Violences policières: Sonia, infirmière, dénonce violences et humiliations en garde à vue

David Bizet
10:5013/03/2026, vendredi
Yeni Şafak

Dans une interview exclusive accordée à Nouvelle Aube, Sonia, infirmière de 37 ans, affirme avoir subi des violences policières lors d’une interpellation à Paris le 14 octobre 2023. Placée en garde à vue après un contrôle place de la République, elle décrit des violences physiques, psychologiques et verbales ainsi que des conditions de détention dégradantes. Elle évoque aussi une crise d’asthme durant laquelle son traitement lui aurait été refusé. Malgré une plainte déposée auprès de l’IGPN, l’affaire a été classée sans suite. Une enquête du Défenseur des droits est toujours en cours.

Dans une interview exclusive accordée à Nouvelle Aube, Sonia, 37 ans, infirmière, raconte la garde à vue qu’elle affirme avoir subie dans des conditions violentes et humiliantes à Paris le 14 octobre 2023.


Elle évoque des violences physiques, psychologiques et verbales lors de son interpellation par des CRS place de la République, puis au commissariat où elle a passé plus de vingt-quatre heures en cellule.


Son témoignage intervient alors que les accusations de violences policières continuent d’alimenter le débat public en France.


Une interpellation brutale


Sonia explique qu’elle s’était rendue place de la République pour retrouver des amis qu’elle n’avait pas vus depuis deux ans.


"Ce témoignage est pour raconter la garde à vue que j’ai vécue le 14 octobre 2023. C’était censé être des retrouvailles avec des amis"
, explique-t-elle.

Mais l’atmosphère sur place lui paraît immédiatement inhabituelle.


"Quand on est arrivés, il y avait beaucoup de CRS lourdement équipés. L’ambiance était assez particulière"
, raconte-t-elle.

Selon son récit, plusieurs personnes auraient été bloquées dans la rue du Faubourg-du-Temple.


Sonia affirme avoir simplement demandé à quitter la rue afin de rejoindre une amie qui l’attendait à proximité.


"Quand j’ai demandé à sortir parce que mon amie m’attendait derrière, un CRS a pointé du doigt le keffieh que je portais autour du cou"
, affirme-t-elle.

Elle raconte qu’à ce moment-là deux policiers se seraient approchés d’elle.


"Ils m’ont tirée violemment par le bras. Ma doudoune s’est déchirée. On m’a mise à l’écart, menottée et on m’a ordonné de m’asseoir par terre"
, dit-elle.

Crédit Photo : IGPN / Nouvelle Aube
Images de l'interpellation de Sonia

Elle ajoute qu’un agent lui aurait lancé qu’en cas de refus, ils lui feraient
"une balayette".

Une garde à vue marquée par des violences psychologiques et physiques


Après son interpellation, Sonia affirme avoir été transportée au commissariat sans explication claire.


"On ne m’a jamais expliqué les raisons de mon interpellation ni que j’allais être placée en garde à vue. Quand je posais des questions, j’étais ignorée"
, affirme-t-elle.

Elle décrit ensuite les conditions de sa cellule.


"L’état était déplorable. Il y avait des crachats frais sur le sol, des odeurs fortes et des traces sur les murs qu’on ne pouvait pas identifier"
, raconte-t-elle.

Crédit Photo : IGPN / Nouvelle Aube
Cellule dans laquelle Sonia a été placée.

Selon son témoignage, elle n’aurait pas été autorisée à prévenir ses proches.


"On m’a interdit de contacter quelqu’un pour dire que je passais la nuit en cellule"
, explique-t-elle.

Elle affirme également avoir été privée d’accès régulier aux toilettes alors qu’elle était indisposée.


Ils ont dit que je pouvais me suicider.

"Je suis restée plus de dix heures dans la cellule sans pouvoir me changer"
, dit-elle.

L’infirmière évoque aussi un épisode particulièrement traumatisant.


"Quand on m’a enfermée dans la cellule, on m’a dit que je pouvais utiliser un sac plastique posé sur la paillasse pour me suicider"
, affirme-t-elle.

Une crise d’asthme et un refus de traitement


Sonia indique également que son sac contenant des médicaments lui aurait été confisqué.


"On m’a retiré mon sac dans lequel se trouvait notamment ma Ventoline",
explique-t-elle.

Durant la nuit, elle affirme avoir subi une crise d’asthme.


"J’ai fait une crise d’asthme et on a refusé de me donner mon traitement"
, déclare-t-elle.

Elle raconte que son état physique s’est ensuite dégradé.


"J’avais mal partout, j’avais du mal à marcher et à m’exprimer"
, explique-t-elle.

Lorsqu’elle demande à être examinée, elle affirme qu’un agent l’aurait violemment poussée au sol.


"Un policier pensait que je simulais. Il m’a poussée par terre"
, dit-elle.

Des ecchymoses auraient ensuite été constatées par un médecin deux jours plus tard, selon son témoignage.


Une plainte classée sans suite par l’IGPN


Au terme de vingt-quatre heures de garde à vue, Sonia raconte avoir été libérée dans des conditions brutales.


"On vous fait sortir très vite de la cellule, on vous rend vos affaires sans inventaire et on vous jette dans la rue"
, affirme-t-elle.

Elle dit être sortie du commissariat
"avec un jean ensanglanté".

"Des gens dans le commissariat me demandaient si j’allais bien et si j’avais besoin d’aide"
, raconte-t-elle.

Avec son avocat, Sonia a déposé plainte auprès de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).


Mais la procédure a finalement été classée sans suite.


Elle affirme avoir découvert que sa garde à vue aurait été justifiée par une accusation d’insulte envers un agent.


"Un policier m’a accusée de l’avoir traité de 'con' et de 'connard'"
, explique-t-elle.

Des éléments manquants dans l’enquête


Sonia dit également s’interroger sur le déroulement de l’enquête.


Selon elle, les enregistrements audio et les vidéos de l’interpellation n’auraient pas pu être exploités.


"Ils n’ont pas pu ressortir les enregistrements vocaux ni les vidéos de mon interpellation"
, affirme-t-elle.

Elle souligne pourtant la présence de témoins.


"Plusieurs personnes ont assisté à la scène"
, dit-elle.

Une procédure auprès du Défenseur des droits est toujours en cours.


Un traumatisme durable


Sonia affirme avoir subi un choc psychologique après ces événements.


Elle indique qu’un psychiatre a attesté d’un état de choc.


"Cette année-là, en juillet 2023, j’étais en Palestine, en Cisjordanie. J’étais déjà très marquée par ce que j’y avais vu"
, explique-t-elle.

Elle ajoute que la garde à vue a ravivé ce traumatisme.


"Se retrouver confrontée à la violence en France m’a profondément bouleversée"
, dit-elle.

Quelques mois plus tard, elle a décidé de quitter le pays.


"En février 2024, j’ai quitté la France. J’ai laissé ma famille et l’hôpital où je travaillais"
, raconte-t-elle.

Aujourd’hui, Sonia confie ressentir
"une grande tristesse".

"J’ai quitté le pays qui m’a vu naître et grandir. J’ai l’impression qu’il se range du côté de la haine"
, conclut-elle.

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