
Nous revenons encore une fois à cette question après le dernier épisode, qui a commencé par les attaques, perçues comme surprenantes, de l’Iran contre Israël, lequel poursuivait ses frappes contre le Liban malgré le cessez-le-feu.
Si l’on regarde les objectifs annoncés au début de la guerre, la réponse à cette question ne paraît en réalité pas si difficile. Car l’issue des guerres ne se mesure pas à l’ampleur des destructions produites par les parties, mais au degré auquel elles atteignent les objectifs qu’elles avaient déclarés.
Israël et les États-Unis avaient clairement exposé leurs objectifs en entrant dans cette guerre. La capacité nucléaire de l’Iran devait être détruite, son infrastructure de missiles et de drones devait être démantelée, son influence régionale devait être brisée et, enfin, la voie menant à un changement de régime devait être ouverte. Pour Netanyahu, au-delà de tout cela, il y avait un rêve bien plus ancien : mettre enfin en œuvre la stratégie qu’il défend depuis plus de trente ans, consistant à confronter directement l’Iran à la puissance militaire américaine.
Mais le résultat réellement frappant de la guerre apparaît ailleurs. L’hypothèse selon laquelle, à la fin de cette guerre, la partie la plus en difficulté ne serait pas l’Iran, mais Israël, est de plus en plus discutée.
À première vue, cette affirmation peut surprendre. Car la supériorité militaire et technologique la plus importante dans cette guerre se trouve du côté d’Israël et des États-Unis. Mais les guerres modernes ne sont plus seulement des guerres de chars, d’avions et de bombes ; elles sont aussi des guerres de légitimité, de perception et de soutenabilité.
À Gaza, le Hamas n’a pas pu être éliminé. Au Liban, le Hezbollah n’a pas pu être totalement liquidé. En Iran, le régime n’a pas changé. En revanche, la légitimité internationale d’Israël s’est érodée dans des proportions inédites dans l’histoire.
Le récit israélien, autrefois considéré comme incontestable dans le monde occidental, fait aujourd’hui l’objet d’une remise en question sérieuse, en particulier parmi les jeunes générations. Aux États-Unis, des universités aux médias, les critiques visant les politiques israéliennes ne sont plus marginales : elles commencent à devenir dominantes.
Netanyahu pense encore que l’élargissement de la guerre offrira à Israël une supériorité stratégique. Or l’agenda qui se trouve devant Trump est très différent. La crise du détroit d’Ormuz, la hausse des prix de l’énergie, les élections de mi-mandat qui approchent, la fragilité de l’économie américaine et la fatigue de guerre croissante dans l’opinion publique éloignent Washington d’une nouvelle aventure militaire.
Le dilemme qui se cache derrière la politique en zigzag suivie par Trump ces derniers mois est là aussi. D’un côté, il se sent obligé de soutenir Israël ; de l’autre, il ne veut pas être entraîné derrière Netanyahu dans une guerre régionale dont l’issue est incertaine. C’est pourquoi il serait plus juste de lire le tableau apparu récemment non pas comme un cessez-le-feu, mais comme une période intermédiaire oscillant entre guerre et négociation.
Cette guerre annonce aussi une nouvelle époque. Désormais, aucun acteur n’a la capacité de façonner seul la région. Les États-Unis ne sont plus les anciens États-Unis, Israël n’est plus l’ancien Israël, et l’Iran n’est plus l’ancien Iran. C’est pourquoi la vraie question de la période à venir n’est pas de savoir si la guerre reprendra ou non.
La vraie question est celle-ci : est-ce la stratégie de Netanyahu, fondée sur la guerre permanente, qui l’emportera, ou bien la politique de compromis contrôlé dont Washington a de plus en plus besoin ? Les signaux actuels montrent que la seconde hypothèse se renforce.
À vrai dire, les guerres aussi ont une logique. Lorsque la guerre cesse de réaliser les objectifs déclarés et commence à les rendre impossibles, elle cesse d’être un outil stratégique et se transforme en dépendance. Il est bien connu qu’Israël a des justifications relevant d’une obsession théologique pour cette dépendance, mais même celle-ci a une limite dans le monde réel. Israël peut penser qu’il avance pas à pas vers ces objectifs théologiques, mais l’objectif vers lequel il court est en réalité sa propre fin. Pour le comprendre, la réalité commence à se dresser devant lui comme un mur ou un précipice.
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