Les Américains pourront-ils se libérer d’Israël ?

10:207/06/2026, dimanche
MAJ: 7/06/2026, dimanche
Abdullah Muradoğlu

Tous les sondages montrent que la majorité des Américains, en particulier les jeunes Américains, s’opposent au soutien inconditionnel des gouvernements américains à Israël. L’administration Trump, elle, veut rendre l’aide militaire à Israël encore plus permanente. Si elle est adoptée par le Congrès, la section 224 de la "loi d’autorisation de la défense nationale" préparée pour l’exercice budgétaire 2027, la NDAA, imbriquera les technologies militaires américaines et israéliennes au point de les

Tous les sondages montrent que la majorité des Américains, en particulier les jeunes Américains, s’opposent au soutien inconditionnel des gouvernements américains à Israël. L’administration Trump, elle, veut rendre l’aide militaire à Israël encore plus permanente. Si elle est adoptée par le Congrès, la section 224 de la
"loi d’autorisation de la défense nationale"
préparée pour l’exercice budgétaire 2027, la NDAA, imbriquera les technologies militaires américaines et israéliennes au point de les intégrer presque totalement.

Le soutien militaire américain à Israël change de forme


Sous Barack Obama,
les États-Unis avaient approuvé, par un
"mémorandum d’accord"
(MOU), un paquet d’aide militaire de 38 milliards de dollars à Israël sur dix ans. Ce mémorandum avait remplacé le précédent accord de 30 milliards de dollars, signé en 2007 et arrivé à expiration à la fin de l’exercice budgétaire 2018.
Après avoir mis en poche cet accord de dix ans, Israël avait également obtenu la suppression de certaines restrictions contenues dans le mémorandum.
Celui-ci prévoyait une transition progressive imposant que 100 % de l’aide militaire accordée à Israël soit dépensée aux États-Unis d’ici 2028.
Sous le premier mandat présidentiel de Trump, Israël s’était aussi largement débarrassé de ces restrictions.
Sous Joe Biden puis durant le second mandat de Trump, environ 22 milliards de dollars d’aide militaire supplémentaire ont été fournis à Israël.
Quant à la guerre avec l’Iran, elle a jusqu’à présent coûté, selon les estimations,
50 milliards de dollars aux contribuables américains.
La justification du soutien inconditionnel des États-Unis à Israël repose sur la prétendue nécessité de préserver la supériorité militaire qualitative d’Israël dans la région. Or, un nombre croissant d’Américains estime qu’Israël ne devrait recevoir aucune aide extérieure ni aucun soutien militaire des États-Unis.
Malgré l’opposition de la majorité des Américains, l’attaque menée par Trump contre l’Iran montre que la politique américaine au Moyen-Orient est entièrement façonnée selon les intérêts d’Israël.
À première vue, Trump semble vouloir sortir de cette guerre, tandis qu’Israël cherche à l’y maintenir. La raison des déclarations contradictoires de Trump au sujet des négociations avec l’Iran, c’est aussi Israël. Même si Trump parvient à résister aux objections de Netanyahu, il ne parvient pas à surmonter la pression du lobby israélien, des milliardaires sionistes et des "chrétiens sionistes évangéliques" devenus partie intégrante de ce lobby.
Les conséquences politiques du retournement de l’opinion publique américaine contre Israël pourraient très probablement mettre fin au soutien bipartisan dont bénéficie Israël. Il apparaît que la section 224, intitulée
"Initiative de coopération en matière de technologie de défense États-Unis-Israël",
vise à garantir dès maintenant le soutien militaire à Israël.

La section 224 pourrait lier durablement Israël à l’appareil militaire américain


Le mémorandum d’accord portant sur 38 milliards de dollars d’aide militaire à Israël sur dix ans expire en 2028.
La section 224 entend poursuivre l’aide militaire à Israël sous une autre forme, de manière encore plus solide.
La coopération militaire américano-israélienne prévue par cette section couvre la recherche, le développement et la production d’armes modernes et de haute technologie, ainsi que l’intelligence artificielle, la biotechnologie, les drones, l’énergie dirigée, les systèmes cybernétiques et les armes autonomes. Israël pourrait ainsi accéder à presque toutes les données de l’armée américaine.
Le changement spectaculaire de l’opinion publique américaine a semé la panique au sein du lobby israélien. Le Congrès américain actuel pourrait être la dernière rampe de lancement pour Israël.
Lors des élections de novembre, il est possible qu’un plus grand nombre de représentants et de sénateurs opposés au soutien inconditionnel à Israël soient élus.
Pour empêcher cela, le lobby israélien a ouvert les vannes financières. L’influence sur les élections américaines de ce lobby, qui agissait auparavant en coulisses, devient de plus en plus visible.
Si la section 224 est adoptée, Israël deviendra une partie organique du
"complexe militaro-industriel américain".
La section 224 transformera Israël, qui est aujourd’hui le plus grand bénéficiaire de l’aide américaine, en membre à part entière de l’appareil de défense et de renseignement des États-Unis.
Selon des analystes, même si toute aide extérieure à Israël devait être progressivement supprimée, la section 224 pourrait servir de porte dérobée potentielle pour continuer à fournir davantage d’aide à Israël. Le
"complexe militaro-industriel américano-israélien
" qui serait créé par la section 224 rendrait également extrêmement difficile la fin, par des voies démocratiques, de la relation spéciale entre les États-Unis et Israël.
Ce projet pourrait aussi être une
"carotte"
offerte sur un plateau d’argent par Trump à Israël et à Netanyahu afin de mettre fin à la guerre avec l’Iran. Il est pourtant évident que le rattachement de cette machine de guerre génocidaire, ennemie de la stabilité et de la paix dans la région, à l’industrie militaire américaine rendra Israël encore plus agressif.

La majorité des Américains voit qu’Israël est devenu un fardeau honteux pour les États-Unis. Avec l’adoption de la section 224, ce fardeau deviendra encore plus lourd et restera attaché aux pieds des États-Unis.

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