
Le sommet Africa Forward organisé à Nairobi par la France et le Kenya s’est conclu par l’annonce de 23 milliards d’euros d’investissements privés pour l’Afrique. Présenté comme un nouveau partenariat d’égal à égal, l’événement soulève toutefois des interrogations sur la place réelle des intérêts africains dans cette coopération. Dans un contexte marqué par la montée de nouvelles puissances comme la Chine, la Russie ou La Türkiye, plusieurs observateurs s’interrogent sur une possible transformation de la Françafrique vers une influence davantage économique et stratégique.
Réuni à Nairobi au Kenya, le sommet Africa Forward s’est achevé sur une série d’annonces majeures censées ouvrir une nouvelle étape dans les relations entre la France et l’Afrique. Coorganisé par Paris et Nairobi, l’événement a rassemblé plus de 35 chefs d’État et de gouvernement, ainsi que des milliers d’acteurs économiques, diplomatiques et institutionnels autour d’une ambition affichée: construire un partenariat "d’égal à égal" entre l’Afrique et la France.
L’annonce la plus marquante du sommet reste la promesse de 23 milliards d’euros d’investissements privés destinés au continent africain. Un montant considérable qui illustre l’importance stratégique grandissante de l’Afrique dans les équilibres économiques et géopolitiques mondiaux.
Un partenariat renouvelé ?
Dans le même temps, la France a officialisé son entrée au capital de l’Agence pour l’assurance du commerce en Afrique, basée à Nairobi. Cette institution joue un rôle central dans la sécurisation des investissements et des échanges commerciaux sur le continent. Paris et Nairobi ont également affiché leur volonté de porter ensemble une réforme du système financier mondial, notamment afin de mieux prendre en compte les réalités économiques des pays africains.
Le président français Emmanuel Macron a insisté sur l’idée d’un partenariat renouvelé, affirmant que les relations entre l’Afrique et la France devaient désormais s’éloigner des logiques historiques de dépendance et de domination.
Cette approche met l’accent sur la souveraineté africaine, la stabilité régionale et le rôle croissant du continent dans l’économie mondiale. Plusieurs dirigeants africains présents ont également plaidé pour une meilleure représentation de l’Afrique dans les institutions financières internationales et dans les mécanismes mondiaux de prise de décision.
Pour autant, derrière cette nouvelle rhétorique diplomatique, les interrogations persistent.
Une nouvelle stratégie française en Afrique ?
Depuis plusieurs années, la France tente de redéfinir sa présence en Afrique dans un contexte marqué par une perte progressive d’influence dans plusieurs pays du continent, notamment au Sahel. Les changements politiques au Mali, au Burkina Faso ou encore au Niger ont profondément modifié les rapports entre Paris et certaines capitales africaines.
Face à cette évolution, la diplomatie française cherche désormais à privilégier des partenariats économiques, financiers et technologiques davantage axés sur les investissements et les coopérations stratégiques. Africa Forward apparaît ainsi comme une tentative de repositionnement dans une Afrique en pleine recomposition géopolitique.
Mais de nombreux observateurs s’interrogent sur la profondeur réelle de ce changement. Pour certains analystes, la logique de fond resterait similaire : préserver les intérêts stratégiques français dans une région devenue essentielle sur les plans économique, énergétique et diplomatique.
Cette perception est renforcée par la compétition croissante entre puissances étrangères sur le continent. La Chine poursuit son expansion économique à travers ses infrastructures et ses financements. La Russie renforce ses partenariats sécuritaires et politiques dans plusieurs États africains.
La Türkiye développe quant à elle son influence diplomatique, économique et militaire à travers une stratégie multisectorielle de long terme. Les pays du Golfe multiplient également leurs investissements dans les secteurs stratégiques africains.
Dans ce contexte, l’Afrique devient progressivement un espace majeur de rivalités d’influence mondiales.
Entre souveraineté africaine et intérêts géopolitiques
Le sommet Africa Forward intervient dans un moment particulier où plusieurs pays africains revendiquent une plus grande autonomie stratégique dans leurs relations internationales. Cette dynamique se traduit par une diversification des partenariats et par une volonté croissante de réduire les dépendances historiques.
Cependant, la question centrale demeure: les nouveaux partenariats proposés au continent répondent-ils prioritairement aux besoins africains ou aux intérêts géopolitiques des puissances étrangères ?
Les investissements annoncés lors du sommet pourraient contribuer à soutenir certains secteurs clés comme les infrastructures, le commerce, la finance ou l’énergie. Mais plusieurs voix appellent également à une vigilance accrue sur les conditions réelles de ces coopérations, les mécanismes de gouvernance et les équilibres de pouvoir qu’elles impliquent.
Pour une partie de l’opinion africaine, le véritable enjeu ne réside plus seulement dans le volume des investissements annoncés, mais dans la capacité des États africains à définir eux-mêmes leurs priorités stratégiques et leurs modèles de développement.
Le sommet Africa Forward illustre ainsi une réalité plus large : l’Afrique n’est plus simplement un espace périphérique des relations internationales. Elle devient aujourd’hui un acteur central des équilibres mondiaux, convoité par plusieurs puissances qui cherchent à consolider leur présence sur le continent.
Reste désormais à savoir si cette nouvelle phase de partenariats permettra réellement de renforcer la souveraineté économique et politique africaine, ou si elle ouvrira la voie à une nouvelle forme d’influence extérieure plus discrète, mais toujours aussi stratégique.











