
Conduit à deux reprises au Bastion, siège de la police judiciaire à Paris, Ritchy Thibault sera jugé le 8 juillet. L’ancien collaborateur parlementaire LFI est poursuivi pour des discours et des publications sur X entre 2023 et 2026. Les qualifications retenues incluent l’incitation à la haine et l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. Placé en garde à vue à deux reprises en février, il est ressorti libre sans contrôle judiciaire. L’affaire soulève des interrogations sur le traitement pénal des prises de parole politiques. L'Edito de Nadia Meziane.
Trois jours de privation de liberté pour des mots, et un procès fixé au 8 juillet.
Il y a des noms qui disent quelque chose d’une époque.
Le Bastion porte bien le sien. Au 36 rue du Bastion, le siège de la police judiciaire jouxte le tribunal judiciaire de Paris. Police et justice presque mur contre mur. Les mots franchissent la rue et deviennent des dossiers.
Ces derniers mois, des militants engagés contre le génocide à Gaza, parmi lesquels de nombreux acteurs issus des mobilisations musulmanes, y ont été convoqués ou placés en garde à vue.
Quarante-huit heures de garde à vue d’abord.
Un peu plus de trente-et-une heures supplémentaires ensuite, convoqué le lundi à 8h30 et libéré le mardi vers 16h.
Trois jours de privation de liberté pour des propos publics.
Lors de sa dernière sortie, des Gilets jaunes, des militants de PEPS, son mouvement politique, des soutiens engagés pour la Palestine et d’autres acteurs du mouvement social étaient présents.
Une génération politisée sous pression
Engagé dans les luttes sociales et la défense de la cause palestinienne, ancien collaborateur parlementaire LFI, il s’est imposé comme une figure d’une gauche militante dont l’outil principal est la parole.
Une parole désormais criminalisée
Selon lui, la procédure actuelle ne porte pas seulement sur le discours prononcé le 7 février lors d’une manifestation contre les guerres et les impérialismes, discours qui a conduit à sa dernière garde à vue. Il affirme être inculpé pour des déclarations publiques et des tweets publiés entre septembre 2023 et début 2026. Les faits retenus ne concernent aucun acte de violence matérielle, mais exclusivement des prises de parole et des publications sur son compte X.
Cinq tweets critiquant la politique de Laurent Nuñez, alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur au moment des Gilets jaunes, aujourd’hui ministre de l’Intérieur, figureraient notamment dans la procédure.
Les qualifications mobilisées seraient lourdes : incitation à la haine, provocation à commettre diverses infractions, et jusqu’à l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.
Son procès aura lieu le 8 juillet, en plus de deux autres procédures déjà en cours, dont celle liée à son interpellation d’Emmanuel Macron au Salon de l’agriculture en 2024.
Février 2026: l’épisode déclencheur
Le 7 février dernier, à l’issue d’une manifestation contre les guerres et les impérialismes, il prend la parole à la tribune.
Quelques heures plus tard, il est interpellé par des policiers cagoulés, dans une mise en scène spectaculaire pour ce qui constitue, juridiquement, une prise de parole en manifestation. Garde à vue. Déferrement.
Le parquet requiert un contrôle judiciaire strict incluant notamment des restrictions d’expression. Le juge des libertés et de la détention refuse.
Le 23 février, nouvelle convocation au Bastion. Nouvelle garde à vue. Nouveau déferrement. Les réquisitions sont à nouveau rejetées.
La première garde à vue s’était conclue sans contrôle judiciaire. Quinze jours plus tard, il est de nouveau convoqué, placé en garde à vue puis déféré. Cette insistance procédurale interroge.
Il est ressorti libre, sans contrôle judiciaire, dans l’attente de son procès.
Un déplacement juridique
Le recours à des qualifications comme l’atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou la provocation à commettre diverses infractions ne relève pas du droit de la presse, mais du droit pénal de la sûreté.
Ce déplacement n’est pas neutre. Il permet de contourner les garanties procédurales historiquement attachées à la liberté d’expression et d’inscrire des propos politiques dans une logique de menace pour l’État.
La conflictualité sociale quitte alors le terrain du débat public pour entrer dans celui de la sécurité nationale.
Maintenir la parole
Le 8 juillet, un tribunal jugera des phrases.
Et, à travers elles, la place qu’occupe encore la parole contestataire dans la démocratie française.










