais brutale contre l’Iran pourrait provoquer une escalade débouchant sur une guerre d’ampleur. C’est ici que le "brouillard de la guerre" entre en jeu. Une riposte inattendue de l’Iran pourrait balayer l’hypothèse selon laquelle Trump pourrait s’en sortir à moindres pertes et le contraindre à une opération terrestre qu’il ne souhaite pas.

Ce qui inquiète le plus Trump, ce sont précisément les pertes humaines sur le terrain. Leur coût politique pourrait être extrêmement lourd. Le retour de soldats américains dans des cercueils pourrait faire perdre à son parti les élections de mi-mandat de novembre. Le fait qu’il n’y ait pas eu de pertes militaires au Venezuela ne garantit en rien qu’il n’y en aura pas en Iran. Trump avance donc dans un brouillard épais dans le Golfe.

La Türkiye, l’Égypte et le Qatar, quant à eux, tendent une lanterne à Trump dans cette obscurité. Fermer les yeux sur cette lumière satisferait peut-être Israël et les néoconservateurs, mais le coût d’une guerre contre l’Iran, et de son extension à l’ensemble de la région, ferait peser un nouveau fardeau lourd sur les contribuables américains. Si Trump veut sortir de l’illusion du "un seul tir et tout est réglé" et conclure un accord réel et durable avec l’Iran, il doit avancer à la lumière de la lanterne que tiennent la Türkiye, l’Égypte et le Qatar.

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