Le pari guerrier de Trump face à l’Iran

09:3225/02/2026, mercredi
MAJ: 25/02/2026, mercredi
Kadir Üstün

L’accumulation militaire opérée par l’administration Trump au Moyen-Orient correspond à la plus importante présence américaine dans la région depuis la guerre d’Irak. Si les négociations prévues jeudi à Genève n’aboutissent pas à un accord, la probabilité d’une attaque américaine contre l’Iran augmentera nettement. Cependant, l’ampleur d’une éventuelle opération, la nature de la riposte iranienne et la durée d’un conflit restent profondément incertaines. En plaçant implicitement la menace militaire

L’accumulation militaire opérée par l’administration Trump au Moyen-Orient correspond à la plus importante présence américaine dans la région depuis la guerre d’Irak. Si les négociations prévues jeudi à Genève n’aboutissent pas à un accord, la probabilité d’une attaque américaine contre l’Iran augmentera nettement.

Cependant, l’ampleur d’une éventuelle opération, la nature de la riposte iranienne et la durée d’un conflit restent profondément incertaines.
En plaçant implicitement la menace militaire sur la table des négociations, Trump tente de contraindre l’Iran à céder par la pression. Pour l’instant, cette stratégie fondée sur la démonstration de force et la crédibilité de la menace n’a pas produit les résultats espérés.
Dans le scénario d’un échec diplomatique, il apparaît également que Trump lui-même n’est pas totalement certain de l’ampleur de l’opération qu’il souhaiterait engager.
Une guerre contre l’Iran ne serait en aucun cas une opération rapide ou sans coût.
Contrairement à ses promesses électorales, entraîner les États-Unis dans une nouvelle guerre ouverte pourrait constituer un pari politique susceptible de lui faire perdre non seulement les élections de mi-mandat, mais aussi les trois années restantes de sa présidence.

Scénarios de confrontation


Un accord semble difficile à atteindre, notamment en raison de la rhétorique et des exigences élevées formulées par l’administration Trump, sous l’influence également des pressions israéliennes.
Washington exige que l’Iran abandonne son programme nucléaire et mette fin à l’enrichissement de l’uranium.
À cela s’ajoutent l’arrêt de la production de missiles balistiques de moyenne et longue portée ainsi que la fin des activités régionales menées par ses acteurs alliés.

Conscient de la difficulté d’obtenir simultanément toutes ces concessions, le camp américain a récemment laissé apparaître dans les médias des scénarios évoquant la possibilité pour l’Iran de conserver un programme nucléaire limité et civil. Pourtant, renoncer à l’enrichissement de l’uranium reviendrait pour Téhéran à abandonner des acquis obtenus au prix de lourds sacrifices et à fragiliser la survie même du régime.

Convaincu que Washington vise, à terme, un changement de régime, l’Iran considère qu’aucune concession ne garantirait une paix durable.

Du point de vue de Trump, après une telle démonstration de puissance militaire, un retrait sans proclamation de victoire semble politiquement difficile. À défaut d’un succès diplomatique, des frappes visant les installations nucléaires, balistiques ou certaines bases militaires iraniennes apparaissent comme une option probable.

Parmi les scénarios évoqués figure également la possibilité de cibler directement le guide suprême Ali Khamenei.
Toutefois, capturer ou neutraliser le dirigeant iranien ne serait en rien comparable aux précédents cas évoqués dans d’autres contextes internationaux. Même dans une telle hypothèse, des informations relayées dans la presse indiquent que le régime iranien se préparerait à poursuivre la guerre sous la direction d’un Conseil de défense nouvellement structuré.

Une telle évolution offrirait certes un avantage psychologique aux États-Unis, mais rendrait presque inévitable une riposte iranienne contre des cibles américaines et israéliennes. L’Iran conserve notamment des options stratégiques majeures, telles que la fermeture du détroit d’Ormuz ou le ciblage de pétroliers, capables de provoquer un choc mondial affectant l’économie internationale et les marchés américains.


Vers une nouvelle guerre au Moyen-Orient ?


Durant ses deux mandats, Trump a régulièrement critiqué les guerres interminables des États-Unis tout en n’hésitant pas à recourir à la force militaire. Des opérations ont été ordonnées en Syrie, au Yémen, en Iran ou encore au Venezuela. Lors de la guerre dite des 12 jours avec l’Iran, il avait veillé à maintenir un conflit limité afin de pouvoir proclamer rapidement une victoire et se retirer.

Personne ne doute aujourd’hui de sa capacité à employer la force militaire.
En revanche, la société américaine montre une faible tolérance envers une guerre prolongée.
Trump pourrait ainsi chercher une victoire rapide permettant d’éviter un enlisement. Néanmoins, sous l’effet notamment de la dynamique israélienne, la perspective d’un conflit ouvert apparaît plus proche que jamais.

Si le régime iranien devait considérer la confrontation comme existentielle, ses représailles pourraient viser non seulement les États-Unis et Israël, mais également leurs alliés régionaux.

L’entrée directe de Washington dans la rivalité régionale Iran-Israël avait déjà été partiellement expérimentée lors de la guerre des 12 jours, marquée par une confrontation contrôlée permettant aux deux camps de revendiquer un succès. Cette fois, un véritable état de guerre pourrait entraîner des développements imprévisibles et porter l’instabilité régionale à son paroxysme.

Une escalade progressive risquerait d’entraîner d’autres pays de la région, tandis que des puissances comme la Russie et la Chine pourraient chercher à exploiter indirectement l’affaiblissement américain.
Malgré les fragilités internes iraniennes, un contexte de guerre pourrait également renforcer le soutien intérieur au régime.
En tenant compte de ces
"inconnues inconnues",
une guerre entre les États-Unis et l’Iran pourrait facilement se transformer en crise majeure et durable.
Au-delà du chaos régional qu’elle provoquerait, une nouvelle guerre au Moyen-Orient risquerait d’éroder davantage la puissance et la crédibilité américaines.
Les expériences de l’Afghanistan et de l’Irak ont déjà démontré que la supériorité militaire ne garantit pas la victoire politique.

Hormis Israël, Washington aurait des difficultés à trouver des alliés prêts à entrer en guerre contre l’Iran. Certains États pourraient coopérer par contrainte stratégique, mais aucun pays régional ne semble disposé à s’engager directement dans un tel conflit. Israël lui-même privilégierait un scénario dans lequel les États-Unis mèneraient l’affrontement.

Trump a peut-être cherché à obtenir un accord par la dissuasion en procédant au plus important déploiement militaire des vingt-cinq dernières années, avant de présenter des concessions limitées comme une victoire.
Mais s’il échoue à contrôler l’escalade et s’engage, même accidentellement, dans une guerre ouverte, il pourrait hypothéquer durablement le reste de sa présidence.
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