Rap: Âgé de 55 ans, MC Solaar sort un nouvel album

12:5213/03/2024, mercredi
AFP
Le rappeur français Claude M'Barali, alias MC Solaar.
Crédit Photo : JOEL SAGET / AFP
Le rappeur français Claude M'Barali, alias MC Solaar.

Figure emblématique du rap français des années 1990, MC Solaar revient sur le devant de la scène, sept ans après la sortie de son dernier album.

"J'ai l'impression que c'est la première fois que j'apprécie vraiment être en studio"
, confie l'artiste de 55 ans, lors de son entrevue avec l'AFP à Paris.

Le rappeur, qui n'avait pas sorti d'album depuis "Géopoétique" en 2017, dévoile ce vendredi "Lueurs célestes", le premier volet d'une trilogie.


MC Solaar a rompu avec sa routine en alternant entre concerts et séances derrière les consoles de mixage, ce qui lui a conféré une
"assurance incroyable",
selon ses propres mots.

"Je ne me perçois plus comme auparavant, en tant que rappeur débitant des flows, je donne de l'importance à la musique. Je laisse ma voix s'envoler. Je peux me détendre, fredonner si nécessaire. Que demande Claude ?",
plaisante-t-il, en utilisant son prénom réel et en s'adressant à lui-même à la troisième personne.

Cette évolution est palpable dans le morceau "On court", où il explore trois styles vocaux distincts: rapide et fluide, parlé-chanté et chanté.


MC Solaar demeure fidèle à son style encyclopédique et ludique. En entrevue, il insiste sur le caractère vivant de la musique, affirmant que
"la musique n'est pas une formule mathématique, il y a quelque chose de vivant en elle".
Dans le titre "Modernidad", l'artiste jongle avec des mots complexes, associant
"prophylaxie"
à
"protéger le groove d'ici et de la galaxie".

Dans le même morceau, il utilise le jeu de mots "ok boomer", faisant écho à "ton marabout meurt".


Sur le plan des punchlines, il rivalise avec ses pairs:
"Il aime tellement les footballeurs, sa femme l'a nommé Zahia"
lance-t-il dans "Big data".

En 2021, après la résolution d'une querelle juridique, les jeunes auditeurs ont pu redécouvrir ses trois premiers albums, "Qui sème le vent récolte le tempo" (1991), "Prose combat" (1994) et "Paradisiaque" (1997), considérés comme des classiques.

Cependant, ceux qui s'attendent à retrouver les échantillonnages de jazz ou les emprunts à Serge Gainsbourg - son titre "Nouveau Western", dans "Prose combat", reposait sur une boucle de "Bonnie and Clyde" - seront surpris.


"Lueurs célestes" puise ses influences musicales aux quatre coins du monde, comme le reconnaît MC Solaar.
"On retrouve des sonorités du Brésil, des notes orientales, la French Touch, de l'électro, de la house",
se réjouit le chanteur, né à Dakar, au Sénégal, de parents tchadiens.

Un tel éclectisme n'est pas étonnant de la part de celui qui évoque un "pop-art auditif" en parlant des artistes qu'il cite dans ses textes, qu'il s'agisse de noms clairement énoncés comme Pop Smoke, Ademo (PNL), les Sparks, Maria Callas ou Etienne Daho, ou suggérés à travers des clins d'œil, tels qu'Annie Cordy ou Le Grand Orchestre du Splendid. En mentionnant ces derniers, il sourit à l'idée que
"ceux nés en 2007 chercheront sur leur smartphone de qui il s'agit".

"Il faut quand même rire"
, insiste MC Solaar. Cependant, des thématiques plus sérieuses se manifestent dans ses textes.
"Même lors des moments de détente, je cherche à apporter du sens"
, confirme-t-il.

Ainsi, on trouve dès le début de "Big data" la phrase "La Gestapo a fait une rafle". L'artiste explique:
"J'ouvre des fenêtres, j'explore des sujets pour susciter l'intérêt pour l'histoire ou pour les leçons de l'histoire".

Des leçons souvent négligées, comme le soulignait déjà MC Solaar dans "Sonotone", extrait de son précédent album "Géopoétique", où il déplorait que le Ku Klux Klan puisse "se permettre d'être permanent".


"Lueurs célestes" se clôt sur une "Comptine" sombre, dressant un constat alarmant sur le changement climatique.


Quant à la suite de la trilogie, le rappeur donne rendez-vous:
"Dans moins de trois mois, à mon avis"
.

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