Mort d’El Hacen Diarra: bavure policière ou crime raciste ?

La rédaction
18:3621/01/2026, Çarşamba
Yeni Şafak

El Hacen Diarra, 35 ans, est mort après un contrôle de police dans le 20e arrondissement de Paris. Des vidéos et témoignages montrent une interpellation violente impliquant l’usage d’un taser et des coups. La version policière évoque un arrêt cardiaque, contesté par la famille, qui dénonce un crime policier. L’enquête confiée à l’IGPN suscite de vives critiques, tandis que des mobilisations citoyennes dénoncent un climat de violences policières et de racisme persistant en France.

La mort d’El Hacen Diarra, survenue dans la nuit du 14 au 15 janvier à Paris, continue de provoquer une forte émotion et de profondes interrogations. Âgé de 35 ans, ce ressortissant mauritanien est décédé à la suite d’un contrôle de police dans le 20e arrondissement, dans des conditions que sa famille conteste catégoriquement. Vidéos amateurs, témoignages concordants et version officielle fragilisée : l’affaire s’inscrit dans un climat de défiance déjà profondément installé entre une partie de la population et les forces de l’ordre.


Une interpellation violente filmée par des témoins


Les faits se déroulent en pleine nuit. Une vidéo captée par un témoin montre plusieurs policiers procéder à l’interpellation d’El Hacen Diarra de manière particulièrement brutale. Selon le parquet, l’homme aurait refusé une palpation de sécurité et était en possession de cannabis. Les images diffusées montrent pourtant l’usage d’un taser ainsi que des coups portés à plusieurs reprises. El Hacen Diarra apparaît le visage ensanglanté, visiblement en état de détresse.


Un autre témoignage fait état d’une scène marquée par une grande quantité de sang au sol à l’endroit même de l’interpellation. Ces éléments renforcent les doutes sur la proportionnalité de l’intervention policière. Malgré son état, El Hacen Diarra est ensuite conduit au commissariat du 20e arrondissement.


Une mort au commissariat et une version officielle contestée


Selon la version des policiers, El Hacen Diarra aurait été victime d’un arrêt cardiaque peu après son arrivée au commissariat, en dépit de l’intervention des secours. Une explication rejetée sans ambiguïté par la famille, qui dénonce un crime policier et estime que les violences subies lors de l’interpellation sont directement à l’origine de sa mort.


Une enquête a été ouverte et confiée à l’Inspection générale de la police nationale. Mais cette procédure ne rassure en rien les proches de la victime. L’avocat de la famille, Me Yassine Bouzrou, dénonce publiquement "l’absence de saisine d’un juge d’instruction" ainsi que "l’absence de placement en garde à vue des deux policiers impliqués". Concrètement, les agents concernés restent libres, malgré la gravité des faits.


Mobilisation citoyenne et sentiment d’impunité


Cette situation nourrit un sentiment d’impunité largement dénoncé par les collectifs antiracistes et les organisations de défense des droits humains. Dimanche 18 janvier, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le foyer où vivait El Hacen Diarra. Un rassemblement mêlant colère, recueillement et exigence de vérité, destiné à soutenir la famille et à interpeller les autorités.


L’affaire El Hacen Diarra s’inscrit dans une série de drames similaires. Quelques jours auparavant, une autre vidéo amateur montrait des policiers frappant violemment un jeune homme déjà à terre, hurlant de douleur, dans la cité Jaune à Argenteuil. Des images qui rappellent d’autres affaires devenues emblématiques, comme celles d’Adama Traoré, mort en 2016 après une interpellation, ou de Nahel, tué par un tir policier en 2023.


Un climat de violences plus large que la seule question policière


Les violences ne se limitent toutefois pas aux interventions des forces de l’ordre. Dans un contexte médiatique et politique marqué par la banalisation de discours stigmatisants, les passages à l’acte se multiplient. Ismaël Aali, 20 ans, d’origine maghrébine, a ainsi été retrouvé mort le 6 janvier 2026 dans un étang de la région lyonnaise. L’enquête, ouverte pour meurtre aggravé par des motifs racistes, a conduit à la mise en examen et à l’incarcération d’un suspect de 21 ans.


Face à ces dérives, des citoyens s’organisent en associations et collectifs afin d’accompagner les victimes, soutenir les familles et documenter les violences. Reste une interrogation majeure : face aux violences et crimes policiers, à la répression des militants et à la montée de la xénophobie et de l’islamophobie, l’engagement citoyen suffira-t-il à restaurer la confiance, le vivre-ensemble et la cohésion sociale ?


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