Bolivie: les défis de la reforestation et de l'agriculture durable dans la Chiquitania

La rédaction avec
12:1928/02/2025, Cuma
AFP
La région de la Chiquitania en Bolivie, dévastée par des incendies dévastateurs, le 27 février 2025.
Crédit Photo : RODRIGO URZAGASTI / AFP / Archive
La région de la Chiquitania en Bolivie, dévastée par des incendies dévastateurs, le 27 février 2025.

Moins d'un an après avoir été ravagée par les incendies les plus destructeurs qu'ait connus la Bolivie, la végétation commence lentement à reprendre autour des champs de sésame de Julia Ortiz, une agricultrice indigène de la région de la Chiquitania, dans l'Est du pays.

Cette région, connue pour ses forêts tropicales sèches, subit les effets du changement climatique, avec des incendies récurrents exacerbés par des épisodes de sécheresse prolongés.


Dans un effort pour restaurer la forêt, la communauté de Julia mise sur une méthode innovante de reforestation utilisant des "bombitas", petites boules de terre remplies de graines et projetées par drone. Cependant, les troncs calcinés jonchant le sol témoignent de la violence des derniers incendies. La technique du "chaqueo" (brûlis contrôlé), très répandue dans la région, est responsable de certains des plus grands incendies, surtout depuis que le climat devient plus sec et extrême.


Julia Ortiz se souvient du combat qu’elle a mené avec sa famille contre les flammes, il y a cinq ans, lors d'un brûlis incontrôlé. Comme de nombreux autres agriculteurs de la région, elle utilise cette méthode pour cultiver, mais cela comporte un grand risque.


"Ça peut arriver à tout le monde. La plupart d'entre nous vivons de l'agriculture et devons faire des chaqueos"
, explique Julia, tout en ramassant les tiges de sésame qu’elle fera sécher au soleil.

Entre juin et octobre 2024, les flammes ont détruit une vaste région, affectant un écosystème fragile et unique. Selon l'ONG Institut bolivien de recherche forestière (Ibif), plus de 10 millions d'hectares ont été brûlés, soit l'équivalent du Portugal. Le bilan humain est également lourd, avec au moins quatre morts et 75 000 familles touchées.

Carmen Peña, une habitante de 59 ans du village de Santa Ana de Velasco, luttait en vain l'année dernière contre les flammes, perdant ses récoltes de manioc et de bananes. De plus, elle a déploré:


Je ne sais pas comment nous allons survivre, car notre nourriture s'épuise.

Le spécialiste du changement climatique, David Cruz, avertit des dangers liés aux incendies pour les sols, les exposant à un risque de désertification. Mais malgré les avertissements scientifiques, la pratique des brûlis persiste.
"Si on avait des tracteurs, il n'y aurait pas besoin de chaqueo"
, confie Julia. Comme de nombreux agriculteurs, elle n'a pas les moyens d'acheter ou de louer un tracteur.

L'État bolivien est souvent critiqué pour son rôle dans la déforestation, exemptant de sanctions les responsables d'incendies et accordant des délais pour se conformer aux lois environnementales. Selon un rapport de l'Ibif, 63,6 % de la superficie endommagée par les incendies se trouvait dans des zones boisées, un indicateur de la pression croissante pour étendre les zones agricoles.


Malgré ces défis, Santa Ana, avec le soutien de fondations locales et internationales, se tourne vers l'innovation en matière de reforestation. Des "bombitas" contenant des graines d'espèces natives seront larguées sur 500 hectares à partir de mars 2025, dans l'espoir de restaurer une partie de la forêt détruite.

"Sans forêts, nous n'aurons pas d'eau"
, explique Joaquin Sorioco, paysan et technicien en agroforesterie.
"Cette culture va aider à retenir l'humidité"
, ajoute-t-il, soulignant l'importance d’une agriculture durable pour la survie des communautés locales.

Malgré les efforts pour restaurer la région, les défis persistent. Les récoltes continuent de se dessécher en raison du manque d'eau, et l'espoir repose sur une prise de conscience collective et un changement des pratiques agricoles.


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