Conférence de Berlin : 1,5 milliard d’euros promis pour le Soudan, face à une crise humanitaire "sans précédent"

La rédaction avec
18:0417/04/2026, vendredi
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Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf (au centre), s'exprime aux côtés du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lors de la troisième conférence internationale sur le Soudan, qui s'est tenue au ministère des Affaires étrangères à Berlin le 15 avril 2026.
Crédit Photo : ODD ANDERSEN / AFP
Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf (au centre), s'exprime aux côtés du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lors de la troisième conférence internationale sur le Soudan, qui s'est tenue au ministère des Affaires étrangères à Berlin le 15 avril 2026.

La communauté internationale a promis environ 1,5 milliard d’euros d’aide humanitaire au Soudan lors d’une conférence organisée mercredi à Berlin, alors que le conflit opposant l’armée aux paramilitaires entre dans sa quatrième année et que la situation humanitaire continue de se dégrader.

Dans une déclaration finale, les organisateurs, Allemagne, France, Royaume-Uni, États-Unis, Union africaine et Union européenne, ont précisé que près de la moitié de cette enveloppe, soit environ 750 millions d’euros, provient de l’Union européenne et de ses États membres.
Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul a salué un
"signe positif"
dans un contexte de recul global des financements humanitaires, soulignant que les promesses dépassent celles de la précédente conférence de Londres, qui avait permis de mobiliser 850 millions d’euros.
Ces engagements restent toutefois insuffisants au regard des besoins. Le secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, Tom Fletcher, a estimé que 2,2 milliards de dollars (environ 1,8 milliard d’euros) seraient nécessaires pour répondre à l’urgence en 2026.
Selon les Nations unies, plus de 20 millions de personnes, soit près de la moitié de la population soudanaise, souffrent de faim aiguë, tandis que le nombre de déplacés dépasse désormais 13 millions. Le bilan humain
"se chiffre probablement en centaines de milliers"
, selon les autorités allemandes.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a appelé à un cessez-le-feu immédiat, qualifiant le conflit de
"cauchemar"
qui doit
"prendre fin"
.
La réunion de Berlin, qui a rassemblé plus de 50 États ainsi que des organisations internationales et de la société civile, n’a toutefois pas permis de percée diplomatique. Les deux parties au conflit, l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire, n’étaient pas invitées, écartant toute avancée immédiate vers une trêve.

"Milice terroriste"

Le représentant américain Massad Boulos a appelé à une
"pause de trois mois"
dans les hostilités, tandis que les participants ont exhorté les acteurs influents à accentuer la pression sur les belligérants.
Dans le même temps, les autorités soudanaises ont vivement critiqué l’initiative. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une conférence organisée sans consultation préalable avec Khartoum, y voyant une
"approche de tutelle coloniale"
de la part de certains pays occidentaux.
Le gouvernement soudanais a estimé que cette démarche traduisait un
"mépris"
pour les institutions nationales et a rejeté toute tentative de traiter des affaires du pays sans son aval. Il a également mis en garde contre une
"mise sur un pied d’égalité"
entre l’armée nationale et les Forces de soutien rapide, qualifiées de
"milice terroriste"
, jugeant qu’une telle approche pourrait porter atteinte à la sécurité régionale.
Khartoum a toutefois affirmé rester ouvert à des initiatives de paix
"sérieuses et équitables"
, à condition qu’elles respectent la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.

Guerre au Soudan

La guerre, déclenchée en 2023 entre l’armée régulière et les paramilitaires des FSR, a plongé le Soudan dans ce que l’ONU décrit comme
"la pire crise humanitaire au monde"
. Le pays, troisième plus vaste d’Afrique, est marqué par des destructions massives d’infrastructures et un effondrement des conditions de vie.
Depuis le début de l’année, près de 700 civils ont été tués dans des frappes de drones, selon les Nations unies, notamment dans les régions du Kordofan-Sud et du Nil Bleu.

À Khartoum, reprise par l’armée en 2025, un calme relatif s’est installé, permettant le retour d’environ 1,7 million de personnes et une reprise partielle des activités. La capitale reste toutefois fortement marquée par les combats, avec la présence de nombreux engins non explosés.

Sur le plan diplomatique, les initiatives menées par le "Quad", États-Unis, Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Égypte, n’ont jusqu’à présent pas abouti, tandis que les Nations unies appellent à la fin des
"ingérences extérieures"
et des flux d’armes alimentant le conflit.

La famine a été déclarée dans plusieurs zones, notamment au Darfour-Nord et au Kordofan-Sud, et l’appel humanitaire des Nations unies reste financé à hauteur de seulement 16 %, illustrant l’ampleur du déficit face à une crise qui continue de s’aggraver.​​​​​​​


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