Quand le Halal devient un écran de fumée

09:1015/01/2026, jeudi
MAJ: 15/01/2026, jeudi
Fatih Karakaya

La polémique autour des restaurants KFC, Quick ou Five Guys proposant du Halal en France a, une nouvelle fois, enflammé les débats. Ainsi, on accuse ces enseignes de céder à une prétendue "islamisation" de l’alimentation, comme si les musulmans, en consommant selon leurs convictions, imposaient leur loi. Pourtant, cette controverse repose sur un malentendu largement entretenu : ce ne sont pas les musulmans qui ont décidé de cette évolution, mais les multinationales. Et leur motivation n’a rien de

La polémique autour des restaurants KFC, Quick ou Five Guys proposant du Halal en France a, une nouvelle fois, enflammé les débats. Ainsi, on accuse ces enseignes de céder à une prétendue
"islamisation"
de l’alimentation, comme si les musulmans, en consommant selon leurs convictions, imposaient leur loi. Pourtant, cette controverse repose sur un malentendu largement entretenu :
ce ne sont pas les musulmans qui ont décidé de cette évolution, mais les multinationales.
Et leur motivation n’a rien de religieux. Elle est strictement commerciale.
D'ailleurs, on nous martèle l’idée que manger Halal ferait de toi un musulman. Mais alors,
boire un Coca-Cola
ou manger un burger chez McDo ferait de toi
un Américain pro-Trump
, partisan de la NSA et des guerres en Irak ? Évidemment que non. Personne ne s’offusque quand on mange un croissant avec un café, pourtant profondément ancrés dans une culture chrétienne et bourgeoise.
Alors pourquoi le Halal dérange-t-il autant ?
Parce qu’il est plus facile de pointer du doigt une minorité que de remettre en question un système qui nous fait avaler n’importe quoi, au sens propre comme au figuré.

Les musulmans, boucs émissaires d’une décision capitaliste

Les entreprises ne se convertissent pas à l’islam. Elles s’adaptent à un marché. En France, la demande en viande Halal existe, qu’on le veuille ou non, et ces géants du fast-food ont choisi d’y répondre pour maximiser leurs profits. Alors, le problème n’est pas la présence du Halal, mais l’hypocrisie d’un système qui instrumentalise les convictions religieuses pour vendre davantage, tout en se drapant dans une neutralité de façade.

Les musulmans, eux, n’ont rien
"imposé"
. En effet, ils sont devenus une cible marketing parmi d’autres, au même titre que les végétariens ou les consommateurs de produits bio.
La différence, c’est que leur pratique alimentaire dérange, car elle est associée à une religion encore largement stigmatisée en France.
Et c’est là que le piège se referme. Plutôt que de questionner les dérives du capitalisme, qui transforme nos assiettes en produits standardisés sans se soucier de leur qualité, on préfère désigner une communauté comme responsable.
Comme si manger un sandwich Halal chez Quick relevait d’une adhésion idéologique.

Halal vs boycott : une stratégie de diversion

Faut-il aussi rappeler que ces mêmes multinationales sont régulièrement dénoncées pour leur soutien à Israël, un sujet qui devrait interpeller bien au-delà des seuls cercles musulmans.
En Türkiye, par exemple, KFC a dû fermer tout ses restaurants à cause du boycott très suivi.
En proposant du Halal, elles tentent, alors, de désamorcer les appels au boycott portés par des consommateurs solidaires de la cause palestinienne. Une manœuvre habile : donner des gages à une partie de la clientèle tout en poursuivant des liens économiques controversés. Mais cela ne fait pas d’elles des alliées des musulmans.
Leur seule allégeance va, donc, au profit.
Il ne faut pas non plus oublier que ces chaînes sont avant tout les symboles de la malbouffe. Produits ultra-transformés, additifs, graisses saturées, sucre en excès : le tableau est connu. Le label Halal ne change rien à cette réalité. Il ne garantit ni la qualité, ni l’éthique, ni même, parfois, le respect réel des normes religieuses, surtout en France.
Les scandales répétés, comme celui des poulets Doux faussement étiquetés ou contaminés par du porc
, rappellent que le marché du Halal en France est loin d’être exemplaire. Fraudes, contrôles insuffisants, chaînes de production mixtes : le consommateur musulman est souvent le premier trompé.

La fausse guerre des religions

De même, certains milieux chrétiens dénoncent le Halal comme une menace, allant jusqu’à parler d’
"impureté"
. Mais en quoi la manière dont un animal est abattu mettrait-elle en danger la laïcité ? Le Halal n’est pas un étendard religieux brandi dans l’espace public,
mais une norme alimentaire
, au même titre que le casher ou le végétarisme. Personne ne s’indigne de voir des rayons casher dans les supermarchés, ni des produits estampillés
"Noël"
, pourtant issus d’une tradition chrétienne. Sauf si on est adepte de la théorie :
"On est chez nous!"
. Of course!
La différence est ailleurs. L’islam reste perçu comme une religion étrangère, suspecte. Toute visibilité musulmane est interprétée comme une provocation.
Pendant ce temps, Noël,
fête religieuse par essence, est devenu une gigantesque opération commerciale. Le véritable blasphème n’est pas le Halal, mais l’hypocrisie d’un système qui vide les convictions de leur sens pour mieux les monnayer.

L’extrême droite et le fantasme du complot alimentaire

De même, sans surprise, l’extrême droite s’empare du sujet et y voit la preuve d’un
"grand remplacement"
par l’assiette. Pourtant, les chiffres sont clairs : le Halal ne représente qu'entre 5 et 10 % de la consommation totale de viande en France. Le reste est constitué de viande industrielle, produite dans des conditions souvent discutables, mais jugée acceptable tant qu’elle reste dite
"neutre".
Cette agitation permanente masque les véritables enjeux.
Qui contrôle la filière Halal ?
Qui en tire les profits ? Bien souvent, ce ne sont pas les fidèles, mais des acteurs économiques parfaitement indifférents aux considérations religieuses. Le débat n’est pas théologique, il est économique. Tant que l’attention se focalise sur le rituel d’abattage, on évite de parler d’exploitation des travailleurs, de conditions d’élevage ou d’impact environnemental.

Halal : un label, pas une révolution

Pour un musulman, manger Halal est une obligation religieuse. Pour les autres, cela devrait relever d’une indifférence respectueuse.
Personne ne devient musulman en croquant un nugget.
Pourtant, le Halal est érigé en symbole d’un supposé communautarisme.
Ainsi, la vraie question n’est pas de savoir si un poulet a été abattu en prononçant une formule religieuse. Elle est de savoir qui décide de ce que nous mangeons, comment cette nourriture est produite et à quel prix humain, social et écologique. Les multinationales l’ont compris depuis longtemps : tant que nous nous déchirerons sur des symboles,
elles continueront à vendre n’importe quoi.
La prochaine fois qu’une polémique sur le Halal surgira, il faudra se poser une seule question : à qui profite-t-elle vraiment ?
Certainement pas aux musulmans, ni aux consommateurs.
Mais toujours aux mêmes.
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