Hakan Fidan s’est exprimé dans un entretien accordé à Al Jazeera

La rédaction avec
12:2230/01/2026, vendredi
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Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s'exprime lors d'une conférence de presse avec son homologue français à Ankara, le 27 janvier 2026.
Crédit Photo : Adem ALTAN / AFP
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s'exprime lors d'une conférence de presse avec son homologue français à Ankara, le 27 janvier 2026.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a affirmé que le différend entre la Türkiye et Israël ne visait pas l’existence de l’État israélien, mais ses politiques régionales, en particulier à l’égard des Palestiniens et "le génocide en cours à Gaza".

Dans un entretien accordé à la chaîne qatarie Al Jazeera, mené par le journaliste Resul Serdar Ataş, le chef de la diplomatie turque est revenu sur plusieurs dossiers majeurs, dont Gaza, la Syrie, l’Iran, la sécurité régionale et la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

À propos de Gaza, Hakan Fidan a indiqué que la position de la Türkiye consistait à
"apporter toute contribution possible au processus de paix en cours, sur les plans humanitaire, militaire ou politique"
. Il a précisé qu’Ankara se tenait prête à déployer des troupes au sein d’une force internationale de stabilisation,
"si une telle demande était formulée".
Le ministre a rappelé que la reprise des relations commerciales entre la Türkiye et Israël restait conditionnée à la fin de la guerre et à l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza.
"Notre problème n’est pas avec Israël en tant que tel, mais avec ses politiques dans la région, en particulier envers les Palestiniens, et plus récemment avec le génocide à Gaza"
, a-t-il insisté.

Syrie et sécurité nationale

Évoquant la situation en Syrie, Hakan Fidan a déclaré que la Türkiye soutenait, par principe, toute initiative de réconciliation entre les parties syriennes, "quels que soient les acteurs concernés", à condition que certains principes fondamentaux soient respectés. Il a toutefois souligné l’existence de "préoccupations spécifiques et de lignes rouges" liées à la sécurité nationale turque.

Il a qualifié d’important l’accord conclu entre le régime de Damas et le YPG/FDS, tout en rappelant que cette organisation constituait, selon Ankara, une extension du PKK en Syrie.
"Le PKK dispose de quatre branches opérant en Syrie, en Irak, en Iran et en Türkiye, avec des objectifs visant ces quatre pays",
a-t-il affirmé, tout en soulignant l’importance que la Türkiye accorde aux droits des Kurdes syriens.
Hakan Fidan a également dénoncé la présence, dans les zones contrôlées par le YPG/FDS, d’environ 300 combattants appartenant à des organisations de gauche turques, qui bénéficieraient selon lui d’un refuge leur permettant de mener des actions contre les forces de sécurité turques.
"Nous les connaissons tous, et ils le savent"
, a-t-il déclaré, en exigeant la fin de cette situation.
Concernant l’avenir institutionnel de la Syrie, le ministre a insisté sur le principe d’un État souverain et unitaire.
"Dans un État souverain et unitaire, il ne peut y avoir deux armées. Il doit exister une seule armée placée sous une autorité unique"
, a-t-il affirmé, estimant que les questions de police pouvaient faire l’objet de discussions entre Damas et le FDS.

Rôle des États-Unis et équilibres régionaux

Abordant la politique étrangère du président américain Donald Trump, Hakan Fidan a estimé que ses initiatives avaient eu "un impact significatif", notamment en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza et d’un arrêt de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Il a ajouté que les positions de Washington et d’Ankara convergeaient largement sur la Syrie, les États-Unis souhaitant voir le nouveau gouvernement syrien s’inscrire comme un acteur responsable au sein de la communauté internationale.

Il a salué les efforts régionaux et internationaux visant à soutenir la reconstruction de la Syrie, rappelant que la région faisait face depuis quatorze ans à deux défis majeurs : les flux massifs de réfugiés et la menace des organisations terroristes.

S’agissant de l’Iran, le ministre a indiqué que la Türkiye plaidait pour un renforcement de la coopération régionale, tout en soulignant la nécessité d’un changement de certaines pratiques et politiques. Il a estimé que, dans l’hypothèse d’une attaque israélienne, l’objectif principal d’Israël serait de détruire des capacités militaires iraniennes jugées critiques. Interrogé sur un éventuel projet de changement de régime en Iran, il a déclaré qu’Israël pourrait le souhaiter, mais que cela dépendrait avant tout du peuple iranien.

Sécurité régionale et architecture au Moyen-Orient

Questionné sur la fiabilité du parapluie sécuritaire américain après une frappe israélienne à Doha visant un bâtiment abritant une délégation du Hamas, Hakan Fidan a jugé que les pays du Golfe, et plus largement la région, avaient besoin de mécanismes de sécurité propres. Selon lui, l’objectif principal ne doit pas être la dissuasion, mais la construction d’une confiance durable entre les États.

Il a appelé à la mise en place d’accords régionaux "plus inclusifs", mettant en garde contre la formation de blocs exclusifs ou de nouvelles lignes de fracture.
"L’objectif doit être la création d’une plateforme de solidarité régionale"
, a-t-il déclaré, estimant qu’un tel processus pourrait débuter avec un nombre restreint de pays avant de s’élargir progressivement.

Guerre en Ukraine et sécurité européenne

Concernant la guerre entre la Russie et l’Ukraine, Hakan Fidan a estimé que les parties étaient
"plus proches que jamais d’un éventuel accord de paix"
, en comparaison avec les initiatives précédentes. Il a souligné le rôle central joué par la Türkiye dans les négociations liées au cessez-le-feu, aux échanges de prisonniers et aux questions humanitaires.

Selon lui, un futur accord de paix ne se limiterait pas à Moscou et Kiev, mais redéfinirait également les relations entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, notamment sur les plans économique et commercial.

Le ministre a enfin abordé l’avenir de la sécurité européenne et le rôle de l’OTAN. Il a estimé que, si des divisions venaient à s’accentuer au sein de l’Alliance transatlantique, l’Europe devrait renforcer sa propre capacité de défense. Il a proposé que le Royaume-Uni, la Türkiye et plusieurs grandes puissances européennes engagent des discussions approfondies sur une nouvelle architecture de sécurité européenne, fondée sur la résilience, la puissance et la dissuasion.

"Tant que nous ne disposerons pas d’une capacité de sécurité commune, nous continuerons à graviter autour des centres de gravité d’autres grandes puissances"
, a-t-il conclu.

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