
Le développement rapide de l'intelligence artificielle risque de doubler d'ici 2030 la consommation d'eau et d'électricité des centres de données, mettant en péril les ressources naturelles mondiales, selon un rapport de l'Institut onusien pour l'eau et l'environnement publié mercredi.
Selon le document publié par l'Institut pour l'eau, l'environnement et la santé des Nations unies, les centres de données ont consommé environ 4 500 milliards de litres d'eau au cours de l'année 2025.
Cette empreinte ne se limite pas au refroidissement des serveurs mais inclut également l'eau nécessaire à la production de l'électricité alimentant ces infrastructures.
Ce volume représente l'équivalent des besoins domestiques annuels d'environ 1,3 milliard de personnes vivant en Afrique subsaharienne, soulignant l'ampleur du défi sanitaire et environnemental à venir.
Triplement de la consommation électrique
Le rapport prévoit un triplement de la demande en électricité des centres de données entre 2023 et 2030 pour atteindre environ 945 térawattheures. Ce niveau de consommation représenterait près de trois fois l'utilisation annuelle combinée du Pakistan, du Bangladesh et du Nigeria, qui totalisent ensemble plus de 650 millions d'habitants.
En outre, l'intelligence artificielle générative concentre une part croissante de cette demande, ayant représenté à elle seule près d'un cinquième de la consommation énergétique des centres de données en 2025.
Les systèmes de refroidissement par évaporation utilisés par ces installations nécessitent d'importants volumes d'eau qui sont ensuite rejetés dans l'atmosphère, ajoutant une pression supplémentaire sur les ressources.
Impact climatique et pression foncière
Les infrastructures numériques ont généré environ 189 millions de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone en 2025, un volume qui pourrait atteindre près de 399 millions de tonnes d'ici à 2030 selon les projections citées.
De plus, les auteurs mettent en garde contre l'augmentation attendue des déchets électroniques liée au déploiement accéléré des infrastructures d'IA. Ils identifient également la génération de vidéos par intelligence artificielle comme une crise environnementale émergente, en raison de besoins particulièrement élevés en ressources informatiques et énergétiques.
Exigences des modèles d'IA générative
Les données illustrent l'échelle des besoins liés à l'entraînement des grands modèles linguistiques. L'entraînement du modèle GPT-4 requiert entre 50 et 70 gigawattheures, soit l'équivalent de la consommation annuelle résidentielle de centaines de milliers de personnes en Afrique subsaharienne, tandis que ChatGPT traite environ 2,5 milliards de requêtes par jour.
Toutefois, cette expansion intervient dans un contexte de croissance exponentielle du marché mondial de l'IA, dont la valeur pourrait passer de 189 milliards de dollars en 2023 à près de 5 000 milliards de dollars d'ici à 2033.
Appel à une gouvernance mondiale
Face à ces perspectives, l'Institut onusien appelle à la création d'un cadre de gouvernance fondé sur la transparence, l'efficacité énergétique et la responsabilité environnementale. Le rapport recommande notamment la réalisation systématique d'études d'impact locales ainsi qu'une meilleure transparence sur l'utilisation de l'eau et de l'énergie par les opérateurs du secteur.
L'organisation souligne que la hausse des consommations, alimentée principalement par l'essor de l'IA générative, risque de menacer l'accès aux ressources pour des milliards de personnes sans une coopération internationale renforcée.
L'intégration de principes de justice environnementale dans le développement des technologies d'intelligence artificielle constitue par ailleurs une priorité absolue pour les années à venir.











