
La crise dans l'Est de la RDC continue de mettre à l'épreuve les efforts internationaux en début de l'année 2026. Alors que les États-Unis ont intensifié leur médiation, un fossé persiste entre les engagements diplomatiques signés et la réalité opérationnelle sur le terrain.
Chronologie du Conflit
Pourtant, cette séquence politique a été immédiatement percutée par la réalité du terrain. À peine six jours après, l'Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) ont pris le contrôle d’Uvira le 10 décembre, une ville stratégique du Sud-Kivu donnant accès à des zones aurifères.
Une diplomatie à deux vitesses
La résolution du conflit dans l'Est du Congo ne suit plus une ligne droite. C'est devenu un labyrinthe diplomatique complexe, où de nombreux acteurs interviennent, chacun suivant son propre agenda constituant un "mille-feuille" diplomatique.
- La négociation inter-Étatique, Processus de Luanda & Washington :
Au sein d'un processus de paix multidimensionnel, cette phase se distingue en isolant la dimension strictement interétatique du conflit. Contrairement aux volets traitant des groupes armés locaux, ce processus piloté par l'Angola et supervisé par l'administration Trump se focalise exclusivement sur le face-à-face entre la RDC et le Rwanda. Il vise à normaliser les relations entre Kinshasa et Kigali en échangeant la neutralisation des FDLR (exigence rwandaise) contre le retrait des troupes rwandaises du sol congolais.
- La négociation entre Kinshasa et le M23, Processus de Doha :
Pour contourner le refus initial de Kinshasa de négocier avec le M23 qualifié de « terroriste », un canal parallèle a été ouvert au Qatar. Ce processus, facilité par le Président togolais Faure Gnassingbé mandaté par l’Union Africaine, a visé à traiter les revendications politiques et l’intégration de AFC/M23.
L'Angola relance la piste du dialogue national
En ce début d’année, le président congolais Félix Tshisekedi a intensifié ses échanges diplomatiques à Luanda avec son homologue angolais Joao Lourenco, dans un contexte marqué par l’urgence de trouver une issue à la crise politique et sécuritaire persistante dans l’est de la RDC.
En l’espace d’une semaine, les deux chefs d’État se sont rencontrés à deux reprises, les 4 et 8 janvier, à l’initiative du président angolais, également président en exercice de l’Union africaine. Ces contacts rapprochés traduisent une volonté de relancer les efforts de médiation et d’éviter l’enlisement des initiatives diplomatiques précédentes.
Cette orientation suscite toutefois des réserves. Des acteurs de la société civile congolaise estiment que les accords antérieurs entre Kinshasa et Kigali ont montré leurs limites et mettent en garde contre un dialogue perçu comme inadapté dans un contexte de conflit toujours actif. Luanda attend désormais la position définitive de Félix Tshisekedi sur cette option.
À Davos, en marge du Forum économique mondial, le roi Philippe de Belgique s’est également entretenu avec le président congolais sur la situation sécuritaire et politique du pays. Bruxelles continue d’encourager l’ouverture d’un dialogue, jugé essentiel pour s’attaquer aux causes profondes de la crise congolaise.
Absente jusqu’ici des résolutions concrètes, l’union africaine à travers son médiateur désigné Faure Gnassingbé, président du Togo a placé tous les processus en cours au bas de l’échelle, se faisant patron de toutes les médiations en cours.
Situation sur le Terrain : doutes et crise humanitaire
La situation opérationnelle reste toutefois extrêmement volatile, tranchant avec l'optimisme des salons diplomatiques. Selon l'ONU, la reprise des combats a provoqué le déplacement de plus de 200 000 personnes dans le Sud-Kivu entre le 2 et le 12 décembre, soulignant la fragilité immédiate du cessez-le-feu.
Sous une pression diplomatique des États-Unis, le M23 a annoncé son retrait. Cependant, selon plusieurs sources locales et sécuritaires, des colonnes de combattants ne se dirigeraient pas vers le Rwanda pour se démobiliser, mais se repositionneraient vers le nord, sur l’axe Uvira-Kamanyola.
Sur le terrain, des sources locales affirment que ce vide sécuritaire plonge la population dans l'angoisse. Joint par Anadolu, l'abbé Albert Mutwale décrit la crainte d'une "zone sans maître" livrée au pillage avant le retour effectif des Forces Armées de la RDC (FARDC). Face à ce flou, les dirigeants régionaux appellent désormais au déploiement d'une force neutre pour vérifier la réalité de ce retrait controversé.











