"Nulle part où s'enfuir": au sommet de Paris, les Etats insulaires soulignent leurs vulnérabilités

18:2921/06/2023, mercredi
MAJ: 22/06/2023, jeudi
AFP
Des militants écologistes ont accroché des banderoles contre la finance fossile sur la place du Trocadéro, à Paris, à la veille du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial. Crédit photo: LUDOVIC MARIN / AFP
Des militants écologistes ont accroché des banderoles contre la finance fossile sur la place du Trocadéro, à Paris, à la veille du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial. Crédit photo: LUDOVIC MARIN / AFP

Le sommet qui s'ouvre jeudi à Paris pour réimaginer le système financier mondial face au changement climatique est salué par les petits États insulaires, qui y voient une opportunité de faire mieux prendre en compte leurs vulnérabilités spécifiques.

Ce sommet
"est une très bonne nouvelle, parce que ça s'articule bien avec ce que l'on essaie de faire",
a déclaré à l'AFP l'ambassadeur Fatumanava Pa'olelei Luteru, qui préside l'Alliance des petits États insulaires (Aosis).

Ce groupe de 39 États insulaires et côtiers (Bahamas, Cuba, Fidji, Maurice, Seychelles...), particulièrement menacés par les conséquences du changement climatique comme la montée du niveau des océans et l'intensification des cyclones, est souvent en première ligne dans les négociations internationales sur le climat, dont les COP.

Ces pays, pour certains relativement prospères, souhaitent que l'accès au soutien financier international ne soit pas fondé uniquement sur des critères économiques -par exemple le revenu national brut (RNB)-, mais aussi sur la vulnérabilité.


"Si un cyclone arrive, il ne fait pas de différence: il ne connaît pas votre statut, si vous êtes un pays à faibles revenus, ou moyens, ou même élevés. Il va vous faire perdre des années de développement"
, souligne M. Luteru.

"En particulier les pays constitués d'atolls, parce que dans ces endroits, il n'y a nulle part où s'enfuir"
, ajoute le Samoan.

Aosis pousse ainsi à la prise en compte d'un indice de vulnérabilité multidimensionnel (MVI), fondé sur des données multiples au-delà de la seule richesse. M. Luteru explique:


C'est un outil, on ne dit pas que ça doit remplacer ou va remplacer la mesure du RNB. C'est d'une certaine manière un complément.

"La survie, un énorme défi"


La France, pays hôte du sommet, entend par ailleurs donner un
"élan politique"
à l'idée d'une taxe internationale sur les émissions de carbone du secteur du transport maritime, à deux semaines d'une réunion cruciale de l'Organisation maritime internationale (OMI).

"On devrait regarder toutes les possibilités"
, réagit le président d'Aosis.
"Mais évidemment dans le contexte de nos petites îles en développement, le secteur du transport maritime est critique pour nos exportations comme nos importations. Donc il faudra que l'on regarde cela attentivement."

Au-delà des questions financières, Aosis plaide pour une baisse des émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à la période 1850-1900. En pointant au passage le rôle crucial des grandes économie du G20 (Allemagne, Arabie saoudite, Brésil, Chine, États-Unis, France, etc.)


"Le plus important, c'est de regarder les plus grosses sources d'émissions, c'est là qu'on pourra faire une différence énorme, et elles viennent du G20: 80% des émissions mondiales proviennent du G20",
note M. Luteru et de continuer:

La survie pour nous est déjà un énorme défi. Nous sommes en première ligne chaque jour, particulièrement nos atolls de faible altitude. Si la mer monte, les gens n'y ont nulle part où s'enfuir.

Selon les experts climat de l'ONU (Giec), le niveau de la mer a augmenté de 15 à 25 cm entre 1900 et 2018, et devrait encore croître de 43 cm environ d'ici à 2100 dans un monde à +2°C, sans interruption possible.


La prochaine grande échéance internationale sur le climat sera la COP28, à la fin de l'année à Dubaï.

Sultan Al Jaber, président de la COP28, a été contesté par des ONG ou des élus occidentaux pour être en même temps patron de la compagnie pétrolière nationale émiratie Adnoc. Mais les États insulaires, dont certains soutiennent un traité de non-prolifération des énergies fossiles, y voient une occasion de parler franchement.


"Parfois, le but n'est pas juste de discuter avec ceux qui partagent votre perspective. Parfois, c'est aussi de rassembler ceux qui peut-être ont besoin d'être convaincus"
, estime le responsable Samoa.

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