Téhéran a-t-il donné la réponse attendue ?

10:323/02/2026, mardi
Yahya Bostan

Pour comprendre l’évolution des tensions entre les États-Unis et l’Iran, il est utile de revenir sur la "Guerre de 12 jours" de juin. Les similitudes sont nombreuses. Afin de saisir ce qui se joue aujourd’hui, j’ai à la fois relu mes notes de l’époque et tenté de regarder en coulisses les développements actuels. Que se passe-t-il réellement ? La réponse attendue de Téhéran est-elle enfin arrivée ? Je vais tenter de l’expliquer. À la veille des frappes israéliennes du 13 juin contre l’Iran, un intense

Pour comprendre l’évolution des tensions entre les États-Unis et l’Iran, il est utile de revenir sur la "Guerre de 12 jours" de juin. Les similitudes sont nombreuses. Afin de saisir ce qui se joue aujourd’hui, j’ai à la fois relu mes notes de l’époque et tenté de regarder en coulisses les développements actuels. Que se passe-t-il réellement ? La réponse attendue de Téhéran est-elle enfin arrivée ? Je vais tenter de l’expliquer.

À la veille des frappes israéliennes du 13 juin contre l’Iran, un intense ballet diplomatique était en cours entre Washington et Téhéran. L’émissaire spécial de Trump, Witkoff, échangeait avec le ministre iranien des Affaires étrangères Arakçi. Un sixième round de négociations était même programmé pour le 15 juin. Mais cette rencontre a d’abord été reportée, avant qu’Israël ne lance son attaque contre l’Iran.

J’avais noté à l’époque, à l’issue d’un échange avec une source, cette phrase significative :
"Nous avions averti l’Iran qu’une attaque était possible. Mais notre message n’a pas été pris au sérieux. La raison était la confiance accordée à la garantie américaine selon laquelle Israël ne serait pas autorisé à attaquer pendant les négociations."
Le fait que l’Iran ait été frappé alors que les discussions étaient en cours a provoqué à Téhéran une profonde crise de confiance.

Un second élément est tout aussi déterminant. En 2018, Trump s’est retiré unilatéralement de l’accord nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et l’administration Obama. Ces deux épisodes expliquent largement pourquoi l’Iran éprouve aujourd’hui de grandes difficultés à revenir à la table des négociations.


Des téléphones restés sans réponse


Lorsque Israël a poursuivi ses attaques contre l’Iran, Washington a également durci le ton. Une intervention directe des États-Unis risquait alors de faire basculer la crise hors de contrôle. C’est dans ce contexte que le président Erdoğan s’est entretenu séparément avec Trump et avec Pezeşkiyan, dans l’espoir de dégager une voie médiane.

Trump avait accepté la proposition d’Erdoğan d’une réunion tripartite, allant jusqu’à déclarer :
"Mon avion est prêt, je peux monter à bord et venir à Istanbul en une heure."
Il avait ensuite proposé d’envoyer Vance et Witkoff à Istanbul. La proposition avait été transmise au président iranien Pezeşkiyan. Pourtant, ce jour-là, la réponse attendue de l’Iran n’est jamais arrivée.
"L’Iran n’a pas dit explicitement qu’il refusait de négocier, mais personne ne répondait au téléphone."
Peu après, les États-Unis ont frappé les installations nucléaires iraniennes. Plusieurs analyses circulent sur les raisons de ce silence iranien. Je me souviens avoir entendu cette lecture :
"L’Iran n’a pas répondu à Trump pour ne pas accorder ce rôle à la Türkiye."
D’autres informations ont ensuite émergé dans la presse internationale, évoquant l’échec des efforts d’Erdoğan en raison de l’impossibilité de joindre le guide suprême Ali Hamaney, qui aurait coupé les communications par crainte d’un assassinat.

Un air de déjà-vu avant la "Guerre de 12 jours"


Qu’en est-il aujourd’hui ? Les États-Unis procèdent à des déploiements militaires. Les informations indiquent que Trump n’a pas encore pris sa décision finale, qu’il laisse une porte entrouverte aux négociations, mais qu’il pourrait passer à l’action si l’Iran refuse de s’asseoir à la table. La Türkiye et le Qatar multiplient les efforts pour rapprocher Washington et Téhéran. Il a été écrit que le président Erdoğan avait proposé une médiation à Trump. Le ministre des Affaires étrangères Fidan a, de son côté, adressé ce message aux États-Unis :
"Séparez les dossiers. Commencez par le nucléaire, concluez-le, puis discutez des autres sujets."
Selon des sources proches du dossier,
"l’objectif est de permettre aux États-Unis et à l’Iran de se parler. Les efforts se poursuivent. Le dossier nucléaire est une question globale. Négociez-le. Les autres sujets sont régionaux, ils peuvent être réglés au niveau régional".
L’Iran, en revanche, ne souhaite pas négocier l’ensemble de ces quatre dossiers avec Washington. Il refuse notamment de faire des concessions sur les missiles balistiques, qu’il considère comme relevant directement de sa sécurité nationale.

Les Américains semblent avoir accepté cette approche. Le débat se concentre désormais sur les négociations nucléaires iraniennes. Selon Axios, la Türkiye, l’Égypte et le Qatar tentent d’organiser cette semaine à Ankara une rencontre entre responsables américains et iraniens.


Des signaux contradictoires en provenance de l’Iran


Du côté iranien, les signaux sont pour le moins confus. Le ministre des Affaires étrangères Arakçi a déclaré que les pays de la région s’efforçaient d’instaurer la confiance. Le secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale, Laricani, a affirmé que
"la mise en place d’un cadre pour les négociations progresse".
En revanche, le guide suprême Ali Hamaney a adopté dimanche un ton très dur, accusant les États-Unis de vouloir "avaler" l’Iran et de s’emparer de son pétrole, de son gaz et de ses ressources minières.

Il faut ici rappeler un point essentiel. L’administration Obama avait conclu un accord nucléaire avec l’Iran. Trump s’en est retiré. Si un nouvel accord devait voir le jour, Trump ne souhaiterait pas reprendre le même texte, ce qui ne constituerait pas, à ses yeux, un succès politique. Il chercherait donc probablement à obtenir d’autres concessions de l’Iran, vraisemblablement liées au pétrole. On peut analyser les propos de Hamaney comme la prise en compte de cet arrière-plan, ou comme le reflet d’informations qui lui ont été transmises en ce sens.

En arrière-plan, deux groupes semblent désormais engagés dans une course contre la montre. D’un côté, les pays qui s’efforcent de résoudre la crise par la négociation, parmi lesquels on peut citer la Türkiye, le Qatar et l’Égypte. De l’autre, les acteurs qui cherchent à provoquer une intervention américaine contre l’Iran, avec Israël comme figure centrale, et peut-être, de manière plus discrète, les Émirats arabes unis.

Le temps presse. Reste à voir quelle dynamique l’emportera. Si les Américains estiment que l’Iran cherche à gagner du temps, ils pourraient décider de passer à l’action.

#Iran
#États-Unis
#diplomatie
#nucléaire
#Israël
#Türkiye
#Trump
#négociations
#Turquie