Au Nigeria, les Etats-Unis veulent renforcer leur stratégie contre Daech

La rédaction avec
13:0026/01/2026, Pazartesi
AFP
Les forces américaines ont livré du matériel militaire essentiel à leurs partenaires nigérians à Abuja, le 13 janvier 2026.
Crédit Photo : @USAfricaCommand / X
Les forces américaines ont livré du matériel militaire essentiel à leurs partenaires nigérians à Abuja, le 13 janvier 2026.

L'armée américaine accroît ses livraisons de matériel et le partage de renseignements avec le Nigeria, dans le cadre d'une stratégie visant à traquer les terroristes de Daech en coopération avec les forces armées africaines, a déclaré un haut responsable du commandement des Etats-Unis pour l'Afrique (Africom).

Le Pentagone maintient également une coopération sécuritaire avec le Burkina Faso, le Mali et le Niger, dirigés par des juntes militaires, a précisé à l'AFP le général John Brennan lors d'une interview en marge de discussions sécuritaires entre les Etats-Unis et le Nigeria à Abuja, la semaine dernière.

Le renforcement de la coopération intervient après les pressions diplomatiques exercées par Washington sur Abuja concernant les violences perpétrées par des terroristes et autres groupes armés mais aussi alors que l'armée américaine devient
"plus agressive"
dans la poursuite de membres de Daech en Afrique, a expliqué M. Brennan.
Sous l'administration du président américain Donald Trump,
"nous sommes devenus beaucoup plus agressifs et nous travaillons avec des partenaires pour cibler de manière cinétique les menaces, principalement Daech"
, a ajouté le général américain.
"De la Somalie au Nigeria, les problématiques sont liées. Nous essayons donc de les démanteler et de fournir aux partenaires les informations dont ils ont besoin"
, a-t-il ajouté.
"Il s'agit davantage de renforcer les capacités des partenaires, puis de leur fournir des équipements et des moyens avec moins de restrictions afin qu'ils puissent être plus efficaces",
a poursuivi le général.
La réunion à Abuja a eu lieu près d'un mois après des frappes conjointes menées le jour de Noël contre des cibles liées à l'EI dans le nord-ouest du Nigeria.


Pressions diplomatiques de Washington

La coopération des deux armées s'inscrit également dans un contexte de pression diplomatique de Washington, le président américain dénonçant ce qu'il qualifie de
"génocide"
et de
"persécution"
des chrétiens.
Ces accusations sont rejetées par le gouvernement nigérian et par la majorité des experts, qui estiment que les attaques dans le pays visent indistinctement des civils musulmans et chrétiens.
Lors des discussions à Abuja, Allison Hooker, secrétaire d'Etat adjointe américaine aux affaires politiques, a exhorté le gouvernement nigérian à
"protéger les chrétiens"
, dans un discours ne mentionnant pas les victimes musulmanes des groupes armés.

Pays le plus peuplé d'Afrique avec environ 230 millions d'habitants, le Nigeria est presque également partagé entre un nord majoritairement musulman et un sud principalement chrétien.

Si des millions de personnes y vivent pacifiquement côte à côte, l'identité religieuse et ethnique reste néanmoins un sujet sensible dans ce pays marqué par des violences confessionnelles.

John Brennan a assuré à l'AFP que le renseignement américain ne se limiterait pas à la protection des chrétiens.

Il a précisé qu'après les frappes américaines dans l'Etat de Sokoto (nord-ouest) à Noël, le soutien des Etats-Unis se concentrerait sur le partage de renseignements pour appuyer les frappes aériennes nigérianes dans cette région, ainsi que dans le nord-est, où une insurrection terroriste menée par Boko Haram et sa faction dissidente, Daech en Afrique de l'Ouest (ISWAP), sévit depuis 2009.

Daech est
"notre groupe le plus préoccupant",
a souligné le général américain.
Des analystes suivent depuis plusieurs mois les vols de surveillance américains au-dessus du pays, mais certains s'interrogent sur l'efficacité du seul appui aérien face à des groupes armés enracinés dans des zones rurales fragilisées.

Collaboration avec les juntes militaires

La coopération entre Washington et Abuja s'orientera vers
"le spectre du partage de renseignements, le partage de tactiques, techniques et procédures, ainsi que sur l'aide à l'acquisition de nouveaux équipements"
, a précisé M. Brennan.

Les frappes conjointes menées par les Etats-Unis et le Nigeria en décembre dernier ont visé des terroristes en lien avec Daech du Sahel (ISSP), a-t-il ajouté.

Des analystes s'inquiètent de la propagation de ce groupe vers les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest comme le Nigeria.

L'impact réel des frappes conjointes demeure difficile à évaluer, des journalistes locaux et internationaux n'ayant pas pu confirmer le niveau des pertes infligées aux jihadistes.

Interrogé sur leur efficacité, le ministre nigérian de l'Information, Mohammed Idris, a déclaré la semaine dernière qu'il s'agissait
"encore d'un travail en cours".
Dans la région du Sahel, le général américain a indiqué que les Etats-Unis
"collaborent toujours"
avec les gouvernements issus de juntes militaires au Burkina Faso, au Mali et au Niger, malgré la suspension partielle de leur coopération sécuritaire après les coups d'Etat menés entre 2020 et 2023.
"Nous collaborons toujours. Nous avons même partagé des informations avec certains d'entre eux pour frapper des cibles terroristes clés"
, a-t-il dit.
"Nous parlons toujours à nos partenaires militaires dans les Etats sahéliens, même si ce n'est pas officiel".

Le responsable de l'Africom a également indiqué que les Etats-Unis ne cherchent pas à remplacer leurs bases au Niger après l'expulsion de leurs troupes par la junte.

"Nous ne cherchons pas à créer une base de drones n'importe où"
, a-t-il déclaré, en référence à l'arrêt des opérations américaines à Agadez, au Niger.
"Nous ne cherchons pas à établir des bases à long terme dans des pays d'Afrique de l'Ouest"
, a affirmé le général américain.

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