La logique de l’État prépare une nouvelle architecture d’après-guerre

09:4927/03/2026, vendredi
MAJ: 27/03/2026, vendredi
Yahya Bostan

Lorsque, le 28 février, l’axe États-Unis/Israël a commencé à frapper l’Iran, une vive inquiétude m’a saisi. Le spectre des objectifs était large. L’évolution de la guerre déterminerait aussi l’ordre d’après-guerre. Les États-Unis allaient-ils rester sous l’influence d’Israël ? Où s’arrêteraient les ambitions maximalistes d’Israël ? Si l’Iran venait à se fragmenter, que deviendrait le processus d’une Türkiye sans terrorisme ? Ces questions, et bien d’autres, me hantaient. Alors que les parties s’obstinaient

Lorsque, le 28 février, l’axe États-Unis/Israël a commencé à frapper l’Iran, une vive inquiétude m’a saisi. Le spectre des objectifs était large.
L’évolution de la guerre déterminerait aussi l’ordre d’après-guerre. Les États-Unis allaient-ils rester sous l’influence d’Israël ?
Où s’arrêteraient les ambitions maximalistes d’Israël ? Si l’Iran venait à se fragmenter, que deviendrait le processus d’une Türkiye sans terrorisme ? Ces questions, et bien d’autres, me hantaient.

Alors que les parties s’obstinaient dans la guerre, Ankara ne disposait pas, à elle seule, de la capacité d’arrêter les affrontements. En revanche, ses effets pouvaient être influencés.
Détacher Trump de l’orbite de Netanyahu, produire des solutions régionales à des problèmes régionaux, coordonner avec le Golfe, pousser l’Iran à affronter ses propres erreurs, créer un équilibre où Israël serait contenu : voilà les priorités.

D’abord la menace, puis la négociation


L’issue du conflit reste incertaine. L’Iran fixe le rythme. Il a concentré la guerre sur le détroit d’Ormuz. Les États-Unis tentent de lever cette pression. D
ans ce cadre, une coalition avec l’Europe et les pays du Golfe a d’abord été envisagée.
Faute de réponse positive, un appel a été lancé à des pays dépendants du pétrole du Golfe comme la Chine ou la Corée du Sud. Devant l’absence de résultats, Washington s’oriente vers une action unilatérale, avec le soutien de certains pays du Golfe.

Trump a d’abord brandi des menaces en fixant un ultimatum de 48 heures, puis a accordé un délai supplémentaire de cinq jours, notamment pour permettre le déploiement militaire, tout en laissant une porte ouverte à la négociation.
Il apparaît que le sommet quadripartite Türkiye, Égypte, Pakistan, Arabie saoudite, tenu la semaine dernière à Riyad, a joué un rôle dans l’émergence de cette option diplomatique.

Vers une recomposition régionale et énergétique


Les États-Unis cherchent à atteindre leurs objectifs sans exposer directement leurs troupes, notamment en sécurisant
le détroit d’Ormuz et en mettant en œuvre un plan en 15 points.
Mais Téhéran estime être en position de force. Il rejette les conditions imposées avant guerre et cherche au contraire à en tirer des gains, notamment en modifiant à son avantage le statu quo du détroit d’Ormuz.

Dans le même temps, Trump déploie des milliers de soldats, y compris des unités parachutistes. Certains experts estiment que les objectifs pourraient dépasser l’île de Kharg, et inclure les ressources pétrolières iraniennes. L’Iran a d’ailleurs averti qu’un tel scénario ouvrirait un nouveau front en mer Rouge.
Une décision qui pourrait s’avérer la plus coûteuse politiquement pour Trump.

Malgré cela, la Türkiye et le Pakistan poursuivent des efforts diplomatiques intenses pour amener les parties à la table des négociations. Mais la montée des opérations militaires fragilise cette perspective.

Quel que soit le scénario, certains axes de l’architecture d’après-guerre se dessinent pour la Türkiye. Elle conserve son dialogue avec toutes les parties et renforce son rôle de médiateur. Les États-Unis peinent à atteindre leurs objectifs.
Israël a vu ses limites exposées, notamment au Liban et en Syrie.
L’Iran pourrait être amené à transformer ses politiques, même si le régime se maintient. Le Golfe, méfiant envers Washington mais en tension avec Téhéran, se rapproche de la Türkiye, dont l’implication concrète sur le terrain est désormais visible.

À Gaza, l’initiative d’Ankara imposant la solution à deux États comme condition de paix a déjà contribué à un basculement régional, retirant l’initiative à Israël.
Il apparaît désormais que la Türkiye influencera également la nouvelle architecture régionale post-conflit autour de l’Iran.

Le concept central qui émerge est celui de solutions régionales à des problèmes régionaux, structuré autour de nouvelles alliances. Les pays du Golfe s’en rapprochent, et fait notable, l’Iran lui-même en donne des signes.


Une analyse publiée par l’agence Mehr évoque une remise en question profonde à Téhéran : dépasser l’équilibre des puissances pour évoluer vers une sécurité collective et une convergence régionale. E
lle appelle à une architecture incluant l’Iran, les Émirats, le Qatar, l’Arabie saoudite, Bahreïn et le Koweït,
ainsi que des acteurs clés comme le
Pakistan, la Türkiye et même l’Afghanistan.

Enfin, la crise du détroit d’Ormuz transforme le conflit en guerre énergétique.
Netanyahu
a explicitement évoqué la nécessité de routes alternatives, notamment via des pipelines reliant la péninsule Arabique à Israël. La future architecture énergétique sera indissociable de la sécurité régionale, et pourrait même en constituer le socle.

Dans ce contexte, les projets portés par la Türkiye prennent une importance stratégique : e
xtension du pipeline Irak-Türkiye de Kirkouk à Bassorah, acheminement du pétrole d’Asie centrale vers Ceyhan,
importation de gaz qatari, intégration du pétrole syrien et interconnexion électrique entre plusieurs pays de la région.

Les guerres sont destructrices. Mais encore faut-il savoir transformer leurs conséquences en opportunités.

La guerre autour du détroit d’Ormuz redessine les équilibres régionaux. La Türkiye s’impose comme médiateur et architecte d’un nouvel ordre énergétique et politique.

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