Les troubles de cette année mouvementée, provoqués par des quotas controversés dans la fonction publique, ont fait environ 1 400 morts et des milliers de blessés, selon l’ONU. Hasina a été contrainte de fuir vers l’Inde, où elle se trouve toujours.
Lors de la 13e élection parlementaire du pays, plus de 127 millions d’électeurs éligibles doivent désormais définir la nouvelle trajectoire nationale après 15 ans de gouvernement de la Ligue Awami et deux années d’administration intérimaire.
Près d’un quart du corps électoral est composé de primo-votants. Beaucoup ont joué un rôle de premier plan dans les manifestations de juillet-août 2024 et réclament aujourd’hui un changement profond de la culture politique et administrative.
Le scrutin législatif se tient parallèlement à un référendum sur des réformes politiques et institutionnelles.
Plus de 2 000 candidats, représentant plus de 50 partis ainsi que des indépendants, briguent les 300 sièges du Parlement. L’assemblée compte également 50 sièges réservés aux femmes, attribués aux partis en fonction de leur pourcentage de voix.
L’élection oppose principalement deux rivaux, surtout après l’interdiction faite au parti de Hasina, la Ligue Awami, de participer: d’anciens alliés, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et le Bangladesh Jamaat-e-Islami.
Les deux formations dirigent des alliances.
Le BNP est conduit par Tarique Rahman, qui a pris la tête du parti après le décès de sa mère, l’ancienne Première ministre Khaleda Zia.
Après avoir vécu en exil au Royaume-Uni pendant des décennies, il est rentré au Bangladesh à la suite de sa disparition.
Le parti mène une alliance de dix formations. Le BNP présente des candidats dans 292 des 300 circonscriptions, laissant les autres à ses partenaires de coalition.
Il promet notamment de bâtir un Bangladesh où
"le terrorisme, la corruption et les discriminations sont éliminés"
, de limiter le mandat du Premier ministre à 10 ans et d’apporter un soutien financier aux familles marginalisées et à faibles revenus.
Une alliance de 11 partis a également été formée autour du Bangladesh Jamaat-e-Islami, interdit durant des années sous Hasina. Elle est en lice dans 224 circonscriptions.
Shafiqur Rahman dirige cette formation.
Le National Citizen Party (NCP), dont les dirigeants ont été à l’avant-garde du
ayant renversé le gouvernement Hasina, fait aussi partie de l’alliance. Il concourt dans 30 sièges.
Les autres circonscriptions reviennent à des partenaires supplémentaires.
Le Jamaat a promis de soutenir l’accès des jeunes aux responsabilités de l’État ainsi que des réformes judiciaires, éducatives et économiques.
Selon une enquête relayée par le quotidien national Prothom Alo, l’alliance du BNP pourrait obtenir 44,1 % des suffrages, tandis que celle dirigée par le Jamaat-e-Islami suivrait de près avec 43,9 %.
Environ 1,7 % des électeurs soutiennent le parti conservateur Jatiya Party (JaPa), tandis que 6,5 % demeurent indécis, d’après une étude de l’International Institute of Law and Diplomacy.
"La plupart des prévisions fiables montrent qu’un écart très étroit pourrait apparaître dans la popularité des deux alliances"
, a déclaré à la presse Zakaria Polash, coordinateur stratégique de la Communication and Research Foundation basée à Dacca.
Les partis doivent obtenir 151 sièges pour disposer d’une majorité de gouvernement.
Les électeurs votent avec en tête le souvenir du soulèvement de 2024, les pressions financières et la corruption.
La question centrale qui façonne les attentes est la reconstruction du pays afin que les citoyens puissent vivre dans la dignité et la paix, mises à mal durant les années de Hasina, selon Polash.
Une forte demande porte sur la création d’emplois, notamment pour les 45,9 millions de jeunes, ainsi que sur des mesures décisives contre la corruption et le blanchiment d’argent.
"Le parti qui promet les dispositifs les plus efficaces pour endiguer la corruption obtiendra une plus grande adhésion"
, a estimé Polash.
En janvier, l’inflation globale au Bangladesh s’élevait à 8,58 %.
Référendum sur les réformes
En parallèle du vote, un référendum demande aux électeurs d’approuver ou de rejeter la
, vaste plan de réformes élaboré par la Commission du consensus national du gouvernement intérimaire.
Le document comprend plus de 80 propositions destinées à refondre la gouvernance, dont des limites de mandat pour le Premier ministre, un élargissement des pouvoirs présidentiels, la protection de l’indépendance judiciaire, une représentation accrue des femmes et l’extension des droits fondamentaux, selon l’International Institute for Democracy and Electoral Assistance.
L’approbation obligerait le nouveau Parlement à appliquer ces réformes dans un délai fixé — 180 jours ouvrables ou 270 jours calendaires — tandis qu’un rejet laisserait leur adoption à la discrétion du gouvernement.
La charte a été soutenue par 24 partis politiques en octobre dernier, même si certaines dispositions restent contestées.
Au-delà de sa portée symbolique après le soulèvement, l’élection est perçue comme un nouveau départ pour l’orientation future de la politique intérieure et étrangère du Bangladesh.
À court terme, la tenue même du scrutin constitue
"la plus grande réussite des réformes du pays, car à travers lui, le pays s’engage vers une transition démocratique"
, a estimé Polash.
À plus long terme,
"cette élection conduit clairement le pays vers un changement de paradigme stratégique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur"
, a-t-il ajouté.
Cette évolution devrait amener les puissances régionales à revoir leur approche, en privilégiant les intérêts du peuple bangladais plutôt que de
"sélectionner certains groupes politiques pour servir leurs propres objectifs"
, selon lui.
"Quel que soit le parti ou l’alliance vainqueur, il fera face à une forte pression pour prioriser les intérêts nationaux tout en gérant les relations diplomatiques avec les puissances extérieures, car une opposition importante existera à l’intérieur du pays"
, a-t-il conclu.