A Copenhague, les habitants d'un "ghetto" contre la politique "discriminatoire" du logement

17:2730/09/2023, samedi
MAJ: 30/09/2023, samedi
AFP
Crédit photo: Thomas COEX / AFP
Crédit photo: Thomas COEX / AFP

"Nos foyers ne sont pas à vendre": à Copenhague dans le lotissement de Mjølnerparken, où vivent principalement des immigrés, les habitants s'opposent au démantelement du quartier sur des critères ethniques.

En cause, une loi de 2018 qui implique que tout lotissement à loyer modéré où plus de la moitié de la population est d'origine
"non-occidentale"
- précédemment appelé
"ghetto"
- ne doit compter que 40% de logements sociaux d'ici à 2030.

En plein coeur de Copenhague, dans ce complexe au nom longtemps associé à la délinquance, cela implique la disparition de 295 logements sur les quelque 560, qui seront remplacés par un parc locatif au prix du marché.


Au total, au Danemark, quelque 11.000 personnes doivent quitter leur appartement pour être relogés ailleurs, selon les associations.

"Nous ne voulons pas forcer les gens à partir"
, affirme le social-démocrate Thomas Monberg, député et porte-parole de son parti pour les questions de logement.

Nous voulons leur donner une vie meilleure pour qu'ils puissent avoir les mêmes opportunités que tout autre Danois.

Il se défend de mettre les gens à la porte: le processus
"se déroule sur plusieurs années".

"Du pur racisme"


Pour les habitants de Mjølnerparken, qui ont porté l'affaire devant les tribunaux en 2020, utiliser leur origine ethnique comme critère de logement est discriminatoire et légalement irrecevable.


"C'est du pur racisme"
, s'indigne Jawad, qui n'a pas souhaité partager son nom de famille.

"Même si je suis né et j'ai grandi au Danemark, dans les statistiques, je suis un immigré non-occidental"
, résume le médecin de 29 ans, qui avec ses parents d'origine pakistanaise a grandi à Mjølnerparken, où 83% des résidents ont des racines
"non-occidentales".

La dizaine de plaignants, représentant l'ensemble des locataires opposés aux déménagements, espèrent une décision favorable de la justice européenne cet hiver. En attendant, leur zélé bailleur, Bo Vita, compte avoir transformé le quartier d'ici 2030.

Et pour lui, la rénovation des quatre blocs d'immeubles, décidée en 2015 par les résidents, est une aubaine.


Tout le monde doit être relogé temporairement pour permettre aux appartements d'être refaits, explique la présidente de l'association des locataires, Majken Felle.

Pour éviter d'être baladé d'un appartement à un autre, beaucoup acceptent de quitter le lotissement et d'emménager dans un autre quartier.


"Certaines familles, même si elles auraient souhaité rester (...) se sont peut-être dit: C'est trop d'insécurité, je ne peux pas vivre comme ça des années, je ferais mieux de déménager et de continuer ma vie"
, dit celle qui s'est toujours sentie en sécurité dans la résidence.

Julia, une quinquagénaire originaire des Balkans, s'insurge contre l'insistance mise par le bailleur pour que les familles libèrent leur logement.


Bo Vita représente l'autorité et nous n'avons pas l'habitude de la contester. On veut être un bon étranger.

"Citoyens de seconde classe"


Pour Jawad, la loi communément appelée
"ghetto"
et sa kyrielle de mesures qui ciblent les étrangers est emblématique de la relation entre le Danemark et les immigrés et participe à la prostration de certains.

Je pense que beaucoup de monde ici a renoncé à ce que le gouvernement soit de leur côté.

Le sociologue Aydin Soei, spécialiste des quartiers sensibles, note que désormais au Danemark,
"ce n'est pas seulement les hommes jeunes (des quartiers) qui se sentent considérés comme des contre-citoyens ou citoyens de seconde classe".

"C'est tout le monde vivant dans ces quartiers car la politique d'éviction touche tout le monde"
, ajoute-t-il.

Dans le riche pays scandinave, le sujet scandalise peu le reste de la population.


"80% des Danois n'ont pas de contact personnel avec une minorité ethnique et une part encore plus faible de Danois a mis les pieds dans ces lotissements"
, explique le chercheur.

A Mjølnerparken, Hassan, un intérimaire de 25 ans, peste contre les conditions de vie, entre machines et échafaudages.


Ce sont d'énormes problèmes pour ceux qui vivent là. Les résidents habitent dans un chantier alors qu'ils paient un loyer, c'est tout à fait scandaleux.

Les habitants sont notamment soutenus par le programme Open Society Justice Initiative.


"L'ensemble du plan ghetto, y compris sa rhétorique raciale, contraste fortement avec la réputation du Danemark, une société égalitaire et démocratique dotée de systèmes sociaux et économiques solides"
, constate Susheela Math, l'une des juristes qui les a aidés à porter leur affaire devant les tribunaux.

À lire également:



#Danemark
#logement
#discrimination