
Les législatives du 12 février au Bangladesh pourraient remodeler le rapport de forces en Asie du Sud, au moment où la Chine cherche à renforcer ses liens avec Dacca dont les relations avec l'Inde restent tendues, affirment des analystes.
Les 127 millions d'électeurs de ce pays à majorité musulmane sont appelés à désigner un nouveau Parlement, un an et demi après les émeutes meurtrières qui ont précipité la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina en août 2024.
L'ancienne dirigeante autocrate vit depuis en Inde, un exil qui suscite l'ire du gouvernement provisoire bangladais, dirigé par le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, qui s'est rapproché de la Chine et du Pakistan.
Sous l'ère Hasina (2009-2024), Pékin et Dacca entretenaient de solides liens commerciaux et en matière de défense, mais New Delhi restait le partenaire privilégié du Bangladesh.
Cet équilibre est en pleine recomposition.
"Rapprochement" avec Pékin
Signe de ce virage, c'est en Chine que M. Yunus a effectué l'an dernier sa première visite d'Etat.
Les deux pays ont signé en janvier un accord de défense qui prévoit la construction d'une usine de fabrication et d'assemblage de drones sur une future base aérienne dans le nord du Bangladesh, près de la frontière indienne.
"Hostilité" avec New Delhi
A l'inverse, les relations entre New Delhi et Dacca sont au plus bas depuis la fin du régime de Mme Hasina.
En décembre, le ministère indien des Affaires étrangères a accusé le Bangladesh "d'hostilité constante à l'encontre des minorités" religieuses (10% de la population bangladaise en grande majorité musulmane), dont la communauté hindoue.
Dacca a aussitôt récusé ces affirmations.
Malgré ces crispations, le gouvernement ultranationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi a multiplié les initiatives de rapprochement avec son voisin.
En décembre, son ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a assisté à Dacca aux funérailles de Khaleda Zia, ancienne Première ministre et cheffe du Parti nationaliste bangladais (BNP), un des favoris des législatives.
M. Modi a envoyé un message de condoléances à son fils, Tarique Rahman, pressenti pour prendre la tête du gouvernement en cas de victoire du BNP.
Mais début janvier, la situation s'est à nouveau tendue quand l'instance dirigeante du cricket indien a ordonné à un club de se séparer d'un joueur bangladais, sous la pression de la droite nationaliste hindoue.
Le Bangladesh a annoncé le forfait de son équipe de la Coupe du monde de cricket disputée en Inde, au motif que la sécurité de ses joueurs n'y serait pas garantie.
"Stabilité plutôt que rupture"
Le rapprochement depuis l'été 2024 du Bangladesh et du Pakistan, ennemi juré de l'Inde, n'a rien arrangé.
Symboliquement, les deux pays, qui se sont séparés à l'issue d'une guerre qui a abouti à l'indépendance du premier en 1971, ont rouvert une desserte aérienne directe après 14 ans de suspension.
Praveen Donthi, du centre de réflexion International Crisis Group (ICG), anticipe la poursuite de cette normalisation par le futur gouvernement bangladais, en même temps que le maintien des liens avec New Delhi.









