
Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a affirmé que le différend entre la Türkiye et Israël ne visait pas l’existence de l’État israélien, mais ses politiques régionales, en particulier à l’égard des Palestiniens et "le génocide en cours à Gaza".
Dans un entretien accordé à la chaîne qatarie Al Jazeera, mené par le journaliste Resul Serdar Ataş, le chef de la diplomatie turque est revenu sur plusieurs dossiers majeurs, dont Gaza, la Syrie, l’Iran, la sécurité régionale et la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Syrie et sécurité nationale
Évoquant la situation en Syrie, Hakan Fidan a déclaré que la Türkiye soutenait, par principe, toute initiative de réconciliation entre les parties syriennes, "quels que soient les acteurs concernés", à condition que certains principes fondamentaux soient respectés. Il a toutefois souligné l’existence de "préoccupations spécifiques et de lignes rouges" liées à la sécurité nationale turque.
Rôle des États-Unis et équilibres régionaux
Abordant la politique étrangère du président américain Donald Trump, Hakan Fidan a estimé que ses initiatives avaient eu "un impact significatif", notamment en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza et d’un arrêt de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.
Il a ajouté que les positions de Washington et d’Ankara convergeaient largement sur la Syrie, les États-Unis souhaitant voir le nouveau gouvernement syrien s’inscrire comme un acteur responsable au sein de la communauté internationale.
Il a salué les efforts régionaux et internationaux visant à soutenir la reconstruction de la Syrie, rappelant que la région faisait face depuis quatorze ans à deux défis majeurs : les flux massifs de réfugiés et la menace des organisations terroristes.
S’agissant de l’Iran, le ministre a indiqué que la Türkiye plaidait pour un renforcement de la coopération régionale, tout en soulignant la nécessité d’un changement de certaines pratiques et politiques. Il a estimé que, dans l’hypothèse d’une attaque israélienne, l’objectif principal d’Israël serait de détruire des capacités militaires iraniennes jugées critiques. Interrogé sur un éventuel projet de changement de régime en Iran, il a déclaré qu’Israël pourrait le souhaiter, mais que cela dépendrait avant tout du peuple iranien.
Sécurité régionale et architecture au Moyen-Orient
Questionné sur la fiabilité du parapluie sécuritaire américain après une frappe israélienne à Doha visant un bâtiment abritant une délégation du Hamas, Hakan Fidan a jugé que les pays du Golfe, et plus largement la région, avaient besoin de mécanismes de sécurité propres. Selon lui, l’objectif principal ne doit pas être la dissuasion, mais la construction d’une confiance durable entre les États.
Guerre en Ukraine et sécurité européenne
Selon lui, un futur accord de paix ne se limiterait pas à Moscou et Kiev, mais redéfinirait également les relations entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, notamment sur les plans économique et commercial.
Le ministre a enfin abordé l’avenir de la sécurité européenne et le rôle de l’OTAN. Il a estimé que, si des divisions venaient à s’accentuer au sein de l’Alliance transatlantique, l’Europe devrait renforcer sa propre capacité de défense. Il a proposé que le Royaume-Uni, la Türkiye et plusieurs grandes puissances européennes engagent des discussions approfondies sur une nouvelle architecture de sécurité européenne, fondée sur la résilience, la puissance et la dissuasion.









