Bangladesh: élections sous haute tension

La rédaction avec
16:0630/01/2026, vendredi
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Violences politiques, polarisation et réformes institutionnelles dominent le scrutin crucial du 12 février au Bangladesh.
Crédit Photo : X /
Violences politiques, polarisation et réformes institutionnelles dominent le scrutin crucial du 12 février au Bangladesh.

Le Bangladesh s’approche d’élections générales cruciales prévues le 12 février dans un climat de forte tension politique, marqué par une polarisation profonde et des craintes persistantes de violences.

Le scrutin, premier depuis le soulèvement populaire de 2024 qui a renversé l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, se déroule dans un environnement fragilisé par des institutions affaiblies et des alliances politiques fragmentées.

Au moins 16 responsables politiques et militants ont été tués dans le pays entre le 11 décembre, date de l’annonce du calendrier électoral, et le 16 janvier, selon des médias locaux.


D’après l’organisation de défense des droits humains Ain o Salish Kendra (ASK), 401 incidents de violence politique ont été recensés l’an dernier, faisant 102 morts et 4.744 blessés.

Les données de la police indiquent que 5.763 armes à feu ont été pillées durant le soulèvement, dont 1.333 n’ont toujours pas été récupérées, une préoccupation majeure pour la sécurité à l’approche du vote.


Un scrutin sous administration intérimaire


L’élection est organisée par une administration intérimaire après l’effondrement du gouvernement Hasina en août 2024.


Les électeurs éliront un nouveau Parlement tout en se prononçant sur des réformes visant à empêcher un retour à un régime autoritaire.

La compétition politique oppose principalement le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), le Jamaat-e-Islami et le Parti national des citoyens (NCP), fondé par des leaders étudiants du mouvement anti-Hasina connu sous le nom de
"soulèvement de juillet"
.

Le gouvernement intérimaire a interdit à la Ligue Awami de Hasina de participer au scrutin.


Plus de 127 millions d’électeurs sont attendus aux urnes, contre 119,6 millions en 2024. Ils devront élire 300 députés parmi près de 2.000 candidats, avec 151 sièges nécessaires pour obtenir la majorité.

Violences persistantes


Selon des experts, les violences politiques s’intensifient avec la campagne électorale.


"La violence est une caractéristique des élections au Bangladesh"
, a déclaré Thomas Kean, consultant principal sur le Myanmar et le Bangladesh pour l’International Crisis Group.

Il estime que les rivalités idéologiques et la polarisation politique figurent parmi les principaux moteurs des affrontements.

Le mois dernier, le pays a été marqué par la mort de Sharif Osman Hadi, un jeune leader issu des manifestations de 2024 et candidat potentiel dans le centre de Dacca.


Polarisation politique accrue


Pour l’analyste politique Zakaria Polash, basé au Bangladesh, la situation est devenue explosive.


"La situation est chargée. Les tensions augmentent parce que les partis voient cette élection comme une question de survie politique"
, a-t-il affirmé.

Il souligne que les forces autrefois unies contre Hasina sont désormais divisées sur la question des réformes, créant une fracture entre partisans du changement institutionnel et défenseurs du statu quo.

Sur le terrain, cette division se traduit par une rhétorique de plus en plus hostile entre les camps.


Institutions fragiles


Les faiblesses institutionnelles aggravent la crise.


Thomas Kean pointe une justice politisée, une culture de l’impunité et des enquêtes inefficaces qui encouragent le recours à la violence à des fins politiques.

Zakaria Polash avertit également que le maintien de l’ordre dans des dizaines de milliers de bureaux de vote sera extrêmement difficile, en raison d’un appareil administratif jugé fragile.


Élections et réformes


Au cœur du scrutin se trouve une bataille sur les réformes institutionnelles.


En parallèle des législatives, les Bangladais doivent se prononcer sur des réformes destinées à limiter le pouvoir exécutif et restructurer les institutions clés.

Selon Salman Al-Azami, universitaire spécialisé en médias à l’université Liverpool Hope, la dynamique réformatrice découle d’un consensus né après la chute de Hasina : empêcher toute dérive autoritaire future.


Rôle controversé des médias


Zakaria Polash critique le rôle des médias locaux, qu’il accuse de prendre ouvertement parti.


Selon lui, une partie de la presse traite déjà le dirigeant du BNP, Tareque Rahman, comme un futur Premier ministre, influençant le débat public avant même le vote.

Des tensions régionales s’ajoutent à la crise, certains responsables évoquant des risques d’ingérence étrangère, accusations rejetées par New Delhi, qui affirme soutenir des élections libres et pacifiques.


Un avenir incertain


Pour Salman Al-Azami, le scrutin s’annonce extrêmement serré.


Thomas Kean prévient que le futur gouvernement, quel qu’il soit, devra affronter des défis majeurs : réformes économiques, relations internationales et règlement du sort politique de la Ligue Awami.

Malgré les risques, Zakaria Polash estime que le processus électoral reste incontournable :
"Il n’y a pas d’alternative aux élections pour le pays."

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