
Lors du Forum de la diplomatie d'Antalya 2025, les représentants de la minorité turque de Thrace ont exposé les défis liés à l'identité ethnique, l'éducation et la liberté religieuse, abordant ainsi des questions cruciales pour leur communauté.
Les représentants de la minorité turque de Thrace occidentale ont pris part au Forum de la diplomatie d'Antalya (ADF) 2025, qui s'est tenu du 11 au 13 avril à Antalya, en Türkiye. L'occasion pour eux de discuter des défis persistants auxquels leur communauté est confrontée, dans un cadre international de dialogue diplomatique.
Selon une déclaration partagée mercredi par le Conseil consultatif de la minorité turque de Thrace occidentale (BTTADK), les représentants ont eu l'opportunité de rencontrer des responsables des secteurs de la diplomatie, de la politique et de l'éducation.
Organisé sous le patronage du président turc Recep Tayyip Erdogan et annoncé par le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, l'ADF 2025, quatrième édition de cet événement, s'est déroulé dans la région touristique de Belek, en Turquie.
Le thème de cette édition était "S'approprier la diplomatie dans un monde divisé". Le forum a rassemblé plus de 4 000 participants venus de 155 pays, parmi lesquels 21 chefs d'État ou de gouvernement et 64 ministres.
Des sujets majeurs ont été abordés, notamment la crise à Gaza, la sécurité énergétique, le changement climatique et le rôle croissant de l'Afrique dans la géopolitique mondiale.
Une minorité sous pression dans un État membre de l'UE
Cette négation de l’identité turque constitue le socle d’une série de discriminations juridiques, politiques et religieuses, régulièrement dénoncées par des institutions européennes et des ONG internationales de défense des droits humains.
Négation identitaire et restrictions linguistiques
Dans les écoles publiques de la région, l’enseignement en turc est extrêmement limité, malgré le caractère bilingue garanti par le Traité de Lausanne. Les manuels sont obsolètes, les enseignants turcophones manquent, et les élèves subissent souvent des pressions pour intégrer les établissements en grec uniquement.
Immixtion dans les affaires religieuses
L’un des principaux sujets de tension réside dans la nomination des muftis, autorités religieuses musulmanes. Alors que la communauté souhaite élire ses propres chefs religieux conformément à la tradition, l’État grec impose ses propres muftis, choisis par le gouvernement, et criminalise les religieux élus par la population.
Freins à la participation politique
Les citoyens d'origine turque rencontrent aussi des obstacles dans leur accès à la vie politique. Bien que certains aient été élus au Parlement grec, ils sont souvent marginalisés ou accusés d’être des agents d’Ankara.
Ces accusations participent à un climat de défiance renforcé par les tensions diplomatiques entre la Grèce et la Türkiye.
Par ailleurs, les réformes électorales de ces dernières années ont été perçues comme visant indirectement à limiter la représentation des partis soutenus par la minorité.
Discrimination économique et surveillance
Dans plusieurs localités de Thrace, les habitants turcs déplorent un accès limité aux financements publics, à l’emploi dans la fonction publique et aux infrastructures. Certaines zones à majorité turque restent sous-développées par rapport au reste du pays.
La minorité fait également l’objet d’une surveillance accrue de la part des services de renseignement grecs. Plusieurs militants ou imams ont été fichés ou convoqués pour des interrogatoires en lien avec leurs activités culturelles ou religieuses, renforçant le sentiment de répression.
Les appels internationaux au respect des droits
La Türkiye, de son côté, accuse régulièrement la Grèce de violer les droits fondamentaux de la minorité turque de Thrace. Ankara demande la reconnaissance officielle de cette minorité en tant que telle, ainsi que la pleine application du Traité de Lausanne.
Une question européenne, un enjeu de cohésion
La situation de la minorité turque de Thrace pose la question plus large du respect des minorités dans l’Union européenne. Elle met en lumière les limites des mécanismes de contrôle européens lorsqu’il s’agit d’un État membre. En dépit de la protection des droits humains inscrite dans les traités européens, les recours judiciaires restent longs et peu contraignants pour les États.
Tant que la Grèce continuera de nier l'identité turque de cette communauté, les tensions persisteront, au détriment de la cohésion nationale et du respect des droits fondamentaux.
Deux poids, deux mesures dans le traitement médiatique occidental
Alors que la presse occidentale critique régulièrement le président turc Recep Tayyip Erdogan pour sa gestion des minorités en Türkiye, elle garde un silence quasi total sur les discriminations flagrantes dont sont victimes les minorités au sein même de l’Union européenne.
Erdogan est pourtant, et ce de l'aveu même des représentants des minorités, le dirigeant turc qui a entrepris le plus de réformes en faveur de ces dernières, qu’il s’agisse des Kurdes, des Alévis ou des communautés religieuses non musulmanes. Sous ses gouvernements, plusieurs langues minoritaires ont été intégrées à l’enseignement, des lieux de culte restaurés, et des droits culturels reconnus.
Cette approche contrastée révèle un biais idéologique: les violations des droits humains dans des pays comme la Grèce ou la Bulgarie, membres de l’UE, sont largement ignorées par ces mêmes médias qui se montrent implacables envers Ankara.
Cette asymétrie alimente un sentiment d’injustice au sein des populations concernées et renforce l'idée d'un double standard dans le discours européen sur les droits humains.
Tant que les minorités musulmanes historiques présentent sur le territoire européen seront discriminées, l'UE ne peut prétendre à aucune autorité morale pour faire un quelconque reproche à Ankara.










