
La Somalie est entrée vendredi dans une nouvelle phase d’incertitude politique après l’expiration officielle du mandat du président Hassan Sheikh Mohamud, sans accord électoral ni scrutin prévu pour désigner un successeur.
Le gouvernement fédéral a annoncé l’entrée du pays dans une période de "transition" après plusieurs jours de discussions infructueuses avec l’opposition.
Le mandat des deux chambres du Parlement somalien, chargées d’élire le président, était déjà arrivé à expiration depuis la fin du mois de mars.
Cette crise intervient alors que Mogadiscio tente depuis plusieurs années de mettre en place une réforme électorale visant à instaurer un système de suffrage universel dans un pays encore fragilisé par les divisions internes et l’insurrection des shebab.
Une réforme électorale contestée
Jusqu’à présent, les parlementaires somaliens étaient désignés par des délégués issus des clans et sous-clans, structures qui jouent un rôle central dans l’organisation politique et sociale du pays.
Une réforme constitutionnelle adoptée début mars sous l’impulsion du président Hassan Sheikh Mohamud prévoit désormais l’élection du Parlement au suffrage universel.
Mais l’opposition conteste le processus ayant conduit à cette réforme et juge difficile l’organisation d’un scrutin national dans les délais annoncés, notamment en raison de l’insécurité persistante dans plusieurs régions du pays.
La Somalie avait organisé en décembre sa première élection locale au suffrage universel depuis 1969, lorsque les habitants de Mogadiscio avaient élu leurs représentants municipaux.
Toutefois, l’extension de ce modèle électoral à l’échelle nationale reste jugée particulièrement complexe par plusieurs observateurs.
L’opposition dénonce une prolongation du mandat présidentiel
Depuis la fin des autorités de transition en 2012, la Somalie a régulièrement connu des reports électoraux et des prolongations de mandat.
Mais plusieurs responsables politiques estiment que la situation actuelle marque une rupture inédite, faute d’accord politique préalable entre le pouvoir et l’opposition.
Vendredi soir, Hassan Sheikh Mohamud a affirmé publiquement que la réforme constitutionnelle adoptée récemment avait également prolongé la durée du mandat présidentiel et parlementaire de quatre à cinq ans, soit jusqu’au 15 mai 2027.
Cette interprétation est rejetée par l’opposition, qui accuse le chef de l’État de chercher à se maintenir au pouvoir sans nouveau mandat électoral.
L’ancien président Sharif Sheikh Ahmed a estimé que le pays entrait désormais dans "une période grave" après l’annonce de cette prolongation.
Plusieurs responsables politiques et analystes mettent en garde contre un risque d’affrontements armés et de fragmentation institutionnelle si aucun compromis rapide n’est trouvé.
Les tensions régionales et claniques alimentent les inquiétudes
Les tensions opposent également le gouvernement fédéral à plusieurs États fédérés, notamment le Puntland et le Jubbaland, qui accusent Hassan Sheikh Mohamud d’adopter une approche trop centralisatrice.
Des analystes redoutent qu’une paralysie institutionnelle profite aux shebab, groupe insurgé affilié à Al-Qaïda qui contrôle encore certaines zones rurales du pays.
Certains experts craignent également une aggravation des rivalités claniques, élément historiquement central dans les crises politiques somaliennes.
Selon plusieurs observateurs, le risque de voir émerger des autorités parallèles soutenues par certaines régions autonomes et des groupes d’opposition est désormais pris au sérieux.










