Rivalité commerciale en Afrique, avenir du commerce mondial, et la Türkiye

17:545/05/2026, Salı
MAJ: 5/05/2026, Salı
Ömer Faruk Doğan

Comme on le sait, depuis le début des années 2020, la pandémie de Covid-19, puis les crises régionales et les guerres ont considérablement ralenti le commerce mondial. La croissance des échanges, que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) anticipait à environ 5 %, est retombée au niveau de 1 %. Dans certains pays moteurs du commerce international, la progression des exportations est passée sous la barre des 0,5 %, l'Allemagne n'ayant réussi à maintenir la sienne qu'à environ 0,2 %. En Türkiye,

Comme on le sait, depuis le début des années 2020, la pandémie de Covid-19, puis les crises régionales et les guerres ont considérablement ralenti le commerce mondial.

La croissance des échanges, que l'Organisation mondiale du commerce (OMC) anticipait à environ 5 %, est retombée au niveau de 1 %. Dans certains pays moteurs du commerce international, la progression des exportations est passée sous la barre des 0,5 %, l'Allemagne n'ayant réussi à maintenir la sienne qu'à environ 0,2 %.

En Türkiye, en revanche, nos exportations du mois d'avril 2026 ont enregistré une hausse de 22,3 %, leur niveau le plus élevé depuis longtemps. Cette performance remarquable, obtenue en dépit de toutes les turbulences que connaît notre région, mérite une attention particulière et appelle à être maintenue avec détermination.

Selon les données de l'OMC, alors que le commerce mondial marque le pas, l'Afrique se distingue comme le continent où les échanges continuent de progresser de manière significative. Outre les autres crises régionales, la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qui se poursuit depuis le 28 février, et plus particulièrement l'occupation bilatérale du détroit d’Ormuz, véritable robinet énergétique de la planète, ont conduit le commerce mondial au bord de l'arrêt.

La contraction significative de l'offre énergétique, l'instabilité des prix de l'énergie et leurs fluctuations excessives n'ont pas seulement pesé sur les économies, mais ont également considérablement entravé le monde des affaires et la mobilité des acteurs économiques.

En raison de la crise du carburant, de nombreuses compagnies aériennes ont commencé à se retirer progressivement du marché. La conséquence la plus notable demeure le recul sensible du commerce mondial, assorti de hausses de prix de plus en plus difficiles à suivre, alimentant une inflation généralisée.

Alors que ces difficultés se manifestent à des niveaux toujours plus élevés jour après jour, une intense lutte d'influence commerciale se joue discrètement mais avec une vigueur remarquable en Afrique, ce continent sur lequel l'OMC attire désormais toutes les attentions, entre les grandes puissances commerciales mondiales.

Tandis que les États-Unis mènent, par l'entremise du président Trump, une âpre guerre commerciale pour stabiliser leur économie intérieure et rééquilibrer leur dette, ils combattent simultanément l'Iran dans le Golfe avec toutes leurs forces, tout en conduisant en parallèle, loin des regards, une bataille pour l'obtention d'exemptions douanières.

Si les taux de droits de douane additionnels variables appliqués par le président Trump poussent les grandes puissances commerciales vers l'instabilité, il a en revanche accordé des exemptions spécifiques à l'Afrique dans le cadre de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique, l’AGOA. Cette loi, qui avait expiré fin septembre 2025, a été prorogée en février dernier, avec effet rétroactif, jusqu'au 31 décembre 2026.

Par ailleurs, la Chine, première puissance commerciale mondiale, n'est pas restée sans réponse face aux initiatives américaines en Afrique, affichant un intérêt particulier pour le continent et déployant une stratégie exclusivement dédiée à celui-ci.

Le président chinois Xi Jinping a annoncé devant l’Assemblée nationale, le 24 avril 2025, la suppression totale des droits de douane à l'importation appliqués à l'ensemble des pays africains, avec effet au vendredi 1er mai.

Bien que cette décision puisse sembler prise en faveur de l'Afrique, elle peut tout autant être interprétée comme un instrument de la politique chinoise visant à s'approvisionner en matières premières africaines à moindre coût, en fonction de ses propres besoins. Il est néanmoins possible d'y voir également un facteur d'incitation permettant aux pays africains d'accroître leurs exportations vers la Chine.

Dans cette optique, la démarche de Pékin peut également être perçue comme une réaction à l'initiative lancée par Washington en avril 2025, visant à établir des accords commerciaux préférentiels sans droits de douane avec une trentaine de pays africains, ainsi qu'une volonté de consolider sa position de principal partenaire économique du continent.

Certes, le président chinois Xi Jinping a déclaré que la politique de
"tarif zéro"
offrirait
"de nouvelles opportunités pour le développement de l'Afrique"
, mais il n'échappe pas à l'observateur attentif que le commerce de l'Afrique avec la Chine accuse un déficit considérable, difficile à combler, et ce au profit de Pékin.

Le Kenya, pays d'Afrique de l'Est doté d'une économie relativement diversifiée, est cité par les autorités chinoises comme offrant d'importantes opportunités sur le marché chinois grâce à des produits agricoles qui constituent l'épine dorsale de son économie, tels que le thé, le café, les fleurs et même les fruits à coque.

Il est par ailleurs souligné que les exportateurs agricoles africains pourraient être les principaux bénéficiaires des exemptions douanières mises en place par la Chine, ouvrant ainsi la voie à une conquête de parts de marché significatives sur le marché chinois. La suppression totale des droits de douane sur des produits tels que le sésame, l'avocat ou le café pourrait en particulier engendrer des retombées considérables en faveur de l’Afrique.

L'exemption douanière offrira également aux grands producteurs de pétrole et de minerais, tels que l'Angola ou la République démocratique du Congo, qui sont déjà d'importants fournisseurs de la Chine, la possibilité de renforcer considérablement leur présence et leur influence sur le marché chinois.

Il convient de rappeler que Pékin a abaissé de manière progressive et constante ses droits de douane sur les produits d'origine africaine depuis de nombreuses années, permettant ainsi à une trentaine des pays les plus pauvres du continent d'accéder déjà au marché chinois en franchise de droits, multipliant par là même ses propres débouchés à l'exportation pour s'imposer comme le principal partenaire commercial du continent africain. Selon les données 2025 de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique a atteint 348 milliards de dollars.

Il est observé que plus des deux tiers des exportations africaines vers la Chine bénéficient déjà d'un accès en franchise de droits, tandis que la part restante est soumise à des droits négligeables inférieurs à 5 %. Dès lors, la nouvelle décision d'étendre le taux zéro de droits de douane à plus de cinquante pays s'apparente en réalité à la simple consécration officielle d'un état de fait déjà établi.

Cependant, les goulots d'étranglement logistiques, les divergences entre les mécanismes administratifs, les écarts de qualité des produits ainsi que les différences dans les habitudes de consommation constituent des obstacles majeurs qui freinent les exportations des pays africains vers la Chine. Sans diversification industrielle, la suppression totale des droits de douane pour l'Afrique semble vouée à renforcer un modèle commercial asymétrique au profit de la Chine.

Si le volume des exportations de produits africains vers la Chine semble pouvoir augmenter, sans transformation structurelle en Afrique, cette mesure risque en réalité de se traduire par un accroissement de la part des produits chinois sur les marchés africains. On peut dès lors affirmer que le grand gagnant de ce nouveau processus ne sera pas l'Afrique, mais bien la Chine.

Il apparaît que la Chine est en passe de consolider davantage son statut de premier partenaire économique du continent, tout en sécurisant son approvisionnement en matières premières stratégiques et en renforçant encore sa présence au sein de l'écosystème économique africain. En d'autres termes, l'Afrique est en train de devenir le nouvel épicentre de la rivalité commerciale sino-américaine.

Par ailleurs, un autre aspect essentiel est que, au cours des quinze dernières années, tandis que la Chine construisait des routes, des ports, des gratte-ciel et des bâtiments publics à travers le continent dans le cadre de sa vaste initiative d'investissements infrastructurels et d'influence que sont les "Nouvelles Routes de la Soie", les États-Unis finançaient de leur côté d'importants projets ferroviaires sur le continent, notamment le corridor de Lobito, destiné à relier les mines du Congo et de la Zambie aux côtes angolaises sur l'Atlantique.

En réponse, la Chine envisage la rénovation du projet "Tazara", une ligne ferroviaire concurrente reliant la
"ceinture cuivrière"
africaine aux côtes tanzaniennes de l'océan Indien, considérée comme un projet stratégique. Ces initiatives sont perçues comme autant de projets de rivalité visant à obtenir la suprématie dans la région.

En définitive, au cœur de toute cette rivalité acharnée, la "Stratégie d’Afrique" spécifique élaborée par notre Président pour le continent, s'appuyant sur une politique étrangère certes plus modeste, mais qui place les valeurs humaines au cœur de ses priorités, révèle, à travers les relations actuelles fondées sur le principe gagnant-gagnant et une approche de dialogue direct et d'égal à égal, qu'il est possible d'obtenir des résultats bien plus significatifs avec des moyens plus restreints.

Par ailleurs, le "Sommet International de la Construction Türkiye-2026", qui se tiendra à Ankara les 17 et 18 juin 2026, devrait offrir d'importantes opportunités mutuelles pour tous les pays participants, et tout particulièrement pour l'Afrique, continent encore très démuni dans ce domaine.

L’institution organisatrice, l'Association des Entrepreneurs de Türkiye, ainsi que l'ensemble de nos institutions et entrepreneurs concernés, se doivent d'accorder une importance particulière à cette grande opportunité.

En effet, outre la reconstruction du Golfe, éprouvé par la guerre qui y sévit, cet événement est de nature à ouvrir de nouvelles perspectives pour notre secteur de la construction et nos exportations, avec la capacité de hisser la Türkiye au-devant aussi bien des États-Unis que de la Chine, qui se livrent une concurrence sur le continent africain.

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