Les dynamiques internes qui mettent Trump sous pression

09:4127/01/2026, الثلاثاء
MAJ: 27/01/2026, الثلاثاء
Abdullah Muradoğlu

Le Premier ministre canadien Mark Carney ne s’est pas contenté, lors du "Forum de Davos" , d’annoncer la mort de l’ordre international libéral fondé sur des règles; il a également expliqué ce qu’était réellement cet ordre. Carney impute davantage la responsabilité de cette disparition aux États-Unis et à Trump qu’à tout autre acteur. En revanche, il reste largement silencieux sur la nature de l’ordre qui devrait lui succéder. À l’instar des pays d’Europe occidentale, Carney propose aux "puissances

Le Premier ministre canadien Mark Carney ne s’est pas contenté, lors du
"Forum de Davos"
, d’annoncer la mort de l’ordre international libéral fondé sur des règles; il a également expliqué ce qu’était réellement cet ordre. Carney impute davantage la responsabilité de cette disparition aux États-Unis et à Trump qu’à tout autre acteur. En revanche, il reste largement silencieux sur la nature de l’ordre qui devrait lui succéder.
À l’instar des pays d’Europe occidentale, Carney propose aux
"puissances moyennes"
une forme de
"réalisme fondé sur les valeurs"
. Son réalisme consiste essentiellement à accepter le monde tel qu’il est. Il s’agit avant tout d’un
"réalisme économique".
En soulignant la nécessité d’une solidarité entre les principaux bénéficiaires de l’ancien ordre, à l’exception des États-Unis, Carney laisse, une fois encore,
"ceux d’en bas"
à leur place.
Carney affirme que
"les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu"
, attirant l’attention sur les avantages d’une action collective face aux États-Unis plutôt que de négociations bilatérales menées en position de faiblesse. Parallèlement, en se faisant l’interprète des libéraux européens, il adresse aussi un message à Washington: une coopération économique avec la Chine pourrait constituer une option.
Ce message ne s’adresse évidemment pas uniquement à Trump, mais aussi aux élites bipartisanes qui forment les piliers de
"l’establishment américain".
Le fait que Trump traite le Canada comme un potentiel 51e État et son empressement à faire passer le Groenland sous propriété américaine équivalent à une annonce de la "mort de l’OTAN".
Les libéraux installés en Occident ne souhaitent pas entrer en confrontation directe avec les États-Unis. Ils n’en ont ni la volonté ni la capacité.
C’est pourquoi ils espèrent que le Congrès américain parviendra à contenir Trump.
De fait, Trump a fait marche arrière sur l’idée de transformer le Groenland en propriété américaine, affirmant avoir conclu un
"très bon accord"
. Le contenu de cet accord demeure flou, mais il apparaît clairement que Trump a été freiné de l’intérieur.
Les élections de mi-mandat prévues en novembre revêtent une importance vitale pour Trump. Il doit composer avec les équilibres internes de la coalition républicaine.
L’"atlantisme"
constitue l’un de ces équilibres. Si les faucons traditionnels du Parti républicain acceptent que Trump fasse pression sur les alliés de l’OTAN pour augmenter leurs dépenses de défense, ils s’opposent en revanche à toute pression susceptible de provoquer une rupture.
Déjà lors de son premier mandat,
les relations entre les États-Unis et l’"Europe libérale"
s’étaient dégradées. L’élection de Joe Biden en 2020 avait alors permis à l’Europe de pousser un soupir de soulagement. Aujourd’hui encore,
l’"Europe libérale"
souhaite que les Républicains perdent la Chambre des représentants et le Sénat lors des élections de mi-mandat.
Elle estime qu’un contrôle démocrate des deux chambres permettrait de contenir Trump.
En tenant compte du fait que Trump ne sera plus à la Maison-Blanche en 2028, elle ne souhaite pas rompre totalement les liens avec les États-Unis. En résumé, l’"Europe libérale" mise sur le temps.

Fragilités intérieures et tentations extérieures


Les politiques économiques et migratoires de Trump ont mis en péril la
"coalition multicolore"
qui lui avait permis de remporter l’élection de 2024. Trump avait obtenu une progression inattendue de ses voix parmi les Américains non blancs, notamment chez les
"Hispaniques".
Les sondages indiquent désormais des signaux d’effondrement de cette coalition. La baisse de son taux d’approbation allume des voyants rouges pour Trump. En règle générale, lorsque l’indice de popularité d’un président en exercice tombe sous la barre des 50 %, son parti perd la majorité dans les deux chambres lors des élections de mi-mandat.

Trump est donc en quête de nouvelles victoires susceptibles de faire remonter sa popularité. Il teste sa position par des mouvements de va-et-vient. Toutefois, ni l’idée d’une intervention au Venezuela, ni les menaces envers le Canada, ni les tentatives de prise de contrôle du Groenland ne semblent avoir amélioré ses taux d’approbation.

Quant au déploiement militaire américain dans le Golfe face à l’Iran, il reste incertain de savoir s’il vise un "blocus" ou une "attaque".
Il ne fait toutefois aucun doute que ce déploiement envoie un signal fort à l’Iran afin de le contraindre à accepter les exigences américaines. Il est également évident que ce dispositif est configuré de manière à pouvoir se transformer en offensive.
Tout dépendra de la capacité de l’Iran à résister à la pression militaire et de la volonté de Trump d’assumer les conséquences d’une nouvelle attaque.

Alors que ces développements se produisent dans le Golfe, les États-Unis se trouvent eux-mêmes au seuil d’un nouveau conflit interne. À Minneapolis, le fait que des agents de l’Immigration and Customs Enforcement aient abattu un citoyen américain qui protestait contre des opérations visant des migrants a suscité une vive indignation.

Non seulement les Démocrates, mais aussi certains gouverneurs républicains se disent profondément troublés par ces interventions fédérales dans les États.
Si la politique étrangère est le reflet de la politique intérieure, les actions extérieures de Trump s’y conformeront inévitablement.
S’il estime qu’une attaque contre l’Iran peut lui apporter un gain sur le plan intérieur, Trump n’hésitera pas à la lancer.
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