Les conséquences de la guerre États-Unis-Israël-Iran sur les économies mondiales et régionales

17:5221/04/2026, mardi
MAJ: 21/04/2026, mardi
Ömer Faruk Doğan

Au moment où les frappes américano-israéliennes contre l'Iran entrent dans leur 45e jour, les négociations de paix engagées au Pakistan n'ont pas encore débouché sur des résultats tangibles. Le conflit pèse désormais lourdement non seulement sur les économies et l'appareil productif des pays concernés, mais aussi sur le quotidien des populations. En Extrême-Orient notamment, les difficultés d'approvisionnement en carburant commencent à se faire sentir à tous les niveaux de la vie sociale. Le quasi-blocage

Au moment où les frappes américano-israéliennes contre l'Iran entrent dans leur 45e jour, les négociations de paix engagées au Pakistan n'ont pas encore débouché sur des résultats tangibles. Le conflit pèse désormais lourdement non seulement sur les économies et l'appareil productif des pays concernés, mais aussi sur le quotidien des populations. En Extrême-Orient notamment, les difficultés d'approvisionnement en carburant commencent à se faire sentir à tous les niveaux de la vie sociale.

Le quasi-blocage du détroit d'Ormuz entraîne de graves difficultés pour l'approvisionnement des pays du Golfe en produits de première nécessité, tout en compliquant l'acheminement du pétrole, du gaz naturel, du GNL et autres sources d'énergie.

La flambée des prix des carburants, au-delà des prévisions initiales, pèse sur le quotidien des ménages et renchérit le coût des biens de consommation, aussi bien aux États-Unis que dans le reste du monde.

Ainsi, les perturbations dans l'exportation des matières premières destinées à la fabrication d'engrais depuis le Golfe risquent d'entraîner une hausse des prix des engrais, avec des répercussions en cascade sur la production agricole à grande échelle, et à terme sur toute la chaîne alimentaire et l'approvisionnement en denrées de base.

Ce conflit ne devrait pas uniquement affecter les pays du Golfe directement impliqués dans la guerre mais ses conséquences pourraient toucher l'ensemble de l'Europe, de l'Asie, des États-Unis, et en premier lieu les pays africains en voie de développement

Selon les statistiques publiées en amont des réunions annuelles du Fonds Monétaire International, qui se tiennent actuellement aux États-Unis, le taux de croissance mondiale initialement prévu à 4,6 % pour 2026 a été revu à la baisse à 3,1 % sous l'effet du conflit en cours. Ce chiffre reflète une dégradation généralisée: ralentissement de la production et de la productivité dans de nombreuses régions, hausse des coûts de production, croissance en berne, et une inflation qui pourrait augmenté bien au-delà des projections initiales.

Les dernières semaines des frappes américano-israéliennes contre l'Iran ont profondément affecté la croissance mondiale. Dans ses projections publiées le mardi 14 avril, le FMI a revu le taux de croissance pour 2026 à 3,1 %, contre 3,4 % prévu avant le 28 février. Que l'économie mondiale entre dans une telle phase de recul en si peu de temps n'était pas anticipé.

Il faut également noter que cette prévision de croissance repose sur un scénario de guerre limité dans sa durée, son intensité et son étendue, ce qui laisse entendre qu'elle ne vaudrait que pour le premier semestre 2026. Autrement dit, si l'incertitude actuelle persiste et que le conflit se prolonge, il devient d'autant plus difficile d'établir des projections fiables pour la suite.

C'est pourquoi, dans le scénario le plus probable, la croissance devrait ralentir en 2026 par rapport à 2025, et si elle venait à se limiter à 3,4 %, l'inflation pourrait remonter à une moyenne de 4,4 %. Cela dit, les données actuelles suggèrent que la pression à la hausse sur les prix resterait en deçà des niveaux atteints lors du choc pétrolier et énergétique de 2022, dans le sillage de l'invasion russe de l'Ukraine.

Le FMI prévoit que le taux de croissance pourrait tomber en dessous de 2,1 % en 2026, et que l'inflation pourrait dépasser 6 % en 2027. Il souligne par ailleurs qu'il ne faut pas écarter le scénario où l'impact de l'inflation se ferait sentir deux fois plus fortement dans les pays en développement, comme ceux d'Afrique, par rapport aux pays développés.

En raison des incertitudes qui pèsent sur l'issue du conflit, la fiabilité des projections et de leurs probabilités est elle-même remise en question. Si aucun accord n'est trouvé dans la région et que la situation géopolitique se détériore au-delà de l'état actuel,
"la plus grande crise énergétique de l'ère moderne"
ne serait pas une surprise et cette situation pourrait se prolonger jusqu'à ce que les investissements dans l'intelligence artificielle se traduisent concrètement par des gains de productivité et qu'une trajectoire de croissance durable soit atteinte.

Sur la base de ses projections actuelles, le FMI indique que les banques centrales pourraient se retrouver dans les mois à venir face à une tâche particulièrement délicate : maîtriser une inflation en hausse sans pour autant freiner l'activité productive. Il souligne également que la tâche des gouvernements ne fera que se compliquer, ceux-ci devant déployer des efforts considérables pour amortir le choc que la hausse des prix de l'énergie fera peser sur les populations et les économies.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, le ratio de la dette publique par rapport au produit intérieur brut (PIB) a atteint son niveau le plus élevé en 2025, franchissant pour la première fois le seuil de 93,9 %. Dans ce contexte, il est souligné que des mesures de soutien budgétaire temporaires s'imposent pour les pays les plus faibles et les plus vulnérables, tandis qu'un appel est d'ores et déjà lancé pour que ces mêmes pays augmentent leurs recettes fiscales.

Il va de soi que les pays les plus affectés par cette conjoncture, notamment les économies à faibles revenus dépourvues des marges budgétaires nécessaires pour contenir la hausse des prix, pourraient se retrouver dans une situation particulièrement précaire. Alors que, si la croissance américaine est attendue en progression de 2,1 % en 2025 à 2,3 % en 2026, le déficit budgétaire pourrait pour sa part atteindre 7,5 % du PIB en 2026, une dégradation que la prolongation du conflit pourrait sensiblement amplifier.

Par ailleurs, dans la zone euro, il est jugé inévitable que des prix de l'énergie déjà élevés en raison de la guerre russo-ukrainienne pèsent davantage sur l'activité industrielle, entraînant un recul du taux de croissance du PIB de 1,4 % en 2025 à 1,1 % en 2026, soit un repli de 0,2 point supplémentaire par rapport aux prévisions du FMI de janvier 2026.

En Allemagne, locomotive de l'économie européenne, l'ambitieux plan de relance budgétaire mis en place vise à faire progresser la croissance de 0,2 % à 0,8 % en l'espace d'un an. La France devrait quant à elle afficher une croissance stable à 0,9 %.

Les projections publiées par le FMI laissent entrevoir que, malgré la hausse des prix du pétrole et du gaz liée au conflit, la majeure partie des pays du Golfe pourrait se retrouver dans une situation d'étranglement économique sévère en raison de la baisse de la production, des destructions, de l'arrêt du tourisme et du blocage total des exportations dû à la fermeture effective du détroit d'Ormuz.

Le Qatar et l'Irak seraient les pays les plus touchés par le recul de la production et des exportations pétrolières dans la région, avec des contractions du PIB estimées respectivement à 8,6 % et 6,8 %.

Dans la région du Golfe, il est avancé que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite pourraient être les seuls pays à enregistrer un taux de croissance de 3,1 %. En raison du ralentissement et de l’inquiétude provoqués par la diminution des activités dans le Golfe, il est également estimé que les transferts de devises envoyés vers leurs pays d’origine par les travailleurs migrants de la région, en particulier ceux originaires du Népal et du Bangladesh, transferts qui constituent une source importante de revenus pour les pays de la région, pourraient être fortement perturbés.

En raison des incertitudes entourant l’évolution du conflit, la croissance mondiale pourrait rester nettement inférieure à la moyenne de 3,7 % enregistrée sur la période 2010-2019, avant de repasser au-dessus de 3,1 % entre 2028 et 2031. Cette trajectoire suggère une phase de "
repli"
de l’économie mondiale, sur fond d’environnement international instable et volatil.

Les investissements directs étrangers pourraient eux aussi ralentir sous l’effet des incertitudes géopolitiques. Dans le même temps, la diminution des flux migratoires, liée notamment à une dynamique de retour vers les pays d’origine, est susceptible d’entraîner un essoufflement des activités productives dans les pays d’accueil. En parallèle, le ralentissement et les perturbations des flux de devises pourraient accentuer davantage la pauvreté dans les pays d’origine.

Par ailleurs, la montée progressive du protectionnisme dans le commerce mondial risque d’entraver les dynamiques de convergence entre les pays, pourtant favorisées par l’expansion des échanges, et d’en atténuer les effets positifs.

Dans ce contexte, la Türkiye figure parmis les des pays de la région les moins affectés par les répercussions du conflit, grâce aux mesures économiques et aux orientations de politique étrangère mises en œuvre avec constance.

De surcroît, la politique étrangère stable mise en œuvre contribue de manière significative à la continuité des négociations de paix entre les États-Unis et l’Iran.

A Ankara, le 15 avril 2026.

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