Procès Lafarge : l’entreprise et plusieurs anciens dirigeants condamnés pour financement du terrorisme en Syrie

La rédaction avec
16:2913/04/2026, lundi
MAJ: 13/04/2026, lundi
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Solange Doumic, avocate de Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge, s'adresse à la presse après le verdict rendu dans le procès du groupe cimentier français Lafarge, accusé de financement du terrorisme en Syrie, au palais de justice de Paris, le 13 avril 2026.
Crédit Photo : BEHROUZ MEHRI / AFP
Solange Doumic, avocate de Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge, s'adresse à la presse après le verdict rendu dans le procès du groupe cimentier français Lafarge, accusé de financement du terrorisme en Syrie, au palais de justice de Paris, le 13 avril 2026.

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu lundi son verdict dans l’affaire Lafarge, reconnaissant le cimentier français et plusieurs anciens responsables coupables de financement du terrorisme en Syrie, dans un dossier aux implications juridiques et politiques majeures.

Selon la décision judiciaire, suivie sur place par le correspondant Anadolu, Lafarge S.A. (holding) a été condamnée à l’amende maximale de 1,125 million d’euros et devra publier un communiqué relatif à sa condamnation, ainsi que prendre en charge les frais de justice des parties civiles.

Le tribunal a estimé que l’entreprise avait procédé, entre 2013 et 2014, à des versements à plusieurs groupes armés opérant en Syrie, dont des organisations qualifiées de terroristes, afin de maintenir l’activité de son usine dans un contexte de guerre.

Au total, ces paiements sont évalués à près de 5,6 millions d’euros, dont plus de 500 000 euros auraient bénéficié à Daech, selon les éléments retenus par la juridiction.

Le tribunal a considéré que ces financements avaient constitué
"un soutien financier inédit"
ayant permis aux groupes concernés de poursuivre leurs activités, y compris des attaques terroristes, notamment celles commises en 2015 en France. Il a également estimé que ces flux financiers avaient contribué à la diffusion de leur idéologie, portant atteinte à
"l’intégrité de la Nation"
.

Des peines de prison ferme pour plusieurs responsables

Parmi les anciens dirigeants jugés, l’ex-PDG Bruno Lafont a été condamné à six ans de prison ferme avec exécution immédiate, assortis d’une amende de 225 000 euros.

Christian Herrault, ancien directeur général de zone, a été condamné à cinq ans de prison ferme et à une amende de 225 000 euros.

D’autres responsables ont également été sanctionnés. Bruno Pescheux, ancien directeur de l’usine en Syrie, a écopé de cinq ans de prison ferme, tandis que son successeur Frédéric Jolibois a été condamné à trois ans de prison, dont deux ans ferme, et à une amende de 80 000 euros.

Des intermédiaires et responsables de sécurité impliqués dans le dossier ont également été condamnés à des peines de prison ferme allant de 18 mois à 7 ans, assorties d’amendes et, dans certains cas, d’interdictions du territoire français.

Parmi eux, Firas Tlass, intermédiaire syrien jugé en son absence, a été condamné à sept ans de prison ferme, une amende de 225 000 euros et une interdiction du territoire français.

Une décision à forte portée juridique et politique

Le tribunal a estimé que les paiements effectués par Lafarge à plusieurs organisations armées, dans le but de maintenir son activité industrielle en Syrie en pleine guerre civile, constituaient un financement du terrorisme au sens du droit pénal français.

L’affaire, suivie de près depuis plusieurs années, soulève des questions sur la responsabilité des entreprises opérant dans des zones de conflit et sur les limites de leurs stratégies de continuité d’activité en contexte de guerre.

Cette décision marque une étape majeure dans l’un des procès économiques et judiciaires les plus sensibles impliquant une multinationale française.


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