C'est au tour de la Türkiye ?

09:2930/03/2026, lundi
MAJ: 30/03/2026, lundi
Aydın Ünal

D’abord l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, puis la presse israélienne, et ensuite des cercles sionistes aux États-Unis ont affirmé qu’après l’attaque contre l’Iran, ce serait au tour de la Türkiye. Cette menace visant la Türkiye a suscité, à l’intérieur du pays, une réaction marquée par un consensus total, une alliance et un langage commun : un sentiment partagé résumable par "s’ils viennent, ils trouveront en face ce qu’il faut". Cette menace n’est pas vide. Elle rappelle une

D’abord l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett, puis la presse israélienne, et ensuite des cercles sionistes aux États-Unis ont affirmé qu’après l’attaque contre l’Iran, ce serait au tour de la Türkiye. Cette menace visant la Türkiye a suscité, à l’intérieur du pays, une réaction marquée par un consensus total, une alliance et un langage commun : un sentiment partagé résumable par
"s’ils viennent, ils trouveront en face ce qu’il faut".

Cette menace n’est pas vide. Elle rappelle une fois de plus la nécessité d’une vigilance permanente. Au cours du dernier siècle, la Türkiye a été à plusieurs reprises placée dans une position d’exposition, soumise à des opérations, et, malheureusement, ces opérations ont souvent abouti.


Aujourd’hui, ce qui est infligé à l’Iran rappelle ce qui a été fait à la Türkiye après la Première Guerre mondiale, à partir de 1914.

Je le répète : le traité de Lausanne n’est pas l’accord de victoire de notre guerre d’indépendance, mais celui de la défaite de la Première Guerre mondiale.
À la table où nous avons siégé en tant que vaincus, des frontières ont été tracées pour la Türkiye, mais aussi des engagements non écrits ont été imposés. Ne pas nourrir à nouveau des ambitions impériales, renoncer à la direction de l’oumma, c’est-à-dire abolir le califat, abandonner la conscience de l’oumma, orienter totalement sa trajectoire vers l’Occident, fermer les yeux sur les formations sionistes en Palestine : autant d’injonctions implicites.

Une répétition des interventions internes


La période du parti unique correspond à l’application stricte de ces contraintes informelles issues de Lausanne. Les pressions matérielles et morales qu’elles ont exercées sur la population ont commencé à se desserrer avec le passage au multipartisme, et, sous l’ère Menderes, la Türkiye a commencé à tester ses limites.


C’est alors que la Türkiye a de nouveau été prise pour cible, notamment avec le coup d’État du 27 mai 1960. Le mémorandum du 12 mars, le coup d’État du 12 septembre, le processus du 28 février : autant d’opérations où la Türkiye a été remise
"dans le rang"
à travers des relais internes, ajustée et réalignée.

L’arrivée au pouvoir de l’AK Parti, la croissance économique, l’activation de la politique étrangère, les avancées dans l’industrie de défense et, surtout, la sensibilité sur la question palestinienne ont replacé la Türkiye dans cette logique de ciblage. Ont suivi la déclaration du 27 avril, les événements de Gezi, la tentative de coup d’État du 17-25 décembre et l’attaque sanglante du 15 juillet.


La Türkiye a réussi à repousser ces attaques durant l’ère AK Parti.
Mais est-elle sortie de cette logique de ciblage ? Certainement pas. L’affaire Ekrem İmamoğlu ne peut être dissociée de cette chaîne d’opérations : à travers les ressources obtenues via la municipalité d’Istanbul, des tentatives ont été faites pour remodeler l’opposition et préparer des scénarios d’intervention politique avec des soutiens financiers et extérieurs. Cette tentative d’ingérence dans la politique intérieure a également été déjouée.

Une pression appelée à se poursuivre


Vont-ils s’arrêter ? Vont-ils renoncer ? Les échecs récents vont-ils conduire à retirer la Türkiye de cette logique de ciblage ? Certainement pas.
Une Türkiye affaiblie, repliée sur elle-même, sans ambition ni voix, dépendante de promesses extérieures, serait acceptable pour eux.
En revanche, une Türkiye qui se renforce économiquement, étend son influence, s’affirme sur les questions régionales et globales, retrouve son identité et assume son rôle historique, sera continuellement prise pour cible.

S’ils parviennent à sortir du bourbier iranien, il ne fait guère de doute que la Türkiye sera à nouveau visée. Toutefois, cela ne prendra probablement pas la forme d’une intervention militaire directe, comme en Iran. Ils n’en auront ni la nécessité ni le courage. Ils privilégieront à nouveau des plans de déstabilisation interne, en mobilisant leurs relais, leurs réseaux dormants et leurs instruments d’influence. Ils chercheront encore à installer leurs propres figures aux postes clés.

La Türkiye a toujours été dans la ligne de mire. Là où l’Iran a été attaqué une fois de l’extérieur, la Türkiye a été visée à plusieurs reprises, souvent par des mécanismes internes.
Et ces tentatives continueront. Chaque fois que la Türkiye écarte une menace, elle est replacée dans la ligne de mire.

Cependant, chaque tentative de coup d’État déjouée durant l’ère AK Parti a renforcé la Türkiye. Si aujourd’hui, demain et à l’avenir, la vigilance demeure et que ces attaques sont repoussées au moment opportun, il sera possible de sortir de cet étau. Alors, ceux qui affirment que
"le tour de la Türkiye viendra"
pourraient à leur tour se retrouver exposés. Et cette perspective n’a rien d’improbable.
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