
En affirmant que, pour la sécurité de l’Amérique, le Groenland devait être acquis d’une manière ou d’une autre, le président Trump a ensuite choisi d’adoucir sa menace d’occupation en déclarant à Davos qu’il n’userait pas de l’option militaire. Trump, qui avait annoncé une taxe supplémentaire de 10 % contre les pays européens opposés à l’acquisition du Groenland par les États-Unis, a également déclaré, après ses entretiens à Davos, qu’il renonçait pour l’instant à cette mesure.
Fort de la confiance acquise lors de l’opération contre Maduro, Trump avait proféré des menaces contre le Groenland avant de revenir rapidement à l’option de l’achat, puis d’accepter aujourd’hui le principe de bases militaires. Cela montre que l’opposition silencieuse de certains républicains face à un scénario pouvant faire imploser l’OTAN, la résistance européenne et la réaction des marchés ont pesé dans la balance.
Alors qu’il parlait de domination sur l’hémisphère occidental, il a commencé à défendre l’idée que le rattachement du Groenland aux États-Unis serait important pour la sécurité européenne et arctique, affirmant en réalité que cette démarche servirait l’alliance transatlantique.
Étant donné que tout le monde sait que Trump ouvre les négociations à un niveau très élevé pour obtenir ce qu’il veut, la menace d’occupation aurait pu être relativisée. Toutefois, ce qui a été fait au Venezuela rendait bien plus crédibles les scénarios dans lesquels l’Amérique utiliserait sa puissance militaire pour changer des régimes et étendre son territoire.
Cela dit, il serait erroné d’affirmer que la politique étrangère nationaliste de Trump, fondée sur la défense d’une liberté d’action absolue de l’Amérique, signifie qu’elle peut tout se permettre. Des sénateurs républicains, aux côtés des démocrates, ont exprimé leur opposition face au risque de faire imploser l’alliance de l’OTAN de l’intérieur. Les déclarations européennes en faveur de la défense du Danemark ne signifiaient pas qu’elles étaient prêtes à faire la guerre aux États-Unis, mais le potentiel d’effondrement du commerce transatlantique devait être pris au sérieux. Trump ne pouvait pas non plus ignorer la réaction de la Bourse américaine aux annonces de taxes supplémentaires et au discours sur l’occupation.
Dans ce contexte, Trump a donné un signal d’apaisement en revenant à un discours selon lequel il chercherait à renforcer l’alliance transatlantique afin de calmer les esprits.
Il est de notoriété publique qu’il est difficile de s’adapter au style de politique étrangère de Trump. Capable de changer très rapidement de position et de rompre avec de nombreux schémas établis, Trump tente de déplacer l’axe central de la politique étrangère américaine.
Les critiques adressées par Trump aux Européens à Davos s’inscrivaient dans cette logique, puisqu’il considère les dirigeants européens comme des élites mondialistes nourries par ce système. Même s’il évoque la sécurité transatlantique, il est manifeste que Trump ne croit pas réellement à l’alliance transatlantique, comme en témoignent ses attaques contre les politiques économiques et migratoires.
Le fait que l’administration Trump privilégie l’hémisphère occidental et revendique une domination dans cette région montre qu’elle adopte une vision selon laquelle l’Amérique devrait être un acteur régional plutôt que global. On peut dire que les mesures prises dans ce sens engagent l’Amérique sur une voie dont le retour sera difficile.
L’alliance transatlantique, fondée pendant la guerre froide autour de la lutte contre le communisme, ennemi idéologique commun, et construite sous parrainage américain, devra désormais évoluer avec un contenu et un format différents, en l’absence de ces dynamiques.
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