Nos amis allemands vont-ils enfin se réveiller ?

09:3820/02/2026, الجمعة
MAJ: 20/02/2026, الجمعة
Yahya Bostan

Je vais vous rapporter une anecdote intéressante tirée de Steadfast Dart 2026, le plus grand exercice de l’OTAN de ces dernières années. En la lisant, vous direz : "Ils ne changeront jamais." Je vous répondrai : "Non, c’est un processus d’adaptation." Mais avant cela, il faut regarder le tableau d’ensemble. Puissance vaincue de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a été placée après-guerre sous une forme de "liberté surveillée" par les États-Unis, aux côtés du Japon, afin qu’elle ne redevienne

Je vais vous rapporter une anecdote intéressante tirée de Steadfast Dart 2026, le plus grand exercice de l’OTAN de ces dernières années. En la lisant, vous direz :
"Ils ne changeront jamais."
Je vous répondrai :
"Non, c’est un processus d’adaptation."
Mais avant cela, il faut regarder le tableau d’ensemble.

Puissance vaincue de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a été placée après-guerre sous une forme de "liberté surveillée" par les États-Unis, aux côtés du Japon, afin qu’elle ne redevienne pas un facteur d’instabilité. Sa sécurité a été confiée à Washington.

Au point où nous en sommes aujourd’hui, les États-Unis demandent désormais aux membres de l’OTAN, et en particulier à l’Allemagne, d’augmenter leurs dépenses de défense. Selon les mémoires de l’ancien secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, le terme
"parasites"
ne viendrait pas de
Donald Trump
mais de
Barack Obama
.
Ce qu’Obama disait à huis clos, Trump le formule publiquement.
Le message est clair :
"Apprenez à vous tenir sur vos propres pieds."

Poutine aguerri, l’Europe en difficulté


Les Allemands savent qu’ils ne peuvent plus faire la sourde oreille.
En Europe, les signaux d’alerte concernant la menace russe se multiplient. D’après des informations ayant filtré, les négociations Ukraine-Russie à Genève ont été particulièrement dures.
Vladimir Poutine estime que l’attitude américaine lui laisse davantage de marge de manœuvre.
Donald Trump a donné aux parties jusqu’à l’été pour conclure un accord de paix, faute de quoi des sanctions frapperaient les deux camps. Or la Russie est habituée aux sanctions. Dans cette configuration, c’est l’Ukraine qui voit son espace se réduire. Et bien sûr l’Europe.
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité organisée la semaine dernière, toutes les discussions ont tourné autour de cette réalité. Le rapport publié à cette occasion souligne que
"l’ordre international est démantelé par les États-Unis eux-mêmes".
L’Allemagne s’est donc engagée dans une recherche de repositionnement diplomatique, politique, militaire et sécuritaire. Le chancelier Friedrich Merz s’est plaint de la
"dépendance vis-à-vis des États-Unis"
et a évoqué la nécessité d’un
"nouveau partenariat transatlantique".
En désignant explicitement la Türkiye, il a indiqué que certains pays joueraient un rôle clé dans ces nouvelles configurations. La proposition d’un
"parapluie nucléaire"
européen, en coopération avec la France, a également retenu l’attention.

Au moment même où Merz prononçait ce discours, des informations faisaient état d’une transformation au sein du renseignement allemand. Berlin envisage d’accorder au BND des pouvoirs élargis en matière de sabotage et d’opérations clandestines à l’étranger.

L’Allemagne dispose d’une capacité financière sérieuse et d’une infrastructure industrielle solide pour bâtir une armée de grande ampleur.
Mais lorsqu’il s’agit de transformer ce potentiel en réalité, les difficultés apparaissent.
La plus importante est démographique. L’âge médian en Allemagne est de 46 ans. Le remède à cette situation serait une immigration contrôlée. Or ce besoin se heurte à la montée de l’extrême droite. Ce dilemme provoque des oscillations profondes en Allemagne et plus largement en Europe.

De la mer Baltique à la Somalie


Venons-en à l’exercice de l’OTAN. Les forces armées turques ont réalisé une véritable démonstration de puissance lors de Steadfast Dart 2026. Le TCG Anadolu, deux mille personnels, des véhicules blindés, des capacités amphibies, des drones TB3…
Pourquoi la Türkiye s’est-elle autant distinguée ?
L’un des facteurs déterminants est la capacité de
"projection stratégique"
des forces armées turques. Transporter un nombre important de navires, de personnels et de véhicules jusqu’à la mer Baltique, planifier et exécuter une telle opération, exige une logistique considérable. Un point est souvent négligé : alors qu’un important contingent était déployé en Baltique, le TCG Sancaktar et deux autres navires étaient simultanément envoyés en Somalie. Il s’agit d’une capacité de projection stratégique capable de s’étendre à la fois vers la mer Baltique et vers la Corne de l’Afrique.
Un autre élément clé est l’industrie de défense. Les décollages et atterrissages du TB3 sur le TCG Anadolu, ainsi que ses tirs de précision au large des côtes allemandes, ont suscité l’admiration. Ceux qui étaient présents décrivent la scène :
"Il y avait beaucoup de vent, un froid intense. La piste gelait, rendant le décollage risqué. En raison des conditions météorologiques, les Rafale n’ont pas été engagés. Le TB3 a repoussé les limites. Onze pays membres de l’OTAN participaient à l’exercice. Tous ont salué la performance. Ils ont demandé : quelle est la limite de vent du TB3 ? Nous en avons été fiers."
Ce tableau constitue une base favorable pour le renforcement des relations au sein de l’OTAN et pour l’évolution des relations entre la Türkiye et l’Union européenne.
Si l’on retire les États-Unis de l’OTAN, il reste essentiellement la Türkiye et quelques autres pays.
L’exercice l’a montré avec force.
Cependant, des limites subsistent, et des obstacles doivent être franchis. Un ami en Allemagne me confiait que l’annonce de tirs à munitions réelles du TB3 au large des côtes allemandes avait suscité un débat interne. Les autorités auraient craint les réactions de l’extrême droite et la propagande de certains groupes sympathisants. Bien que ces tirs figurent dans la planification initiale, des voix se sont timidement interrogées :
"Ne pourrait-on pas renoncer aux tirs ?"
La réponse a été claire :
"Hors de question."
Le sujet a été clos.
Il s’agit d’un processus d’adaptation de l’Allemagne et de l’Europe au nouveau monde. Nous verrons encore de telles oscillations.
À l’image du programme de crédits SAFE destiné aux dépenses de défense, dont la Türkiye ne peut bénéficier, alors même que le Canada y est inclus.
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