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France: après les marches contre les violences policières, le gouvernement reprend la main

Après le rassemblement qui a réuni 2.000 personnes samedi à Paris contre les violences policières, pourtant interdit, le gouvernement français affiche sa volonté de reprendre la main quelques jours après une semaine de violences urbaines, inédites dans le pays depuis près de 20 ans.

11:15 - 9/07/2023 Pazar
MAJ: 10:48 - 9/07/2023 Pazar
AFP
Crédit photo: FRANK PERRY / AFP
Crédit photo: FRANK PERRY / AFP

Une trentaine d'autres manifestations contre les violences policières ont été organisées samedi ailleurs en France, notamment à Marseille (sud-est), Nantes (ouest), Strasbourg (est) et Bordeaux (sud-ouest).


Au total, 5.900 personnes ont défilé dans le pays, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.


Dans la foulée des manifestations, la Première ministre Elisabeth Borne a promis samedi dans un entretien au quotidien Le Parisien des
"moyens massifs pour protéger les Français"
lors de la fête nationale du 14-Juillet.

Elle a notamment annoncé l'interdiction de la vente aux particuliers de feux d'artifices, avec lesquels des émeutiers visent parfois les forces de l'ordre, afin d'empêcher de nouvelles violences ce weekend-là.


Depuis les émeutes, déclenchées par la mort de Nahel, un adolescent de 17 ans tué par un policier lors d'un contrôle routier, le président Emmanuel Macron a érigé le rétablissement d'un
"ordre durable"
en priorité absolue.

La mort du jeune Nahel, le 27 juin en proche banlieue parisienne, avait été le point de départ de cinq nuits de violences urbaines à travers le pays, inédites depuis 2005.


Sanctions pour les familles


L'une des pistes du gouvernement, selon Mme Borne, concerne de nouvelles sanctions pour les familles de jeunes auteurs de violences.


Samedi, à Paris, les manifestants se sont massés dans le calme sur la place de la République, au coeur de la capitale, en mémoire d'Adama Traoré, un jeune homme mort peu après son interpellation par des gendarmes en juillet 2016.


Cette manifestation avait pourtant été interdite dans la matinée par la préfecture de police qui avait mis en avant des
"risques de troubles à l’ordre public"
et une pénurie de forces de l'ordre, mobilisées par les récentes émeutes, pour sécuriser le cortège.

Assa Traoré, soeur d'Adama devenue en France une figure du combat contre les violences policières, a pris la parole devant plusieurs élus du parti d'opposition de La France insoumise (LFI, gauche radicale) et entourée d'un important dispositif des forces de l'ordre.

"On marche pour la jeunesse, pour dénoncer les violences policières. On veut cacher nos morts. La France ne peut pas donner des leçons de morale. Sa police est raciste, sa police est violente"
, a affirmé Mme Traoré.

Une enquête a été ouverte à son encontre pour l'organisation de ce rassemblement.


Gestion des émeutes épinglée

Les récentes violences urbaines ont jeté une lumière crue sur les maux de la société française, des difficultés des quartiers populaires aux relations houleuses entre jeunes et forces de l'ordre.


"Ça suffit, les coups de fusil, les LBD (lanceurs de balles en caoutchouc, utilisés pour disperser des manifestations et accusés de causer de graves blessures, ndlr) etc. On a besoin de policiers de proximité"
, a déclaré Geneviève Manka, une retraitée qui manifestait à Strasbourg.

Au total, près d'une centaine d'associations, syndicats et partis politiques classés à gauche avaient appelé à des
"marches citoyennes"
pour exprimer leurs
"deuil et colère"
, dénoncer des politiques jugées
"discriminatoires"
contre les quartiers populaires, et demander
"une réforme en profondeur de la police".

Le gouvernement a lui dénoncé ces appels à manifester
"dans les grandes villes qui ne se sont pas encore remises des saccages".

Le ministère français des Affaires étrangères a fortement contesté samedi les déclarations d'un comité d'experts de l'ONU qui a lourdement critiqué la gestion des émeutes par les forces de l'ordre et réclamé notamment l'interdiction du
"profilage racial".

La France
"conteste des propos qu'elle juge excessifs"
et
"infondés"
, a répondu le ministère, en soulignant notamment que
"la lutte contre les dérives de contrôles dits -au faciès- (s'était) intensifiée".

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