Éthiopie-Türkiye: une alliance stratégique au cœur du nouvel équilibre africain

Moussa Hissein Moussa
09:1524/02/2026, الثلاثاء
MAJ: 24/02/2026, الثلاثاء
Yeni Şafak

La visite officielle de Recep Tayyip Erdoğan à Addis-Abeba marque un tournant dans les relations entre La Türkiye et l’Éthiopie. Axée sur la sécurité régionale, le commerce et la coopération technologique, cette alliance s’inscrit dans un contexte de recomposition géopolitique en Corne de l’Afrique. Membre des BRICS et acteur central du continent, l’Éthiopie cherche à consolider sa souveraineté stratégique, tandis que La Türkiye renforce son ancrage africain à travers une diplomatie pragmatique et multidimensionnelle.

Après onze ans d’absence, le président de Türkiye, Recep Tayyip Erdoğan, a effectué une visite officielle à Addis-Abeba, marquant un tournant dans les relations bilatérales entre les deux pays. Reçu par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le chef de l’État turc a délivré un message sans ambiguïté : la Corne de l’Afrique ne doit pas devenir un terrain de rivalités étrangères, et les différends régionaux doivent être réglés par les acteurs concernés eux-mêmes.


Cette visite intervient dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes, notamment autour de la question du Somaliland et des équilibres sécuritaires en mer Rouge. En réaffirmant son opposition à toute reconnaissance unilatérale susceptible de fragiliser la stabilité régionale, la Türkiye s’inscrit dans une approche axée sur la préservation des équilibres étatiques et la consolidation des institutions nationales.


L’enjeu dépasse cependant le seul cadre diplomatique. L’Éthiopie occupe une place singulière dans l’architecture politique africaine. Deuxième pays le plus peuplé du continent, siège de l’Union africaine, elle est également l’un des rares États africains à ne pas avoir connu de colonisation, ce qui nourrit un récit national fortement ancré dans la souveraineté et l’indépendance.


L’adhésion récente de l’Éthiopie aux BRICS confirme son ambition de jouer un rôle accru dans la recomposition de l’ordre mondial. À travers ce forum regroupant plusieurs puissances émergentes, Addis-Abeba affirme son inscription dans un Sud global en quête d’une représentation plus équilibrée dans les institutions internationales.


Un partenariat économique et sécuritaire en expansion


Les discussions entre Ankara et Addis-Abeba ont porté sur des secteurs stratégiques : commerce, énergie, agriculture, éducation et communications. Les deux parties ont affiché un objectif clair : atteindre un milliard de dollars d’échanges commerciaux.


La présence d’entreprises turques en Éthiopie s’est progressivement consolidée ces dernières années, notamment dans les domaines du textile, des infrastructures et de l’industrie manufacturière.


La dimension sécuritaire constitue également un pilier central de la relation bilatérale. Durant la guerre contre le groupe rebelle Tigré, la Türkiye a renforcé sa coopération technologique et militaire avec Addis-Abeba.


Cette collaboration a contribué à modifier l’équilibre opérationnel sur le terrain, confirmant le rôle d’Ankara comme partenaire stratégique majeur.


Dans une région marquée par les recompositions géopolitiques et la compétition des puissances, la coopération turco-éthiopienne apparaît comme un levier d’autonomisation stratégique pour Addis-Abeba.


Pour la Türkiye, elle s’inscrit dans une politique africaine de long terme, caractérisée par l’ouverture de nouvelles ambassades, le développement des échanges économiques et l’intensification des partenariats institutionnels.


Accès à la mer et repositionnement géopolitique


Au cours des échanges, Abiy Ahmed a rappelé une priorité nationale constante depuis 1993 : l’accès stable à la mer. Depuis l’indépendance de l’Érythrée, l’Éthiopie est devenue un État enclavé, dépendant principalement des infrastructures portuaires djiboutiennes.


Cette situation structure la stratégie géoéconomique d’Addis-Abeba et explique l’importance accordée aux corridors logistiques et aux partenariats régionaux.


Dans ce contexte, la relation avec la Türkiye ne se limite pas à une coopération bilatérale classique. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de redéfinition des alliances en Afrique. Face à la montée en puissance de nouveaux acteurs globaux et à la transformation des équilibres en mer Rouge, Addis-Abeba cherche à diversifier ses partenariats afin de préserver sa marge de manœuvre stratégique.


La visite présidentielle s’est conclue par la signature de plusieurs accords de coopération et par un geste symbolique : la remise d’une voiture électrique turque Togg au Premier ministre éthiopien. Au-delà de l’image, ce symbole technologique illustre la volonté d’ancrer la relation dans des secteurs d’innovation et de transition énergétique.


L’alliance entre la Türkiye et l’Éthiopie reflète ainsi une double dynamique. D’une part, elle témoigne de l’affirmation d’Addis-Abeba comme acteur central de la Corne de l’Afrique et du Sud global. D’autre part, elle confirme l’ancrage africain croissant de la diplomatie turque.


Entre ambitions économiques, impératifs sécuritaires et repositionnements géopolitiques, le partenariat turco-éthiopien s’impose comme l’un des axes structurants du nouvel équilibre régional.


Dans une Afrique en mutation rapide, Addis-Abeba demeure un centre stratégique incontournable, tandis que la Türkiye consolide sa présence sur le continent à travers une diplomatie pragmatique et multidimensionnelle.


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