La France envisage d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, mais la vérification de l’âge des internautes pose de lourds défis techniques et juridiques.
La France, qui envisage d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, teste depuis cet été une application de vérification de l’âge de la Commission européenne.
Cet outil fait partie des différentes méthodes de contrôle de l’âge des internautes, un casse-tête pour les géants de la tech comme pour les autorités.
Première solution : scanner son passeport, son permis de conduire ou tout autre document officiel d’identité pour prouver que l’on est âgé de 15 ans ou plus.
Mais cette formule a ses limites. Les adolescents pourraient utiliser les papiers d’un proche plus âgé.
Elle soulève également des questions de confidentialité des données personnelles, susceptibles de dissuader des internautes pourtant autorisés par la loi à fréquenter ces réseaux.
En Australie, premier pays à avoir imposé depuis décembre une telle interdiction aux moins de 16 ans, les autorités ont notifié aux plateformes qu’elles n’étaient pas en droit de demander la présentation d’un document d’identité, même en cas de doute sur l’âge. Cette vérification reste toutefois possible via un service extérieur.
Les utilisateurs de Snapchat peuvent ainsi prouver leur âge grâce à un compte bancaire australien ou en fournissant des documents d’identité à un service établi à Singapour, k-ID.
En France, le recours à des applications offrant des services similaires s’est accéléré en 2025 avec l’instauration du blocage des sites pornographiques aux moins de 18 ans. Certaines reposent sur le modèle du
: l’utilisateur prouve sa majorité en téléchargeant un document d’identité sur une application, tandis que le site internet reçoit uniquement l’information relative à l’âge du visiteur, sans connaître son identité.
Plusieurs pays, dont la France, testent depuis cet été une application de vérification de l’âge mise à disposition par la Commission européenne, permettant de définir l’âge minimum à imposer.
Elle fonctionne sur le même principe que les applications tierces : l’utilisateur prouve son âge via un document d’identité et peut ensuite accéder aux sites concernés par une simple validation d’une notification sur son téléphone.
Cette méthode est à l’étude chez TikTok et
"pourrait constituer un outil complémentaire efficace"
, a indiqué la plateforme dans une note de blog.
L’Union européenne prévoit également d’intégrer cette fonctionnalité dans son portefeuille d’identité numérique, conçu pour permettre aux utilisateurs de partager leurs documents officiels depuis leur téléphone. Ce dispositif repose sur la technologie cryptographique dite de
"zéro-connaissance" ("Zero-Knowledge Proofs")
, qui permet de prouver une information sans la révéler.
Autre méthode possible : le selfie. En Australie, les utilisateurs de Snapchat peuvent prendre une photo d’eux-mêmes à partir de laquelle k-ID estime leur âge.
Meta (Instagram, Facebook) a, de son côté, confié cette tâche à la start-up londonienne Yoti, dont l’outil d’intelligence artificielle (IA) peut estimer l’âge d’un internaute en moins d’une minute. Yoti affirme supprimer toutes les données collectées à l’issue du processus.
Mais certains observateurs redoutent des résultats erronés, notamment pour les personnes proches de l’âge limite, ainsi que des techniques de contournement que pourraient développer de jeunes enfants. Ces outils doivent en outre respecter des exigences légales strictes.
En France, l’autorité chargée de la protection des données personnelles rappelle que le contrôle de l’âge conduit
"à collecter des données et présente des risques pour la vie privée"
.
Analyse des comportements
La plupart des réseaux sociaux, qui interdisaient jusqu’à présent l’accès aux moins de 13 ans sur simple déclaration d’âge, disposent déjà d’outils de suivi pouvant mener à la vérification, voire à la suppression, d’un compte soupçonné d’appartenir à un mineur.
Ces outils s’appuient sur l’activité des utilisateurs pour détecter d’éventuelles fraudes : photo de profil, messages d’anniversaire reçus, contenus consultés, etc.
TikTok a indiqué avoir supprimé 642.000 comptes soupçonnés d’appartenir à des moins de 13 ans en France en 2024.
Ces pratiques, déjà utilisées pour personnaliser la publicité (sauf pour les comptes de mineurs dans l’UE), soulèvent également des questions de confidentialité et de fiabilité.
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