L’ardeur de l’occupant à exécuter le résistant, la solitude d’Al-Aqsa et ce que raconte l’église du Saint-Sépulcre

09:491/04/2026, Çarşamba
MAJ: 1/04/2026, Çarşamba
Yasin Aktay

Une loi glaçante a été adoptée lundi soir par le parlement de l’occupation israélienne, dont le Premier ministre et de nombreux responsables devraient actuellement répondre de leurs actes devant la justice internationale pour crime de génocide. En réalité, parler de "loi" constituerait une insulte à toute activité juridique. Il s’agit plutôt d’une instruction meurtrière émanant d’une structure sans légitimité ni fondement juridique, en raison même de sa nature d’occupation. Le langage du texte est

Une loi glaçante a été adoptée lundi soir par le parlement de l’occupation israélienne, dont le Premier ministre et de nombreux responsables devraient actuellement répondre de leurs actes devant la justice internationale pour crime de génocide. En réalité, parler de
"loi"
constituerait une insulte à toute activité juridique. Il s’agit plutôt d’une instruction meurtrière émanant d’une structure sans légitimité ni fondement juridique, en raison même de sa nature d’occupation.

Le langage du texte est froid, technique, ordonné. Mais ce qui circule entre les lignes est loin d’être celui du droit :
il s’agit d’une distinction fondamentale qui hiérarchise la valeur des vies, révélant une logique raciste à un niveau primaire.
Un même acte produit deux résultats différents selon l’identité de son auteur. Lorsque l’un tue, cela constitue un crime passible de la peine la plus lourde ; lorsque l’autre tue, cela ne relève même pas de la même catégorie. Ce n’est plus l’acte qui détermine la sanction, mais l’identité de celui qui l’accomplit.

Selon le texte, l’État d’occupation pourra appliquer la peine de mort à tout Palestinien ayant tué un citoyen israélien, mais en aucun cas à un Israélien ayant tué un Palestinien.

Une mécanique d’exécution assumée


Présentée par Itamar Ben-Gvir, dirigeant du parti d’extrême droite
"Pouvoir juif"
et ministre de la Sécurité nationale, ainsi que par le député du Likoud Nissim Vaturi, cette loi détaille froidement toutes les étapes de l’exécution, comme une fantaisie méthodique de mise à mort :

La méthode
: l’exécution se fera par pendaison, réalisée par un gardien masqué afin de dissimuler son identité.
Immunité totale
: ceux qui exécutent bénéficieront d’une immunité pénale et juridique complète, faisant du gardien à la fois "juge" et "bourreau".
Aucun recours
: aucune réduction ni annulation n’est possible après la décision. La peine peut être prononcée sans demande du procureur et doit être exécutée dans les 90 jours.
Isolement total
: les condamnés seront détenus dans des cellules souterraines, sans visite jusqu’à l’exécution.

La loi vise les Palestiniens vivant dans les territoires sous contrôle israélien. Pour les personnes reconnues coupables d’homicide volontaire dans le cadre d’"actes terroristes", la peine de mort devient la règle, la perpétuité étant reléguée à des cas exceptionnels.

Les tribunaux militaires pourront prononcer la peine capitale sans requête du procureur ni exigence d’unanimité. Les commandants militaires israéliens n’auront aucun pouvoir de grâce ou de commutation.


L’occupant peut-il juger le propriétaire ?


Sur le plan technique, le fait qu’une puissance occupante légifère contre ceux qui exercent leur droit le plus légitime à la résistance constitue une contradiction inacceptable. Pourtant, Israël a réussi à faire accepter sa domination dans les territoires occupés, notamment auprès des États-Unis et de l’Europe.


Alors même que la Cour pénale internationale a qualifié le Premier ministre israélien de responsable de génocide, aucune instance ne semble en mesure de lui demander des comptes.

Quelle sera la réaction de l’Union européenne, habituellement si sensible à la peine de mort ? Aucune réaction n’a été entendue jusqu’à présent. Les mêmes représentants européens qui s’alarment dès que cette question est évoquée en
Türkiye dans le contexte de crimes contre l’humanité réagiront-ils ici ?
Ou considéreront-ils qu’il n’y a rien à faire puisque Israël n’est ni membre ni candidat ? Les droits humains ne seraient-ils valables que pour certains ?

Mais que peut-on attendre, au fond ? Le discours des droits de l’homme n’est-il pas devenu un instrument d’intervention et d’hégémonie plutôt qu’un principe universel ?

Il faut aussi souligner que cette loi ne vise pas seulement les Palestiniens, mais, au-delà, l’ensemble des deux milliards de musulmans. Le silence du monde musulman face à cette arrogance constitue le problème majeur.
Après ce qui se déroule à Gaza depuis trois ans, cette décision apparaît comme une insulte généralisée.
Israël cherche désormais à rallier certains pays musulmans dans son hostilité envers l’Iran.
Ces pays doivent reconsidérer leur position : aucune guerre menée aux côtés d’Israël ne peut être juste.
L’Iran, malgré ses pratiques passées, fait partie du monde musulman ; une guerre contre lui ne viserait pas seulement le chiisme, mais l’ensemble de la communauté musulmane.

Une ouverture, un contraste


Au même moment, une autre scène se dessine. Le vicariat latin de Jordanie s’est félicité de la réouverture de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem pendant la Semaine sainte. L’évêque Iyad al-Tawal a indiqué que la position du pape Léon XIV, exprimant sa solidarité avec les chrétiens du Moyen-Orient, avait contribué à cette réouverture.


Il a également salué la déclaration ferme du gouvernement jordanien, rappelant que l’accès aux lieux saints est un droit pour tous les croyants.
Le Premier ministre italien, le président français, le Canada et l’Union européenne ont également été mentionnés pour leur soutien.

Dans une même géographie, les démarches en faveur d’un lieu saint peuvent donc aboutir. Des appels sont entendus, des déclarations convergent, et les portes s’ouvrent. Le droit au culte devient une question internationale, et trouve une issue.


Personne ne peut minimiser ces efforts. La liberté de culte et l’accès aux lieux saints sont des droits universels qui doivent être défendus.

Mais une question s’impose : pourquoi cette mobilisation ne se manifeste-t-elle pas de la même manière pour un autre lieu sacré ?


Pourquoi le même niveau de réaction n’existe-t-il pas pour Al-Aqsa, où les violations sont quotidiennes, les accès restreints et les fidèles empêchés ? Pourquoi cette absence de mobilisation diplomatique ?

La réponse n’est-elle pas évidente ?

Une perte de puissance, mais aussi de représentation

Le monde musulman traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus fragmentées de son histoire.
Politiquement divisé, privé de volonté commune, absorbé par ses propres enjeux internes, il peine à produire une voix collective.
Il ne s’agit pas seulement d’une perte de puissance, mais d’une perte de représentation.
Autrefois, cette représentation existait.
Le califat n’était pas seulement un mode de gouvernance, mais aussi une autorité capable de prendre la parole face à l’injustice.
Lorsqu’une injustice survenait, il y avait une instance pour répondre à la question : qui parle ?

Aujourd’hui, cette réponse n’existe plus. Les musulmans ne sont pas seulement victimes, ils sont aussi isolés. Et cet isolement n’est pas seulement imposé de l’extérieur ; il est aussi le résultat de divisions internes.

La tragédie actuelle ne se limite donc pas aux conséquences d’une loi.

La véritable tragédie réside dans le fait qu’un peuple voit sa vie systématiquement dévalorisée sans qu’une voix forte et unie ne s’élève pour s’y opposer.

Et ce silence ne façonne pas seulement le présent, mais aussi l’avenir. Car lorsque la mort devient ordinaire quelque part, la vie commence à perdre son sens partout.

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