Impacts de la guerre américano-israélienne contre l'Iran sur le commerce mondial et la Türkiye

17:398/04/2026, mercredi
MAJ: 8/04/2026, mercredi
Ömer Faruk Doğan

Dans un contexte où notre pays se trouve dans une période récente durant laquelle le monde a été particulièrement marqué par l’instabilité et les guerres, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a publié, le jeudi 19 mars, les données du commerce mondial pour l’année 2025. Selon les données publiées, la guerre que mènent actuellement les États-Unis et Israël contre l'Iran a considérablement accru les incertitudes quant au devenir du commerce mondial et aux prévisions commerciales pour l'année

Dans un contexte où notre pays se trouve dans une période récente durant laquelle le monde a été particulièrement marqué par l’instabilité et les guerres, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a publié, le jeudi 19 mars, les données du commerce mondial pour l’année 2025.

Selon les données publiées, la guerre que mènent actuellement les États-Unis et Israël contre l'Iran a considérablement accru les incertitudes quant au devenir du commerce mondial et aux prévisions commerciales pour l'année 2026. S'il est anticipé que le conflit en cours pourrait affecter négativement le commerce mondial d'au moins 0,5 %, les projections tablent néanmoins sur une croissance du commerce mondial de l'ordre de 1,9 % en 2026.

Les déclarations successives et contradictoires du président américain Trump concernant les taux de droits de douane, formulées à intervalles irréguliers depuis février 2025, ont sensiblement perturbé le commerce mondial et contribué à son ralentissement à l'approche de 2026.

Néanmoins, le commerce mondial a su résister aux chocs tarifaires ainsi qu'aux crises géopolitiques, enregistrant une progression de 4,6 % en 2025. Malgré les crises qui secouent notre région et qui pèsent sur les échanges internationaux, la poursuite en 2026 de la croissance commerciale enregistrée en 2025 semble, pour l’instant, assez difficile.

En dépit de toutes ces difficultés régionales et des obstacles rencontrés, le commerce mondial est parvenu à dépasser le taux de croissance de 2,4 % que l'OMC avait anticipé pour 2025.

Les experts estiment que cette résilience face aux turbulences du commerce mondial, ainsi que cette progression supérieure aux prévisions, pourraient s'expliquer par l’augmentation de la demande en matériels informatiques et en équipements serveurs, dans le cadre des investissements massifs réalisés à l'échelle mondiale dans l'intelligence artificielle, mais également par les achats anticipés en grande quantité effectués par les importateurs souhaitant tirer parti des avantages fiscaux avant l'entrée en vigueur des droits de douane élevés annoncés par le président américain Trump.

Par ailleurs, l’affaiblissement du dollar américain à l’échelle mondiale, avec une dépréciation d’environ 9 % par rapport au début de l’année 2025, aurait contribué à une augmentation supplémentaire du commerce mondial comprise entre 3,7 % et 4,9 %.

Il est toutefois souligné que cette progression du commerce mondial en 2025 doit être accueillie avec prudence, et qu'il serait d'un optimisme excessif de s'attendre à ce que cette même tendance haussière se prolonge en 2026.

En particulier, le recours croissant au transit des marchandises destinées aux États-Unis via des pays tiers, dans le but de contourner les droits de douane élevés que ce pays applique à certaines nations, ainsi que la préférence accordée à la diversification de l'origine des produits afin de bénéficier de taux tarifaires plus avantageux, témoignent de l'émergence d'un processus inédit et singulier.

Par ailleurs, il est mentionné que les tentatives de changement de pays d’origine des marchandises faisant l’objet d’échanges auraient également pu entraîner une hausse artificielle, bien que marginale, du commerce mondial.

Les expéditions vers les États-Unis de produits d’origine chinoise via le Vietnam, afin de contourner les taux élevés de GV appliqués par les États-Unis aux marchandises chinoises, sont citées comme un exemple de cette situation.

Parmi les facteurs susceptibles d'accentuer davantage l'incertitude qui pèse sur le commerce mondial, figure au premier plan la prise de contrôle totale par l'Iran du détroit d’Ormuz, par lequel transite quelque 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole, en réponse aux attaques conjointes menées par les États-Unis et Israël contre ce pays, entraînant une restriction significative du passage des pétroliers. Cette situation a suscité de vives inquiétudes dans l'ensemble des nations, et tout particulièrement en Europe, déjà aux prises avec de sérieuses tensions sur le plan énergétique.

La guerre qui se poursuit entre l'Ukraine et la Russie, conjuguée aux restrictions et sanctions imposées à cette dernière, a rendu encore plus critique la pénurie énergétique existante en Europe. Dans ce contexte, l'interruption des livraisons de pétrole et de gaz naturel en provenance des pays du Golfe, qui constituent un centre d'approvisionnement majeur, apparaît de nature à affecter considérablement la production et le commerce mondial.

L'impossibilité de savoir, à ce stade, combien de temps durera la crise du détroit d'Ormuz ni quelle sera l'issue des attaques américano-israéliennes contre l'Iran alimente la hausse des prix du pétrole, laquelle ne fait qu'amplifier les inquiétudes quant au commerce mondial en 2026.

L'issue de la guerre contre l'Iran et le devenir des investissements dans l'intelligence artificielle sont considérés comme les deux facteurs déterminants de l'avenir du commerce mondial. Il est estimé que ces deux paramètres majeurs pourraient influer sur le commerce mondial d'au moins 0,5 % en 2026.

Cependant, un autre facteur d'importance qu'il convient de prendre en considération est la probabilité que la hausse des prix de l'énergie imputable à la guerre contre l'Iran, conjuguée à l'augmentation des prix des engrais consécutive au blocus du détroit d'Ormuz, produise un effet domino négatif sur l'économie mondiale.

Le fait qu'un tiers des exportations mondiales d'engrais transite par le détroit d'Ormuz, et que des pays à forte production agricole tels que l'Inde, la Thaïlande et le Brésil dépendent respectivement à hauteur de 40 %, 70 % et 35 % des importations d'urée en provenance des pays du Golfe, laisse raisonnablement craindre des répercussions en cascade sur la production agricole et les exportations de produits alimentaires.

Le rapport publié par l'OMC sur les données de 2025 contient deux autres points d'importance. Le premier a trait au fait que, bien que le commerce mondial des services ait progressé deux fois plus vite que le commerce des marchandises, le volume du commerce des services ne représente que 20 à 25 % de celui du commerce mondial des biens. Le second tient au fait que la très grande majorité des pays continue de témoigner d'un attachement aux principes commerciaux fondamentaux de l'OMC et d'une large conformité aux règles du système commercial multilatéral, attestant ainsi que ces règles demeurent globalement respectées.

Un autre élément qui ressort des analyses effectuées mérite d'être souligné: les secteurs les plus stratégiques sont également ceux qui bénéficient de la plus grande protection contre les mesures de rétorsion douanières. Autrement dit, les minéraux et métaux essentiels à la transition énergétique, ainsi que les équipements informatiques utilisés dans le domaine de l'intelligence artificielle, ont été largement exemptés des hausses de droits de douane.

L'OMC souligne que les hausses ou modifications tarifaires intervenues à l'échelle mondiale entre le début de l'année 2025 et février 2026 n'ont concerné que 11 % du commerce mondial, ce qui constitue un élément significatif au regard de l'évolution des échanges internationaux.

En comparant notre commerce extérieur à celui du reste du monde, nos exportations ont atteint 273,4 milliards de dollars en 2025, soit une progression de 4,5 %. En dépit de l'ensemble des crises géographiques et régionales qui affectent notre environnement, notre taux de croissance des exportations n'est pas resté en deçà de celui du commerce mondial. Il est permis d'attribuer cette situation positive à la stabilité de notre économie ainsi qu'au succès de la politique menée en faveur de la production et de l'exportation.

Dans les circonstances actuelles, l'importance de la Türkiye en tant que pays-pont stratégique s'est une nouvelle fois manifestée. La prise de contrôle totale par l'Iran des passages du détroit d'Ormuz en réponse aux attaques subies, plaçant l'approvisionnement énergétique mondial face à un sérieux goulot d'étranglement, a suscité de vives inquiétudes chez les pays producteurs et exportateurs quant à la sécurité et au coût de l'approvisionnement énergétique, tout en mettant une fois de plus en lumière l'importance géostratégique de la Türkiye.

L'oléoduc Kirkouk-Ceyhan en Irak est ainsi revenu sur le devant de la scène en tant que source d'approvisionnement d'importance. Par ailleurs, le report par l'Union européenne de sa décision d'interdire totalement les importations d'énergie en provenance de Russie a remis en lumière l'importance stratégique de la mer Noire, de la Türkiye et de nos gazoducs et oléoducs.

D’autre part, la position de la Türkiye en tant que pays-pont, permettant aux grands marchés d'exportation d'Extrême-Orient d'acheminer leurs produits vers l'Europe, s'est une nouvelle fois imposée avec force. Que ce soit à travers le projet de la Route de la Soie ou le projet de la Voie du Développement, la Türkiye a retrouvé la place de choix qui lui revient.

En outre, notre politique étrangère, qui accorde une grande importance à la stabilité régionale et à la paix durable, a démontré à quel point les efforts considérables déployés par la Türkiye en faveur de la cessation immédiate de la guerre en cours, du rétablissement de la paix régionale et de la protection des droits du peuple palestinien et de Gaza sont importants et justifiés.

Nos approches et initiatives, reconnues et appréciées sur les plateformes internationales, ont une nouvelle fois gagné la confiance et l'estime des pays du monde et de la région.

Les attentes quant à la contribution de la Türkiye à la paix régionale, la confiance en notre impartialité et la foi dans l'apport de notre pays au processus de résolution ont une fois de plus été confirmées.


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