
Ouvert le 26 janvier devant la cour d’assises spéciale, le procès en appel de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine se poursuit notamment autour d’un enjeu central : la qualification du rôle d’Abdelhakim Sefrioui dans les événements ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre 2020.
Condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, Sefrioui n’est pas poursuivi pour une participation directe à l’attentat.
Dans un courrier adressé à la présidente de la cour et consulté par Anadolu, ses avocats entendent désormais démontrer que le portrait radicalisé dressé à postériori par l’accusation ne correspond en rien à l’évaluation qui prévalait jusqu’alors dans les services de l’État.
Des questions adressées à Laurent Nuñez
Daté du 30 janvier 2026, le courrier demande que soient posées à Laurent Nuñez, actuel ministre de l’Intérieur et ancien coordinateur national du renseignement, une série de questions précises sur le suivi administratif de leur client. Si celui-ci n’a pas été autorisé à déposer à la barre, ses propos devraient être recueillis à l’écrit par le premier président de la cour d’appel de Paris avant d’être versés au dossier.
Interrogé par Anadolu, Me Brengarth, assure que cette démarche vise à mettre en lumière une contradiction juridique.
Une surveillance sans qualification de radicalité
La défense souhaite en premier lieu interroger l’ancienneté du suivi dont faisait l’objet Abdelhakim Sefrioui.
Le courrier insiste en outre sur l’absence de toute mesure coercitive à l’encontre de Sefrioui, y compris durant les périodes de renforcement des pouvoirs de l’État.
L’absence de judiciarisation
Les avocats, parmi lesquels Me Vincent Brengarth, Me Ouadie Elhamamouchi, Me Francis Vuillemin et Me Colomba Grossi, rappellent plusieurs déclarations publiques du ministre selon lesquelles une menace caractérisée aurait entraîné une judiciarisation.
Le courrier revient également longuement sur la manière dont la polémique autour du collège de Conflans-Sainte-Honorine a été traitée avant l’attentat.
Les avocats soulignent à cet effet l’existence d’échanges entre l’Éducation nationale, la police, la préfecture et le renseignement territorial, ainsi que la mise en place de patrouilles sans que leur client ne soit jamais inquiété.
Les déclarations politiques après les faits
Les conseils interrogent également certaines prises de parole publiques, notamment celles de Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur.
Ils cherchent ainsi à savoir si ces contenus étaient considérés comme suffisamment problématiques pour justifier une intervention.
Et de poursuivre :
Si vous retirez M. Sefrioui de l’équation, le résultat tragique est identique.
À travers les questions destinées à Laurent Nuñez, la défense cherche à opposer deux lectures du dossier.
D’un côté, celle de l’accusation, qui voit dans la vidéo diffusée par Sefrioui un élément déterminant d’un processus criminel et de l’autre, celle des autorités, qui, pendant des décennies, n’ont jamais qualifié son comportement comme relevant d’une radicalisation dangereuse.
Pour les avocats, cette contradiction est au cœur du procès. Les réponses écrites de Laurent Nuñez sont désormais attendues comme un élément clé du débat. Elles devront préciser comment les services percevaient réellement Sefrioui avant octobre 2020, et si des signaux de radicalité avaient été identifiés.
Une interrogation qui dépasse ce dossier et interroge l’évolution du droit pénal antiterroriste.
Un dossier aux ramifications multiples
En première instance, huit accusés ont été jugés pour leur implication présumée dans l’attentat. Parmi eux figuraient deux anciens amis d’Abdoullakh Anzorov, Azim Epsirkhanov et Naïm Boudaoud, condamnés chacun à 16 ans de réclusion pour complicité d’assassinat terroriste alors même que face aux éléments soulevés pendant les débats, le parquet avait finalement écarté cette qualification dans son réquisitoire.
Brahim Chnina, père de l’élève à l’origine de la polémique, a été condamné à 13 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste. Il avait diffusé, après avoir été alerté par sa fille, une vidéo dénonçant l’enseignant pour une prétendue discrimination, accusation qui s’est révélée mensongère.
Abdelhakim Sefrioui avait, pour sa part, publié une autre vidéo qualifiant Samuel Paty de "voyou" mais dont l’enquête n’a jamais pu établir qu’elle a été vue par le tueur.










