Si les États-Unis et l’Iran parviennent à un accord

09:3317/04/2026, vendredi
MAJ: 17/04/2026, vendredi
Kadir Üstün

Dans les premiers jours du cessez-le-feu de deux semaines, l’absence d’accord et les informations selon lesquelles les États-Unis pourraient imposer un blocus du détroit d’Ormuz avaient affaibli les espoirs d’un compromis. Mais ces derniers jours, le climat a évolué : tout indique que les deux parties se rapprochent d’un accord. Il est avancé que Donald Trump pourrait accepter de mettre entre parenthèses le programme nucléaire iranien pendant vingt ans, tandis que Téhéran insiste sur une durée de

Dans les premiers jours du cessez-le-feu de deux semaines, l’absence d’accord et les informations selon lesquelles les États-Unis pourraient imposer un blocus du détroit d’Ormuz avaient affaibli les espoirs d’un compromis. Mais ces derniers jours, le climat a évolué : tout indique que les deux parties se rapprochent d’un accord.
Il est avancé que Donald Trump pourrait accepter de mettre entre parenthèses le programme nucléaire iranien pendant vingt ans, tandis que Téhéran insiste sur une durée de cinq ans.
Par ailleurs, un accord sur un nouveau régime de circulation dans le détroit d’Ormuz, permettant la reprise des passages, n’apparaît pas comme une hypothèse lointaine.

Présenter une durée supérieure aux quinze années prévues par l’accord nucléaire conclu sous Barack Obama comme une victoire ne sera pas chose aisée pour Trump. Toutefois, dans la mesure où un abandon total du nucléaire par l’Iran reste irréaliste, une telle option ne peut être considérée comme défavorable pour un président américain désireux de mettre fin à la guerre. Le blocage des passages dans le détroit d’Ormuz maintient les prix du pétrole autour de 100 dollars le baril, mais cela n’apporte aucun bénéfice réel à un Iran incapable d’exporter son pétrole. Ainsi, les deux camps disposent de raisons solides pour parvenir à un accord.


Reste une question centrale : si les États-Unis, qui ont déjà largement distendu leurs relations avec leurs alliés et partenaires, concluent un accord avec l’Iran, quel nouvel équilibre régional et mondial en émergera ?


Le nouveau (nouveau) Moyen-Orient


À force d’observer les mutations constantes des rapports de force au Moyen-Orient, évoquer l’émergence d’un nouvel équilibre régional est devenu presque routinier.
L’invasion de l’Irak, le Printemps arabe, les attaques du 7 octobre menées par le Hamas, la chute d’Assad et le génocide à Gaza ont constitué autant de tournants majeurs. La guerre engagée par les États-Unis aux côtés d’Israël contre l’Iran s’inscrit dans cette même logique de rupture.

Dans un contexte où Washington s’est résolument engagé à maintenir l’Iran, rival régional d’Israël, au rang d’État paria, les pays du Golfe et d’autres États arabes se sont retrouvés pris entre deux feux, tout en faisant l’expérience que les États-Unis pourraient ne pas les protéger. Les démarches de normalisation entreprises avec l’Iran à l’époque de Khamenei ont montré leurs limites durant la guerre.
Non seulement l’Iran a pris pour cible ces pays, mais la fermeture du détroit d’Ormuz a également infligé un choc économique à des États comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman et le Qatar.

L’incapacité de l’Iran à empêcher l’escalade vers la guerre avec les États-Unis et Israël, puis son isolement accru dans la région une fois le conflit déclenché, constituent des erreurs stratégiques majeures. Même en cas d’accord de paix, le recours à la force militaire par les États-Unis et Israël tendra à se banaliser davantage. Cela indique que, à moyen terme, les équilibres régionaux resteront prisonniers d’une dynamique de conflit et de guerre.


Un accord pourrait temporairement mettre entre parenthèses la question nucléaire et instaurer une stabilité relative. Mais il ne serait pas surprenant qu’Israël relance des opérations militaires dès lors qu’il percevra une remise en cause de sa supériorité régionale. Le fait qu’un tel espace de manœuvre lui soit accordé montre que la normalisation dans la région restera difficile. Engagé dans des politiques de plus en plus droitières et militaristes, et fort de son influence sur la politique américaine, Israël continuera de s’imposer comme l’acteur déterminant, dans un sens négatif, du nouveau (nouveau) Moyen-Orient.


Les nouveaux équilibres de puissance mondiaux


Parmi les acteurs tirant profit de la guerre avec l’Iran, la Russie occupe une place centrale. Sans enregistrer de percées décisives en Ukraine, Moscou bénéficie du déplacement de l’attention américaine vers le Venezuela, le Groenland et l’Iran.


De plus, en permettant indirectement à la Russie d’écouler son pétrole pour compenser les tensions sur l’approvisionnement mondial, Washington contribue, via des prix élevés, à soutenir le budget russe. Les critiques de Trump envers l’OTAN pour son manque d’implication dans l’ouverture du détroit d’Ormuz et les débats autour d’une OTAN sans les États-Unis peuvent constituer un avantage stratégique pour Moscou. La Russie, qui ne souhaite pas voir l’Iran accéder au statut de puissance nucléaire, ne peut qu’être satisfaite de voir cet objectif devenir plus difficile sous la pression américaine. Par ailleurs, les dommages économiques infligés par l’administration Trump à ses alliés de l’OTAN ainsi qu’au Japon, à la Corée et à d’autres pays asiatiques affaiblissent le prestige des États-Unis, ce qui renforce l’attractivité relative de la Russie.


Du point de vue de la Chine, les initiatives militaires jugées
"inutiles"
de Washington peuvent être perçues comme une forme d’autosabotage. Pékin, tout en niant avoir apporté un soutien militaire ou stratégique direct à l’Iran, ne peut qu’observer avec satisfaction l’enlisement américain dans le détroit d’Ormuz. Néanmoins, la forte dépendance de la Chine au pétrole du Golfe constitue une vulnérabilité majeure. La capacité des États-Unis à perturber les flux énergétiques à destination de la Chine s’inscrit comme un nouveau volet de la rivalité économique entre Washington et Pékin.

Par ailleurs, l’instabilité des politiques de l’administration Trump fragilise les alliés asiatiques des États-Unis, les poussant à rechercher des relations plus équilibrées avec la Chine. Dans ce contexte, il est probable que Pékin en tire des gains tangibles, tandis que la perception mondiale des États-Unis pourrait se transformer en profondeur, au bénéfice de la Chine.


Un accord de paix apportera-t-il la stabilité ?


Tant qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran ne sera pas pleinement mis en œuvre et que la stabilité ne sera pas rétablie, les prix du pétrole devraient rester élevés, ce qui profitera à court terme à la Russie. La Chine, en revanche, a tout intérêt à une conclusion rapide de l’accord, tant les difficultés d’approvisionnement énergétique pèsent sur son économie.


Les efforts de l’Iran pour s’éloigner du dollar dans ses ventes de pétrole pourraient également renforcer les alternatives au système du pétrodollar.
Conscientes du coût élevé d’un affrontement direct avec les États-Unis, la Russie et la Chine devraient continuer à éviter une confrontation militaire tout en cherchant à transformer les erreurs de Washington en avantages stratégiques.

La persistance de l’instabilité régionale au Moyen-Orient, combinée à des politiques américaines qui accroissent l’acceptabilité de la Russie et de la Chine à l’échelle mondiale, dessine un ordre international où l’imprévisibilité demeure. Dans un monde où les secousses deviennent la norme, où les puissances intermédiaires doivent constamment s’adapter et où les mécanismes de gouvernance internationale s’effacent devant les rapports de force, tous les acteurs seront mis à l’épreuve.


Certes, un accord de paix durable entre les États-Unis et l’Iran serait bénéfique pour la région.
Mais dans un contexte où de nombreux principes ont été érodés, il faudra du temps pour que les équilibres se stabilisent véritablement.
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