En Syrie, personne n’a le droit d’exiger plus que l’égalité

11:4517/01/2026, Cumartesi
MAJ: 17/01/2026, Cumartesi
Yasin Aktay

Contrairement aux affirmations – ou plutôt aux attentes – de certains milieux kurdes nationalistes, les opérations menées par l’armée syrienne à Alep pour nettoyer la ville des éléments des FDS ont été entièrement ciblées sur les combattants de l’organisation. Elles se sont déroulées, y compris à leur encontre, dans un cadre aussi humain que possible. La rapidité et la précision avec lesquelles ces opérations ont abouti démontrent le haut niveau de maîtrise atteint par les forces syriennes sous

Contrairement aux affirmations – ou plutôt aux attentes – de certains milieux kurdes nationalistes, les opérations menées par l’armée syrienne à Alep pour nettoyer la ville des éléments des FDS ont été entièrement ciblées sur les combattants de l’organisation. Elles se sont déroulées, y compris à leur encontre, dans un cadre aussi humain que possible.

La rapidité et la précision avec lesquelles ces opérations ont abouti démontrent le haut niveau de maîtrise atteint par les forces syriennes sous le commandement de Chara. Plus encore, elles se distinguent de toutes les opérations militaires auxquelles nous étions habitués sur le théâtre syrien, par leur caractère nettement plus humain, par une sensibilité exceptionnelle dans la distinction entre combattants et civils, et par la capacité à conjuguer cette exigence morale avec un succès militaire remarquable.

LES OPÉRATIONS EXEMPLAIRES DU GOUVERNEMENT SYRIEN

Les innombrables opérations menées en Syrie, à différents moments et dans différents lieux, par le régime baasiste, la Russie, Daech, l’Iran ou encore les forces américaines ont presque toujours laissé derrière elles les mêmes images prétendument inévitables : villes détruites, maisons en ruines, massacres de civils, suivis immédiatement de vagues massives de réfugiés.

Pour la première fois, ce sont les opérations Bouclier de l’Euphrate, Rameau d’Olivier et Source de Paix menées par la Türkiye qui ont démontré qu’il était possible de lutter contre Daech sans porter atteinte aux civils, en distinguant terroristes et populations avec la minutie d’un orfèvre, et en libérant les territoires occupés par les miliciens.

Le fait que, sous couvert de "lutte contre le terrorisme", certaines opérations éliminent prétendument quelques terroristes tout en fauchant au passage des centaines de civils révèle en réalité combien ce concept est souvent utilisé comme un prétexte malhonnête. C’est exactement la même imposture qu’Israël applique de manière systématique contre les Palestiniens.

Il convient de s’arrêter sur un fait essentiel : après la libération des quartiers d’Echrefiye et de Cheikh Maksoud des mains des FDS, leurs habitants ne sont pas partis sur les routes de l’exil, mais sont rentrés immédiatement chez eux. Mieux encore, des habitants contraints de fuir bien plus tôt sont revenus en toute sécurité dès que la ville a été débarrassée des miliciens des FDS.

LA GUERRE A AUSSI UN DROIT, ET LE GOUVERNEMENT SYRIEN EN DONNE LA MEILLEURE PREUVE

Le comportement des autorités syriennes envers les combattants des FDS ayant déposé les armes et été évacués doit, lui aussi, rester gravé dans les mémoires comme une véritable leçon d’humanité. Ces images devraient faire honte à tous ceux qui soutiennent les FDS au nom d’une prétendue défense des Kurdes ou de leurs droits. Aucun discours de haine, pas la moindre hostilité envers des combattants ayant renoncé aux armes.

Il ne s’agit pas d’une cause dirigée contre les Kurdes, mais d’un appel à reconnaître que la Syrie appartient à tous les Syriens et à contribuer ensemble à sa reconstruction. En revanche, aucun privilège illégitime – qui ne servirait en définitive que les intérêts d’Israël – ne sera accordé à qui que ce soit. Personne n’a le droit d’exiger plus que l’égalité. Refuser d’accorder à un individu ou à un groupe davantage que l’égalité ne constitue pas une injustice. Reconnaître aujourd’hui aux FDS des privilèges excessifs sur des territoires appartenant à l’ensemble du peuple syrien reviendrait à opprimer ce peuple tout entier et, plus grave encore, à légitimer la présence occupante des puissances étrangères qui ont imposé ces privilèges par un fait accompli sous l’ancien régime.

LES MESSAGES INCLUSIFS D’AHMED CHARA

Face à cela, les messages du président syrien Ahmed Chara sont d’une clarté, d’une justice et d’une inclusivité remarquables. Fort de quatorze années de lutte contre le régime baasiste, il n’a jamais défendu une vision de la Syrie excluant les Kurdes ou les discriminant. Bien au contraire.

Dans une interview accordée récemment à la chaîne d’information arabophone Şems TV, basée au Gouvernement régional du Kurdistan irakien (et que la chaîne n’a finalement pas diffusée), il a affirmé que les Kurdes faisaient partie intégrante de la société syrienne, avant de définir un cadre raisonnable pour une Syrie plurielle incluant pleinement les Kurdes. Aucun Kurde juste et de bonne foi ne saurait s’opposer à ce cadre.

Voici ses propos :

"Le peuple kurde est déjà naturellement intégré à la structure sociale syrienne. Aujourd’hui, à Damas même, il existe des quartiers où vivent des Kurdes ; ils partagent la vie sociale syrienne et étudient dans les universités. Des personnalités kurdes occupent déjà des fonctions au sein du gouvernement syrien. L’un des ministères les plus importants, celui de l’Éducation, est dirigé par un ministre kurde.

La protection du peuple kurde et de ses droits, l’évaluation juste de la nouvelle phase que traverse la Syrie, l’intégration pleine et entière des Kurdes à l’État syrien et leur participation active au processus sont d’une importance capitale.

Nous avons proposé au peuple kurde de participer aux élections parlementaires.

Cependant, dans le nord-est de la Syrie, l’organisation des élections du nouveau Parlement syrien (Assemblée du peuple) a été empêchée.

Contrairement à ce que prétendent les FDS, leurs liens avec Kandil sont manifestes.

Comment peut-on considérer qu’une organisation armée venue de l’extérieur, porteuse d’un contentieux vieux de quarante à cinquante ans avec la Türkiye, serait la seule structure capable de défendre les droits des Kurdes en Syrie ?

Enfermer le peuple kurde dans des structures armées, étroites et fermées, liées à des organisations recevant des ordres de Kandil, coupées de la vie sociale depuis des décennies et devenues un problème chronique en Türkiye, conduit les Kurdes de Syrie dans une impasse profonde.

Cela prive le peuple kurde et les régions où il vit des processus de développement, de reconstruction et d’éducation actuellement en cours en Syrie, et entre en contradiction flagrante avec la volonté internationale soutenant l’intégrité territoriale de la Syrie.

Cette participation doit couvrir l’ensemble des niveaux : l’armée, les institutions de sécurité, l’administration et la représentation parlementaire.

Il est également vital qu’ils contribuent à la construction d’un système juridique commun et unifié pour la Syrie."

IL FAUT ÉCOUTER CETTE VOIX À LAQUELLE AUCUN KURDE DE BONNE FOI NE PEUT S’OPPOSER

Chara reconnaît sans ambiguïté les injustices subies par le peuple kurde sous le régime d’Assad, mais souligne que ces souffrances ne créent pas une dette particulière à la charge du gouvernement syrien actuel. D’autant plus que l’ensemble du peuple syrien a enduré des épreuves bien plus lourdes encore.

"Il existait des pratiques systématiques d’oppression contre le peuple kurde. Une partie des Kurdes avait été privée de la citoyenneté syrienne, et donc de ses droits fondamentaux.

La chute du régime déchu a constitué la première étape essentielle vers la restitution réelle et effective des droits du peuple kurde."

Quant à la menace potentielle de Daech, Chara rappelle que son propre parcours de lutte contre cette organisation constitue une référence suffisante quant à sa détermination et à son efficacité.

Le cadre qu’il dessine est un cadre auquel aucune personne animée par le sens de la justice – et a fortiori aucun Kurde – ne peut s’opposer. Il affirme clairement que la Syrie appartient à tous les Syriens et que personne ne sera exclu du processus de reconstruction. Bien au contraire, chacun est appelé à y contribuer.

Ceux qui répondent à cet appel se placeront du bon côté de l’Histoire. Quant à ceux qui l’ignorent, l’Histoire saura, comme toujours, les juger et les broyer dans son propre moulin.

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