
La mort de Quentin, survenue dans un contexte d’affrontement politique, n’a pas provoqué l’unité nationale que certains drames imposent habituellement. Bien au contraire, dès les premières heures, accusations croisées, récupérations politiques et polémiques médiatiques ont pris le dessus sur le temps du recueillement.
Dès lors, la question essentielle dépasse le seul événement. Elle consiste à comprendre comment une société où tout devient immédiatement matière à accusation, à disqualification et à guerre narrative finit par rendre la violence elle-même pensable.
Les médias ne créent pas nécessairement la violence. Cependant, en la mettant continuellement en scène, ils contribuent à banaliser l’idée même du conflit comme mode ordinaire de participation politique.
Il serait erroné d’affirmer que la responsabilité incombe à un seul camp. Toutefois, il serait tout aussi inexact de nier que le durcissement le plus visible du langage politique provient aujourd’hui d’une partie de la droite française.
Toute opposition à cette lecture est fréquemment qualifiée de faiblesse, voire de trahison. Le désaccord démocratique devient suspect. L’adversaire politique n’est plus simplement contesté ; il est accusé de compromettre l’avenir du pays.
Ce climat n’est pas abstrait. Il touche concrètement une partie de la population française, en particulier les musulmans.
L’absence d’émotion collective comparable à celle observée dans d’autres drames installe ainsi l’idée implicite que certaines victimes relèveraient d’une violence ordinaire, presque attendue.
Les mots n’ordonnent pas directement les actes mais définissent ce qui devient pensable.
Une défiance croissante envers les institutions renforce également cette évolution. Une partie de la population doute désormais de l’impartialité de la justice, conteste l’action policière ou considère les responsables politiques comme déconnectés des réalités sociales. Dans cet environnement, une idée dangereuse s’enracine progressivement : celle selon laquelle l’action individuelle pourrait remplacer l’arbitrage institutionnel.
Autrement dit, lorsque la confiance collective disparaît, certains en viennent à penser que se rendre justice soi-même devient une réponse possible.
Il appartient désormais aux responsables politiques comme aux médias de s’interroger. Car attiser les peurs, multiplier les désignations d’ennemis intérieurs ou transformer chaque débat en affrontement moral permanent fragilise inévitablement la paix sociale.
Une démocratie ne se maintient pas seulement par des institutions solides, mais par un langage mesuré, par la reconnaissance mutuelle et par la capacité collective à contenir la conflictualité.
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